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lundi, 01 mars 2021

Devoir de Lakevio du Goût N° 70

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Que diable fait elle là ?
Qu’est-il arrivé ?
Qu’attend-elle ?
Attend-elle seulement quelque chose ?
J’espère savoir ce que vous en avez pensé lundi.
J’espère évidemment avoir quelque chose à vous en dire…

J’ai emprunté l’escalier et ai commencé à le gravir.
Je montai sans me presser, à peine impatient d’arriver dans un chez moi où personne ne m’attendait.
Arrivé au deuxième, les six premières marches menant au troisième gravies, juste au tournant de l’escalier, je l’ai vue.
Plus exactement j’ai été frappé par ce que laissait entrevoir ses jambes dont les genoux serrés laissaient à deviner ce qu’elle n’arrivait pas à cacher totalement.
Alors la première chose que je me suis dite n’est pas « Mais que fait elle là ? »
Non, je me suis dit « C’est fou comme certains vêtements et poses déshabillent bien plus qu’ils n’habillent… »
Elle a levé la tête en m’entendant puis m’a jeté un regard déçu.
- Oh ! J’ai cru que c’était Monsieur Z. !
Elle me jeta un regard de doute alors j’ai précisé.
- Navré mais il n’y a pas de Monsieur Z. dans cet immeuble.
Elle a eu un soupir de déception clos par :
- Il m’a bien eue…
- Le champagne, c’était pour lui ?
- Oui…
Elle posa brutalement les deux verres qu’elle tenait de telle façon qu’ils se brisèrent.
Elle a reniflé et a commencé à raconter sa mésaventure.
L’histoire courante d’un type qui drague dans le métro, croise une fille esseulée et la tape sous un prétexte quelconque mais de façon convaincante de 50 €.
Pour la convaincre, il lui tend sa carte et l’invite à dîner pour lui rendre ses sous.
J’en ai connu des comme ça, ils en vivent et investir dans un cent de cartes donnant un nom et une adresse fantaisistes est d’un bon rapport.
J’ai compati, soupiré et dit « Pleurez tranquillement vos 50 € pendant que je vais chercher deux flûtes… »
Je suis redescendu quelques minutes plus tard, pas certain qu’elle aurait attendu.
Mais elle était encore là et m’a tendu la bouteille en ébauchant un sourire gêné.
J’ai débouché la bouteille, l’ai servie et, assis deux marches plus bas, me suis servi puis ai tendu mon verre pour un toast.
Assis tranquillement deux marches plus bas, j’avais du mal à accorder à son visage toute l’attention souhaitée.
De ma position, mon regard était certes attiré par elle.
Non par son visage mais par ce que sa pose suggérait…
- Je suppose que vous n’aviez alors rien prévu pour le dîner ?
Elle a haussé les épaules alors j’ai dit :
- Alors montez encore quelque marches, je vais préparer quelque chose pour accompagner le reste de la bouteille.
- Vous êtes sûr ? Je ne vais pas déranger ?
- Mais non, pour vos 50 € je ne peux rien mais je peux vous nourrir…
Elle a ri.
Nous avons fini nos verres et sommes allés quelques marches plus haut.
Nous avons dîné.
Je l’ai raccompagnée.
Elle a promis de revenir dîner là.
Elle est revenue.
Là où finalement elle a fini par connaître quelqu’un.
Nous avons dîné de nouveau.
Mais je ne l’ai jamais tapée de 50 €…

