samedi, 09 février 2013
Elle, ma muse...
Oui, j’aurais perdu énormément.
Il s’agissait là d’une très jolie fille et d’un garçon qui n’était certes pas Quasimodo mais qu’on ne pouvait pas non plus confondre avec Adonis.
Je la regardais –discrètement- comme un gâteau.
J’étais même –pour un instant encore- assez sensé pour juger de la minceur de mes chances.
Vous savez combien, lectrices chéries, la difficulté n’a jamais fait fuir votre serviteur.
Vous savez bien aussi, lectrices adorées, que quand je parle d’une « très jolie fille » c’est qu’il s’agit d’une de ces petites merveilles biologiques qui m’ont toujours fait « craquer ».
Que c’est le genre de fille pour laquelle votre Goût adoré est prêt à tout sacrifier.
A commencer par sa quiétude, sa jugeote et son rythme cardiaque…
Non, « l’autre » n’était pas rousse.
Du moins pas vraiment.
Ses cheveux avaient cette couleur châtain assez chaude et des reflets légèrement cuivrés que l’éclairage plutôt doux, dispensé par la lampe depuis la table, ensoleillait.
« L’autre » avait aussi quelque chose de bien plus inquiétant.
Elle avait un petit grain de beauté en haut de la pommette droite.
Le contraste était tel avec sa peau que je dus mettre mes mains dans mes poches pour ne pas tenter de retirer cette petite tache de sa joue comme on chasse une poussière noire sur de la batiste blanche.
J’aurais tué pour caresser une peau si fine.
Un autre piège absolument déloyal m’était tendu par la petitesse des fauteuils.
Assise face à moi à cette petite table, j’avais un mal fou à ne pas fixer ce que dévoilait sa mini-jupe.
Le proverbe qui dit « on ne prend pas deux fois les oiseaux dans le même nid » se révéla donc parfaitement bidon.
Le coup du « pour que ça morde, faut changer d’appât » se planta lamentablement itou.
Néanmoins, « l’autre », c’était un peu succinct comme identité.
Je la regardai et tentai de deviner comment ce serait pris puis j’osai.
- Comment vous appelez vous ?
- Et vous ?
- Vous répondez toujours à une question par une autre question ?
Elle sourit car elle était vraiment gentille et lâcha timidement « Anne-Marie , mais vous êtes plutôt direct ! »
- Vous auriez préféré que je vous dise « c’est à vous ces beaux yeux » en ajoutant, « c’est quoi vot’ petit nom »?
Mauvaise comme la gale, elle rit « Comme l’aurait fait celui qui m’a invitée tout à l’heure ? Oh non ! »
Du coup, j’évitai de prendre l’air malin, celui qui, justement, montre qu’on ne l’est pas.
Toujours se méfier des fines mouches, elles vous piquent sans qu’on y prenne garde…
Elle m’assura que Patrice n’était pas si courant mais lui plaisait.
Les « aaahhhh » de satisfaction quand les haut-parleurs susurrèrent « J’avais dessinéééé, sur le sableeeuuu » attirèrent notre attention.
Je me demandai si j’allais oser lui demander une autre danse lorsqu’elle lâcha, avec un culot de commissaire, « je veux bien vous accorder celle-ci mais après il faut que je rentre à la maison ».
Je restai estourbi par un culot pareil ! Le « je veux bien vous accorder celle-ci » m’avait assis !
Une fille qui condescend à accepter une invitation qu’on n’a pas lancée est capable de tout.
Surtout du pire.
L’idée d’avoir encore pour quelques minutes ses bras autour de mon cou me plaisait beaucoup, vraiment beaucoup, énormément, plus encore.
Je l’assurai, avec un vague sourire « ne vous en faites pas, votre sacrifice ne sera pas vain ! »
Elle eut la bonté d’ajouter une lueur amusée au regard bleu qu’elle me jeta.
Aïe ! A ce regard bleu et amusé, je sentis poindre les ennuis
Pour échapper à ce sort funeste, je lui saisis la main et l’entraînai avant qu’elle ne changeât d’avis.
Dans cette affaire, je grappillai encore « deux minutes trente-cinq de bonheur »…
J’ajoutai, me jetant à l’eau pour la seconde fois de la journée, « Allons-y, je vous raccompagne ».
Ça dut la soulager car elle eut un tel sourire qu’on aurait dit que la lampe de la table s’était éteinte.
Après avoir brièvement salué nous amis respectifs, nous remontâmes jusqu’au vestiaire où elle prit sa veste et son petit sac à main tandis que je récupérai mon blazer.
Vous savez, ces blazers bleu- marine avec un écusson sur la pochette, genre « collège anglais » à la mode ces années là.
Elle habitait vers le haut de la rue d’Hauteville, pas très loin de la rue Lafayette.
Elle acquiesça à ma proposition d’y aller à pied.
La nuit était douce et c’était toujours ça de gagné.
Ça me donnerait le temps de trouver le courage et une raison sensée de lui demander de la revoir.
Endurci comme je me pensais après la mésaventure précédente, j’étais sûr d’avoir un cœur de pierre.
Hélas, quand arrivés sur le trottoir elle me prit le bras, le fameux pincement annonciateur de problèmes cardiaques me fit penser que la « pierre de cœur », ça se fendille quand même facilement…
11:27 | Commentaires (13)

