jeudi, 13 septembre 2012
Va voï ma fils !
Heure-Bleue n’est pas encore arrivée mais il y a suffisamment de travail pour que son absence soit –tout juste- supportable. Et puis il fait beau alors qu’à Paris le temps est gris et pousse à se jeter dans la Seine. Mais ça ne va pas sans inconvénient. Au bout de trois à quatre semaines, quand vous allez à la fenêtre au réveil, vous regardez le ciel et vous finissez par vous dire « M… ! Il fait encore beau ! ». Rassurez-vous, ça ne dure pas et on s’y fait très vite. Près de la maison, il y a des boutiques ouvertes entre sans arrêt et tout le temps. Vous manquez de cigarettes ? Vous descendez la rue Bograshov jusqu’à la rue Pinsker et un peu après le coin, une boutique vend à peu près tout. Du Coca-Cola au jeu de cartes en passant par les gâteaux et les cigarettes. Du moment que vous y allez avant trois heures du matin, ça va.
Ces années là, avant la seconde Intifada, ce pays avait encore une caractéristique intéressante : un enfant pouvait traverser Tel-Aviv à pieds en pleine nuit sans risquer autre chose qu’une engueulade de ses parents.
La violence ne s’exerçait que sur le terrain militaire. Les choses se sont gâtées par la suite avec l’arrivée d’une nouvelle aliyah massive de Russie.
L’achat d’un petit bouquin, de longues discussions avec Mommy le matin et avec les gens de la boîte pour se faire expliquer les arcanes de la langue permettent de ne pas parler comme un zyva. Un juron dont on peut savourer la classe revient souvent dans la rue. Les automobilistes semblent partout les mêmes, du coup « ben zona » résonne souvent et permet des échanges parfois musclés. Mommy me renseigne, « ben zona » égale « fils de pute ».
Ce qui explique des réactions parfois vives mais qui ne vont que très rarement jusqu’aux coups. Il est surprenant par exemple, parce que ça tournerait au meurtre de masse à Saint Denis, de voir des soldats armés de leur fusil, se disputer comme des chiffonniers, puis se lever, accrocher leur fusil à la patère de Mommy et s’accrocher, prêts à se coller des baffes, se pousser puis se calmer et demander des cafés.
Comme partout ailleurs, on peut remarquer que l’uniforme de ces soldats n’existe qu’en deux tailles : trop grand et trop petit.
En revanche, vous qui me connaissez un peu, vous ne serez pas surprises, lectrices chéries, de l’intérêt –esthétique bien sûr, seulement esthétique- que je porte aux petites soldates.
Et parmi les choses intéressantes à remarquer –mais non, pas que ça- il y a justement l’uniforme. Il est certain que leurs mères ont prêté la main à la transformation genre « fashion victims » de leurs filles.
Il y a notamment cette jeune fille -les filles font leur service de dix-huit à vingt ans- dont la chemise « blouse » élégamment sur un pantalon collant à souhait –elles peuvent encore…- retouché façon « pattes d’eph » dont les « pattes d’eph » sont fendues et équipées de revers qui dévoilent à chaque pas des volants en liberty du plus bel effet.
Faites ça en France et vous allez au trou pour dégradation du matériel administratif…
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