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dimanche, 12 octobre 2014

L’œil cligne en court.

En conversant avec Heure-Bleue de la solidarité entre locataires nous en vînmes à parler de la vie de l’immeuble où nous habitions quand nous étions petits.
Elle et moi avions des amis chez qui nous allions et des amis que nous ne voyions qu’a l’école ou sur le chemin de la maison.
Très rarement nos parents, jamais en réalité, ne voyaient les parents de ces amis.
Dans mon coin de vers la Porte de Clignancourt de quand j’étais môme, nous manquions de tout mais nous avions quand même des voisins.
Mes parents eux, « copinaient » vaguement avec quelques uns.
Je vous ai parlé de certains à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’assassinat de J.F.Kennedy.
Notre palier, au quatrième et dernier étage, comptait trois portes.
Enfin, quatre avec la porte derrière laquelle nous n’avons jamais su ce qu’il y avait.
Il y avait trois portes de logement, donc.
Immédiatement à gauche de la nôtre, il y a avait « le père B. », ancien comptable de son état mais surtout ivrogne qui profitait de sa solitude pour boire sa retraite précoce. Il y eut de sévères engueulades car il se saoulait uniquement au vin rouge et ma mère détestait les mauvaises surprises.
Du genre, au départ pour l’école « Beeeuuuaaarrkkk ! Maman ! Le père B. a dég…vomi devant chez lui ! »
Le problème était que nos portes étaient à angle droit et donc « devant chez lui », c’était exactement pareil que « devant chez nous ».
À part « le père B. » que mon père, voyant sa porte ouverte, découvrit un jour étendu raide mort dans son entrée, nous avions des voisins que mes parents aimaient bien, les S.
Comme rien n’est parfait, ils avaient un fils, Serge, qui ne nous aimait pas trop et à qui on le rendait bien. Madame S. était une femme très gentille et son mari arrivait souvent le soir chez nous en disant « Gaby, t’aurais pas une cigarette ? J’ai oublié les miennes au boulot. »
Ça durait généralement jusqu’à ce que mon père lui tende une cigarette en disant « Tu m’en passeras une demain ? Tu dois bien en avoir vingt cartouches au boulot maintenant… »
Monsieur S.
faisait un peu la gueule et ça lui passait quand madame S. donnait en douce un paquet de cigarettes à ma mère mais le message passait et monsieur S. offrait une cigarette à mon père quelques soirs de suite… 
C’était encore une époque où les voisines, majoritairement « sans profession », c'est-à-dire s’échinant à s’occuper des gosses, se rendaient volontiers service.
Que ce soit pour emprunter un œuf, de l’huile ou de la moutarde.
Tout le monde craignait la décision stupide du colinot, synonyme de mayonnaise, qui allait mettre à contribution la moitié de l’immeuble…
Une chose toutefois ne manquait jamais.
Tout l'immeuble connaissait un dicton dont personne n’avait vérifié le bien-fondé mais que tous respectaient au pied de la lettre : « Plus de sel, plus de sous ! »
Le manque de sous était fréquent et n'attendait pas la fin du mois pour se faire sentir. On est venu emprunter du poivre à ma mère, des câpres à madame M., des œufs à madame S.
Je n'ai pas souvenir de quelqu'un empruntant du sel.
Manque de sous peut-être, manque
de sel jamais...