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mercredi, 23 septembre 2015

Place Pigalle il y a une fontaine, au bord d’elle j’allais méditer…

Au fait, lectrices chéries, je ne vous ai pas raconté !
Lundi, Heure-Bleue et moi sommes allés à Paris.
Bon, beaucoup d’entre vous s’en fichent.
Mais quand même…
Celle qui ravit mes jours et enchante mes nuits avait trouvé une occupation pour votre serviteur.
Non, pas ça mais une sombre histoire de coussin.
Elle m’entraîna donc au Marché Saint Pierre, au pied sud de Montmartre.
Nous avions prévu un circuit qui conciliait promenade, déjeuner et achats.
Nous sommes donc partis, le nez au vent et les chaussures affutées place de Clichy pour y déjeuner d’un döner, notre monomanie ces temps ci.
Celui-ci avalé, nous avons quitté l’avenue de Clichy pour le boulevard de Clichy.
Notre route était tracée, elle allait de la place de Clichy au square d’Anvers.
Du métro « Place Clichy » au métro « Anvers ».
Le temps et mon humeur du moment ne se prêtaient pas à la rêverie vaguement nostalgique qui me prend souvent quand je passe vers Montmartre.
Alors j’ai vu les rues et les boutiques telles qu’elles sont et non telles qu’elles étaient.
Déshabillé de mes souvenirs, je me suis aperçu que ce quartier tombait peu à peu dans la débine.
Toutes les boutiques qui fournissaient l’équipement des métiers de la fesse étaient, à cause de la crise, encore plus tristes que d’habitude.
Les vitrines en étaient poussiéreuses et peu engageantes.
Même le Musée de l’érotisme, rebaptisé « Erotic Museum » pour des raisons commerciales, aurait coupé l’envie de câlin à prisonnier libéré du jour même.
D’un coup, place Pigalle je me suis fait la réflexion que ça faisait longtemps que je n’avais pas vu la fontaine pleine d’eau.
Le Monop’, où je suis entré acheter quelques vivres,  a gardé ce côté « pas net » que je lui ai toujours connu.
J’ai bien aimé quand même traverser la rue des Martyrs.
Le Mikado, le vrai, a disparu de l’angle de la rue Lallier. Il n’en reste qu’une vague discothèque tandis qu’un restaurant a pris la place du dancing où un censeur est allé un jour chercher ses élèves. 
Des choses ont changé tout de même en mieux, le Trianon, ce cinéma qui nous a accueillis, mes copains et moi, est entièrement refait et a repris son job de théâtre. Il est superbe, vraiment.
En revanche, « l’Élysée Montmartre », qui accueillait des matches de catch vers la même époque, est devenu pour moitié un chantier déserté et pour moitié une boutique de fripe dont je me demande si elle ne squatte pas tout bonnement les lieux…
Pour cette affaire de coussin, c’est râpé, tout est fermé, Kippour est proche…
Alors nous avons traversé le boulevard. J’ai emmené Heure-Bleue où elle voulait, le café au coin de la rue Gérando et de l’avenue Trudaine.
Je lui ai décrit l’appartement d’un copain chez qui j’étais allé et qui était venu une fois chez moi.
J’avais été ébloui par son immeuble, en pierre de taille, un appartement immense, bien décoré et bien rangé.
Il avait été ébloui chez moi par un minuscule logement ou le bazar régnait, où on pouvait fouiller partout et faire de sacrées trouvailles…
Mais ce lundi, j’ai surtout été scandalisé par l’état lamentable de « mon » lycée, dont la pierre de taille s’écaille, des morceaux s’effritent et j’ai repensé aux « économies » qui sont dépensées dans des inutilités dispendieuses alors que « mon » lycée va finir en ruines…