dimanche, 14 juin 2026
Notre monde est gay comme un pinson...
Hier soir, pour la première fois depuis un assez long moment, nous sommes allés assister à un concert.
Une fois menés à notre place par une ouvreuse, autant dire une gosse en robe noire comme celles que je trouvais super belles quand j’allais voir un film à « L’Ornano 43 », nous nous sommes assis et avons, comme d'habitude, commencé à examiner l'assistance.
Elle se révéla très « Gay friendly » ce qui nous ramena un instant dans notre ancien quartier devenu « très princesse », autre expression pour « inabordable ».
J’étais allé quelques fois à la Salle Gaveau, trois fois dans mon souvenir qui se révéla exact.
J’y avais écouté la première fois le quatuor Amadeus interpréter entre autres le quintette avec piano de Brahms.
La seconde fois, j’avais écouté Paul Badura Skoda interpréter des sonates de Beethoven.
La troisième fois, j’y avais écouté Brigitte Engerer interpréter des Nocturnes de Chopin.
Comme la lumière de mes jours n’était pas avec moi et ne soupçonnait pas plus mon existence que je ne soupçonnais la sienne, quand elle a dit « Je ne suis jamais allée Salle Gaveau » je me suis dit qu'un silence prudent s'imposait quant à ceux ou celles qui m’y avaient accompagné...
En plus, j’étais jeune.
La lumière de mes jours aussi.
Quelle ne fut pas notre surprise, alors que nous savions ce qu’on y donnait hier soir, de constater que l’assistance était celle qui remplissait les bus qui nous menaient ici ou là.
Autant dire pas trace d’un gamin...
C’est là, en contemplant l’assistance dont tous les cheveux qui n’étaient pas blancs étaient teints que l’épouvantable réalité m’a frappé.
Si un incendie s’était déclaré à ce moment, l’incapacité à se dépêcher de l'assistance nous aurait prouvé qu’on pouvait boucher la moitié du trou de la Sécu et arranger les comptes des caisses de retraites jusqu’en 2045 avec un simple briquet...
Puis les lumières se sont fortement atténuées, un homme est venu nous annoncer que le clarinettiste prévu était hors-service mais que les autres participants nous honoreraient de leur présence.
Evidemment, la lumière de mes jours a trouvé Lambert Wilson « à tomber », cette hyène qui a la chance d'être mariée avec Apollon en mieux.
Sauf quelques moments où un décalage entre ce que chantait Lambert Wilson et ce qui était écrit sur la partition me déchirait l'oreille, ce fut un spectacle agréable et par moments délicieux.
Ce n'est pas un chanteur, certes, mais un amoureux et connaisseur émérite de l'âge d'or du cinéma, que ce soit à Hollywood ou ailleurs.
Il nous a remis dans l'oreille des chansons que chantonnaient nos parents et que nous chantions dans les années soixante, les « Magic sixties »...
Nous avons reculé de cinquante ou soixante ans pendant deux heures et demie.
Finalement, gagner un demi-siècle pour un prix raisonnable, ça valait le coup.
Nous sommes rentrés à une heure et demie du matin dans une forme qu'on n'avait pas connue depuis longtemps...
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