mardi, 06 janvier 2015
Ô rage, ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie !
« Bon anniversaire, Minou ! »
Voilà quelle fut la troisième phrase lancée par mon ardente houri.
Oui, les deux phrases précédentes sont immuables.
« Quelle heure est-il, Minou ? »
« Tu veux bien me faire mon petit déjeuner, Minou chéri ? »
C’est probablement avec la demande de lavage de cheveux les deux seuls moments où « chéri » est accolé à « Minou ».
« Chéri », c’est pas son truc à la lumière de mes jours.
Ce matin donc, bien avant qu’elle ne se lève mais bien après qu’elle eut avalé ses tartines, Heure-Bleue m’a dit « Bon anniversaire, Minou ! »
Je n’avais pas spécialement prêté attention à un évènement qui se reproduit assez régulièrement depuis ma naissance.
C’est sans doute parce qu’elle est née avant moi qu’elle a cru bon d’ajouter :
- Quel effet ça te fait d’être vieux ?
A quoi j’ai cru bon de répondre :
- Je ne m’en étais pas aperçu avant que tu ne me le fasses remarquer.
Je me suis mordu la langue pour éviter de dire « Quand je pense que tu as près de deux ans de plus que moi ! ».
Il fait bien assez frais dans la maison le matin pour que je concoure à en rafraîchir l’atmosphère…
Le prochain anniversaire sera le sien.
Il doit être oublié pour qu’elle croie avoir échappé à l’attention du temps.
Il doit être peu fêté pour qu’elle croie qu'on l'a oublié mais assez pour qu'elle sache qu’on ne l’a pas oubliée...
Si on m’avait dit un jour que ce serait si compliqué, je serais resté planqué au fin fond de l’école maternelle avec Madame Comprade qui m'a appris chaque année des récitations en douce pour la fin de l'année et m'a donné l'avant dernière année un petit livre avec « A l'enterrement d'une feuille morte »…
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