dimanche, 04 novembre 2012
Non solum non fluctuat sed etiam mergitur...
Les semaines qui viennent s’annoncent difficiles à vivre.
Nous allons, comme beaucoup de parents et grands-parents, avoir besoin du budget d'un petit état africain pour satisfaire les adorateurs du Père Noël.
Nous sommes donc, comme les gouvernements, condamnés à décevoir.
Nous sommes mal partis...
Vous avez-lu Heure-Bleue ? Celle qui prétend que je suis une femme comme les autres ? Elle vous a écrit que vendredi 1er novembre qui, dans mon coin est en fait, comme tous les vendredis « le jour des Maures » -désolé, je ne peux résister- eh bien, ce vendredi je suis allé, accompagné d’un ami, dans un de ces salons confidentiels qui meublent les grands hôtels de la capitale.
Ce salon était dédié à la haute-fidélité qui, comme chacun sait, est un leurre.
D’autant plus un leurre qu’elle est dite « haut de gamme », voire « ésotérique ».
J’y ai entendu des choses qui sont parfois agréables mais qui, en aucun cas ne justifient d’y consacrer le prix d’un appartement dans une ville de moyenne importance ou d’un petit studio à Paris.
Surtout quand on essaie de faire passer pour réaliste un luth de quatre mètres de large et trois de haut…
Et c’est là qu’un truc m’a frappé. J’y ai croisé quelqu’un que je connais depuis que j’ai dix-huit ou dix-neuf ans.
Il a huit ans de plus que moi et ce que j’ai vu et entendu m’effraie.
Je ne suis pas sûr qu’il m’ait reconnu, ses propos étaient assez décousus et il ressortait du fond de son monologue qu’il était resté coincé entre 1965 et 1970.
Un vieux disque vinyle avec la rayure astucieuse qui fait sauter le diamant et répéter ad infinitum les mêmes mesures.
Contrairement à ce qu’écrivait Heure-Bleue –qui détecte mieux les langues de vipère chez les autres que la vilénie chez elle, comme si je pouvais être mauvaise langue, pfff…-, ça m’a fait peine.
Ça m’a fait peine, disais-je, et beaucoup peur. Surtout pour moi, qui ne suis pas égoïste mais quand même.
Je me vois dans huit ans, au même âge, quasiment gâteux et errant dans les allées des salons de hi-fi, ressassant le « c’était mieux avant » et l’incomparable supériorité du vinyle à rayures et à bruit de fond élevé sur le CD « plein de défauts et a-musical qui ne restitue pas l’émotion ».
Personnellement, je ne connais pas d’enregistrement de l’émotion sur un support mais il est inutile voire dangereux de faire la remarque, surtout à un caractériel de la hi-fi.
Quand on arrive à oublier que ce qu’il y avait de mieux il y a quarante ou cinquante ans, c’est qu’on avait quarante ou cinquante ans de moins, ça m’effraie.
Bref, il y a des jours comme ça où l’idée de la piqûre ne semble pas si mauvaise…
Mon commensal et moi, –lui aussi est d’origine très sudiste- qui n’avons pas les yeux dans notre poche, assez dégoûtés, sommes néanmoins tombés d’accord sur trois points.
D’abord que ce salon était décevant, surtout si on compare la qualité de ce qu’on entendait et le prix qu’il fallait y consacrer.
Ensuite que la seule chose vraiment intéressante que nous y ayons vue était une jeune femme rousse de teint et d’yeux clairs.
Enfin, et avec consternation, que ce n’était plus, hélas, « du mouron pour notre serin »…
Nous sommes allés nous consoler au restaurant en accompagnant notre repas d’un Pouilly-Fuissé délicieux.
On a les émois qu’on peut…
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