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dimanche, 23 août 2015

Lolographie…

Vous savez, lectrices chéries, chez moi, on se donnait la main d’aînée en puîné, puis de puîné en cadette et enfin de cadette en benjamine.
L’ordre n’étant pas une vertu dans la famille, on y tenait par la main ce qui était plus jeune.
De beaucoup ou de peu.
Ma grande sœur nous a tenus, mes petites sœurs et moi par la main.
Quand j’ai été assez grand pour tenir ma petite sœur par la main et surtout si elle était décidée, je l’ai promenée.
C’était la plus belle des trois filles, les autres étaient de jolies filles mais elle était incontestablement la plus belle. C’était la seule blonde et avait une peau de pêche absolument magnifique.
Vous rappelez vous, lectrices chéries, cette publicité Narta des années soixante-dix ?
Eh bien la benjamine, ma petite sœur, était dans les années soixante-dix le sosie de la blonde de ce clip. Elle avait les cheveux aussi clairs et aussi longs.


Hélas, trois fois hélas, cette beauté férocement rejetée par ma mère jusqu’à sa mort, a cru bon d’imiter sa génitrice.
Malgré un diabète avéré, ma mère avait plus tard agrémenté son régime de pâtés divers et de « petits quatre heures » pris à tout moment de la journée.
C'est-à-dire tout le temps.
Oui, lectrices chéries, alors que le passage d’un feuilleton à l’autre emmène le « TV-Addict » aux toilettes, il emmenait ma mère à la cuisine d’où elle revenait avec un plateau chargé d’un grand bol de café au lait bien sucré et de plusieurs biscottes bien beurrées.
Ma mère s’était donc suicidée au riz au lait avec constance.
Ça lui a pris du temps puisqu’elle rejoignit ses aïeux à l’âge respectable de quatre-vingt-quatre ans.
Malheureusement, ça risque de prendre moins de temps à ma petite sœur qui vient d’entrer à l’hôpital pour se faire retaper le palpitant à coups de pontages coronariens.
La coronarographie, d’après la description qu’elle m’en fit hier, a trouvé à peu près l’équivalent de deux « hamburgers à trois étages »  et six « doughnuts » dans ses artères...
Mon dieu, quand j’y pense...
Elle, que ma mère a dit toute sa vie n’avoir pas désirée et a osé lui jeter à la face pendant plus de cinquante-cinq ans, elle qui aurait tout fait pour éviter de lui ressembler, suit le même chemin.
Elle a seulement modifié légèrement la méthode.
Elle a opté pour l’abus du mélange frites-gâteaux.
Ce qui l’a rendue à son tour sévèrement diabétique.
Heure-Bleue et moi avons souvenir de déjeuners où, pour quatre convives, ma petite sœur arrivait avec deux gâteaux par personne « au cas où » disait-elle.
Heure-Bleue n’en prenait pas, ma mère et moi en mangions un et petite sœur mangeait tous les autres. Nous la vîmes ainsi procéder de la même façon au restaurant avec les assiettes de frites que n’aimons pas.
Heure-Bleue prétend que c’est surtout parce qu’elle a vu mourir trois proches, dont son mari en moins de quatre ans que c’est arrivé.
Elle affirme « le stress, c’est mauvais pour le cœur ! »
« Les frites, les tripoux et les gâteaux aussi » insisté-je.
Nous ne pouvons que soupirer et remercier le sort qu’elle ait évité la scission aortique qui l’aurait envoyée à coup sûr retrouver notre mère.
Pourvu que le chirurgien ne rate pas son coup.
Je frémis à l’idée du bordel dans l’au-delà quand elles vont se croiser…