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mercredi, 22 avril 2015

Et le castor rama…

La « séquence repassage » d’Heure-Bleue est une source de notes quasiment inépuisable.
Pour deux raisons.
La première est que nous serons morts et enterrés avant que ma dernière chemise ou son dernier corsage soit enfin sorti du panier de linge à repasser.
La seconde est qu’Heure-Bleue ne peut repasser sans regarder une série sur notre moribond téléviseur.
L’attention que porte la lumière de mes jours aux épisodes est suffisamment soutenue pour expliquer que le panier se vide aussi lentement que les listes de Pôle Emploi.
La durée de la séquence ainsi que son heure d’occurrence corroborent parfaitement le théorème dit « panier des Danaïdes inversé » qui démontre si bien la pérennité du panier plein.
La durée est calibrée de façon, comment dire. Flottante…
Oui, c’est cela, flottante. Le « calibre flottant », oxymore Heure-Bleuesque pleine peau est la règle car la lumière de mes jour est une spécialiste de « la précision aléatoire ».
Il est censément de durée constante. Deux épisodes de vingt-quatre minutes de la série choisie.
La productivité est proche de celle de ceux qui la prônent du côté de nozélites. Autant dire discutable.
Le repassage est plein d’embûches aussi efficaces que le code du travail selon le MEDEF. D’abord le choix de la pièce à repasser.
N’allez pas croire, lectrices chéries, qu’il suffit de prendre la chemise ou la taie du dessus du panier.
Non, rien d’aussi simple.
Pendant qu’Heure-Bleue, l’œil fixé sur l’écran, attend la fin du plan qui la passionne, le fer passe et repasse sur le vêtement.
La fin du plan arrive enfin, je m’attends toujours à ce qu’une main délicate attrape la pièce suivante mais non.
La main fouine et cherche selon on ne sait quels critères un nouveau vêtement à mettre sur la planche.
Pendant ce temps, un autre évènement a pris l’habitude de chambouler la séance de repassage. L’heure.
Elle aussi est flottante quant au début de la « séquence repassage ».
Si elle arrive à dix-neuf heures, l’heure où je me mets à la préparation du dîner, d’autres embûches se dressent contre le vidage du panier.
D’abord nous papotons de tas de sujets. Le principal étant la primauté du bulletin d’infos de France-Inter sur l’épisode suivant de la série.
Je perds chaque fois…
Puis, l’approche du dîner induit la « petite faim apéritive ».
Je distrais quelques instants de la préparation du dîner pour faire griller une tranche de pain pour chacun de nous, tranche qui sera agrémentée d’un peu de tarama, ce petit bidule crémeux si mauvais pour ce qu’on a.
La tartine est souvent agrémentée d’un petit verre de vin, un verre à porto certes, mais tout cela nuit gravement au rendement fer à repasser. La crainte de laisser une goutte de vin sur la chemise ou une trace de tarama sur un corsage ou un pull tue dans l’œuf toute velléité de repassage.
La lumière de mes jours ira néanmoins jusqu’à la fin du second épisode de « Sex & the City », de « Cosby show » ou de « Friends ».
L’épisode arrivant car la durée d’icelui concorde toujours, de façon quasiment magique, avec l’heure du journal de France 2 et du début du dîner.
Nous ne les regardons qu’à peine car c’est le moment où commence la discussion animée du repas. Oui lectrices chéries, nous parlons en mangeant et même nous avons des fou-rires.
Et le linge à repasser ?
Eh bien… Un jour, peut-être…