samedi, 27 février 2021

Mourez, nous ferons le reste…

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Ce matin, j’ai failli échapper mon café sur mon caleçon.
« Pourquoi donc ? » vous écriez vous, lectrices chéries.
Eh bien, détrompez-vous, ce n’est pas l’apparition matinale de la lumière de mes jours qui m’aurait, sous le coup d’une émotion bien légitime, fait perdre mon sang-froid.
Non, d’ailleurs la fraîcheur du temps ne me poussait pas à jeter le peu d’habits qui masque difficilement ce qui reste du corps d’éphèbe qui la fit chavirer il y a…
Bref, n’épiloguons pas sur un passé qui me paraît de plus en plus lointain.
Ce long préambule, plus exercice d’écriture que préambule, pour amener enfin ce qui faillit m’envoyer mon café sur les genoux.
J’écoutais, comme chaque matin, dans le calme de la maison, ce petit amas de composants qui me truque les nouvelles du monde.
J’eus l’oreille soudain attirée par les échos d’une foule de voix chevrotantes scandant « On veut nos vaccins ! On veut nos vaccins ! » sur l’air célèbre dit « air des lampions » que personne ne connaît vraiment.
« Tiens, une manif de vieux… » me dis-je.
J’écoutai alors plus attentivement et j’appris qu’à Bordeaux les pensionnaires d’un mouroir d’une « résidence seniors » attendaient vainement que les vaccins promis depuis deux mois arrivassent enfin.
Ces gens, au nombre de cent-cinquante environ se virent répondre par le préfet qu’il allait s’occuper sérieusement de l’affaire et qu’il se faisait fort de recevoir les cent-cinquante doses d’ici une dizaine de jours.
J’allais attendre paisiblement la suite des informations quand une pensée s’insinua dans ma cervelle étonnamment éveillée ce matin.
Cent-cinquante doses.
Soit trente flacons de cinq doses.
Dix jours pour amener à Bordeaux trente flacons de vaccin !
Sans compter le probable retard dû aux réunions indispensables et aux négociations avec les transporteurs priés de ne pas gaspiller les sous du contribuable, privilège réservé aux cadres de la haute administration.
Peu enclin à l’indulgence après des mois de réclusion je me suis dit « mais ils nous prennent pour des cons ! » car en privé tout seul avec moi je peux être très mal élevé...
Mais combien donc de doses étaient censées être disponibles aujourd’hui ?
J’ai cherché et j’ai trouvé.
En février nous étions censés disposer de dix millions de doses…
Hélas, à l’aube du 1er mars, seuls sont vaccinées deux-millions-huit-cent-mille personnes et nous courons après trente flacons de cinq doses…
Une impression désagréable de foutage de gueule me gratouilla l’amour-propre.
J’ai soudain ressenti une impression connue dans un autre domaine.
Cette impression désagréable que les administrations et les préfets veillaient sur les vaccins comme sur les logements du parc immobilier municipal ou départemental censément proposés à la location du citoyen qui en ferait la demande.
Nous avions une réputation mondiale de cadors de l’organisation.
Elle sort salement écornée après notre traitement de la pandémie.
Nous en sortons néanmoins cadors en matière de pusillanimité.
C’est déjà ça…

vendredi, 26 février 2021

70ème devoir de Lakevio du Goût.

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Que diable fait elle là ?
Qu’est-il arrivé ?
Qu’attend-elle ?
Attend-elle seulement quelque chose ?
J’espère savoir ce que vous en avez pensé lundi.
J’espère évidemment avoir quelque chose à vous en dire…

mardi, 23 février 2021

Vous avez dit "disparu" ?


Delia, qui a fait hier un devoir émouvant, disait à un lecteur que Montmartre avait changé, voire qu’il avait disparu.
Sa réponse au commentaire du lecteur avait un ton désenchanté.
Et ça m’a amené à penser sérieusement à Montmartre et ses changements au cours du temps.
Et je ne peux que dire à Délia qu’elle devrait repasser à Paris.
Elle verrait que Montmartre, ce n’est pas que la place du Tertre envahie de tables et de parasols où le prix du café nourrit une famille éthiopienne de huit personnes pendant une semaine.
Montmartre n’est pas non plus limité au café de luxe qui a tout fait pour n’asseoir à sa table que des Chinois (et qui pleure aujourd’hui...)
Il y a encore des gens du cru, des bistrots avec des gens qui philosophent devant les comptoirs, même le « bobo parisien » n’y est pas le même que celui qui traîne dans le Marais ou vers la Bastille.
Non, le Marais, lui non plus n’est pas cantonné à la population « branchouille » de la rue de Bretagne, il reste encore ce qu’un « philosophe de radio » appela un jour « des gens de peu », de vraies gens donc.
Il y a toujours « le populo de base », fait de gens qui rament, de traîne-savates, d’hommes désœuvrés, de filles de joie et de jeunes gens à l’accoutrement surprenant.
Montmartre, la République, les Batignolles ou la Bastille n’ont changé qu’en surface.
Paris est comme ces gamelles où on a fait brûler du riz.
On a beau racler, il en reste toujours collé au fond de la gamelle.
À moins que Paris ne soit comme ces cocottes en fonte qui traversent les générations.
On a beau les laver, les gratter, les nettoyer, elles ne changent pas.
Elle gardent au cours du temps cette faculté si particulière de donner à ce qu’on y met une saveur inimitable.
Je sais bien, qu’il y eut au bout de la rue de la Bonne, quand elle devient la rue Saint Vincent, une rambarde d’où, quand j’étais gosse, on voyait une ferme et les jours d’été un coq chantait.
Oui Delia ! Un coq chantait !
Et il te suffirait de passer par les rues Ronsard ou Charles Nodier pour retrouver tes sensations.
Même les rues Muller, André del Sarte et le passage Briquet puent toujours la pisse !
Les petites rues derrière la place de la République ont toujours gardé ce côté inquiétant des « coins de voyous » où les gens voient les fins de mois arriver le 18.
Repasse, Delia, tu verras que Paris a finalement peu changé malgré les efforts des rapaces de l’immobilier.
Il ne faut pas beaucoup gratter l’écorce de faux luxe pour tomber sur l’aubier précieux.
Voilà ce que je voulais te dire : Paris n’a pas vraiment changé.
Pourquoi crois tu donc qu’on vient du monde entier pour l’arpenter ?

