mercredi, 12 septembre 2012
L’exil.
Reprenons donc le fil de ce récit décousu.
Bon, je dis l’exil, j'exagère, il manque les gémissements.
L’exil si tu gémis pas, c’est pas l’exil, c’est rien que du tourisme…
Il y a une chose extraordinaire, enfin pas qu’une, dans ce petit pays où on compte plus de musiciens que de public et accessoirement équipé de trois millions de premiers ministres –il suffit de les écouter parler de la situation internationale- , c’est que même ceux qui y sont nés se sentent soit exilés, soit enfermés. Du coup, des gens que vous croisez pendant quinze jours disparaissent de la circulation pendant un mois. Vous demandez s’il leur est arrivé quelque chose et on vous dit que non, limite ils sont partis chercher du jambon à Paris.
Ils sont partis, ils partent, ils vont partir.
Parmi les conséquences curieuses de cet atavisme de la fuite, il y a ces vols Paris-Tel-Aviv qui sentent la charcuterie, le saumon fumé et le camembert.
Tout ça mélangé à des parfums hyper sucrés et entêtants car la « shalala » se parfume à pleins seaux de fragrances redoutables.
Ça ne paraît pas mais Poison ou Shalimar au lait cru, honnêtement, ça arrache.
Finalement, ces vols constituent un excellent entraînement pour les trajets boulot-maison en transports en commun.
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais ces trajets sont toujours riches en senteurs épouvantables…
Toujours est-il que nous avons décidé de recommencer notre vie ailleurs.
Vers un ailleurs riche de promesses. Surtout riche de promesses d’ailleurs.
Mais ne nous plaignons pas, le gîte est assuré, la rémunération est plus qu’intéressante, le climat me plaît et l’appartement est agréable.
Si mon père qui, vit le jour près d’Oran, avait été là, il aurait fallu dix flics pour le sortir du pays.
Le matin, quand la main géante allume le ciel d’un seul coup, je prends l’habitude d’aller prendre mon café chez Mommy, à la terrasse, en contemplant le ciel sans nuage, lisant l’International Herald Tribune ou Haaretz (l’équivalent de Libé en Israël) et regardant la mer au bout de la rue Bograshov.
Il est tôt et j’ai le temps, la boîte n’ouvre que vers neuf heures, et j’ai un quart d’heure de marche par la rue Allenby.
Bon, j’y vais souvent en taxi car je suis fainéant comme une couleuvre.
J’ai été dénoncé auprès d’Heure-Bleue par un Russe.
On ne peut pas faire confiance à un Russe.
Je vous parlerai plus tard de la vodka locale, que « c’est plutôt une boisson d’homme » comme disait Lino Ventura dans « Les tontons flingueurs ».
19:00 | Commentaires (8)