lundi, 22 février 2021

Devoir de Lakevio du Goût N° 69

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Je ne sais pas si vous aimez les toiles de Maurice Utrillo.
Quant à moi, je les aime.
Elles m’inspirent toujours quelque chose.
Et vous ?
Aurez vous quelque histoire à raconter lundi, ayant cette toile pour support à votre imagination ?
Alors à lundi…

Devoir de Lakevio du Goût No 69
Je ne sais pas si vous aimez les toiles de Maurice Utrillo.
Quant à moi, je les aime.
Elles m’inspirent toujours quelque chose.
Et vous ?
Aurez vous quelque histoire à raconter lundi, ayant cette toile pour support à votre imagination ?
Alors à lundi…

Je savais bien que je connaissais ce coin.
Et même que je le connaissais très bien.
Pas besoin d’aller à l’Orangerie pour le voir peint !
D’ailleurs je n’y étais pas allé pour ça mais pour voir « Les nymphéas » de Monet.
C’est le désœuvrement après avoir vu et été vaguement déçu par « Les nymphéas » qui ne me montraient pas ce que je préférais chez Monet : Cette façon de peindre la lumière de fin d’après-midi.
Cette façon qui était émouvante comme un début d’idylle, comme la sensation troublante d’une rencontre.
J’avais donc tourné les talons et repris ma visite vers les collections permanentes.
Puis j’ai vu, j’ai vu ces toiles de Maurice Utrillo.
Celle qui représente Notre-Dame de Clignancourt ne m’a pas touché outre mesure, je la connaissais trop bien, je passais devant trop souvent et elle m’indifférait.
Reprenant mon errance, je me suis arrêté devant ce tableau, un des deux dit « Rue du Mont-Cenis ».
Bien sûr, les murs ont disparu, dont un remplacé par le château d’eau.
Malgré tout, j’ai été saisi.
Il y a des œuvres qui font cet effet.
Pas seulement parce je l’empruntais et la gravissais depuis la « place Championnet » qui ne s’appelle pas comme ça, tout comme la place Villiers que tout le quartier connaît sous ce nom dont le nom a pourtant changé en 1906…
Je gravissais cette rue le matin et la dévalais le soir…
J’aime cette rue et Utrillo, par je ne sais quel miracle artistique, a su en rendre l’âme au point que dans cent ans j’en suis sûr, elle soulèvera le même trouble chez ceux qui la parcourront…
Tous ceux qui, gamins, l’auront gravie et dévalée pour aller de l’autre côté de la Butte Montmartre ou simplement s’asseoir dans les jardins du Sacré Cœur.
Je soupire devant cette toile où l’on voit j’entrée de la volée de marches qui mène à la rue Saint Vincent.
Oui, justement celle où « un poète et une inconnue, s’aimèrent l’espace d’un instant mais il ne l’a jamais revue »…