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samedi, 03 novembre 2012

On veut des jobs, pas des Job...

Monsieur le Président,

A la lumière des décisions prises depuis le succès de la « gauche » aux législatives, je me demande si, dans l’euphorie de la victoire et sous la pression de faucons déguisés en pigeons, vous n’auriez pas oublié par qui et dans quel but vous avez été élu.
J’ai l’impression, plus marquée de jour en jour, d’avoir contribué à réélire une copie du précédent mais sans Rolex.
Vous poursuivez à grands pas la politique de démantèlement entamée avec succès par le gouvernement de votre prédécesseur.
Je sais bien que les démocraties fonctionneraient parfaitement si les gouvernants n'étaient pas sans cesse emmerdés par le peuple, cet énorme grain de sable qui fiche le bordel souk dans les mécaniques les mieux huilées.
Hélas, une démocratie sans peuple souffre de l'inconvénient majeur de ne pouvoir assurer le train de vie auquel vous êtes, Monsieur le Président, habitué depuis que vous hantez les palais de la République et le siège du parti socialiste...
Il semble donc que la remarque de Bertolt Brecht soit toujours d’actualité, quelle que soit l’époque et quel que soit l'Etat, qui disait «  Puisque la ligne du parti est juste et que le secrétaire général –vous en l’occurrence- est infaillible, il ne reste qu’à changer le peuple ».
La liste des restrictions qui frappent les moins bien lotis dans le but d’éviter de froisser les mieux lotis, toujours rétifs à l’idée de faire profiter ceux qui les ont créées des richesses par eux produites, commence à être longue.
Mieux encore, elle est manifestement rédigée par des gens qui ne manquent de rien.
Le plus étonnant, sauf si on considère comme établi que vous êtes complètement déconnecté des réalités, c’est que vous semblez ne pas vous être aperçu, malgré un niveau d’étude qu’envierait n’importe qui, que ce sont toujours des gens qui ne manquent de rien qui estiment que les autres ont trop.
A commencer par ceux qui manquent de presque tout.
Il y a des jours où je me demande si, en l'absence de calendrier, vous et les gens qui vous entourent et vous conseillent,  sauriez que les mois ont une fin.
Et que cette fin peut arriver chez certains bien plus tôt que ce qu'indique le calendrier...
Je sais, Monsieur le Président, que vous êtes issu de l’ENA, où vous avez théoriquement été « formaté » pour le service de l’Etat.
Je sais surtout, depuis des décennies que j'écoute ceux qui sortent de cette vénérable institution, qu’on y apprend à répondre avec un talent consommé à côté de la question posée.
Ceci ne serait pas bien grave, Monsieur le Président, si n’aviez pas auparavant fait de brillantes études dans une école réputée pour la qualité de son enseignement du cynisme.
Vous en avez parfaitement saisi l’esprit mais en avez été aussi victime puisque vous semblez croire vous-même que l’économie est une science.
Il ne vous a malheureusement pas frappé que si deux prix Nobel de la discipline prônent deux théories opposées et décrochent la même récompense, c’est qu’il y a quelque chose de pourri au royaume des sciences…
Pire encore, que des deux théories, c’est toujours la plus apte à satisfaire la cupidité des plus rapaces qui est mise en application.
J’ose espérer que la brillante intelligence dont vous disposez malgré tout vous permettra de comprendre, un jour pas trop lointain, que la diminution des ressources de « l'homme producteur » a tendance à raréfier les moyens de « l'homme consommateur ».
Ce qui ne va pas sans dommage pour le commerce, l’industrie, les ressources de l'Etat et, malheureusement pour nous autres, pauvres bénéficiaires de l'aide de l'état et contribuables.
Préserver les ressources énormes de gens qui ne pratiquent que l'épargne ou l'optimisation -voire l'évasion- fiscale n’a jamais fait progresser que leur richesse.
En aucun cas l’économie et l'équité sociale.
Je me dois donc de vous rappeler qu’une économie qui fonctionne bien, contrairement à ce qu’on vous a appris dans cette école du cynisme, est une économie qui, à PIB constant, fabrique une majorité de gens aisés, en aucun cas une économie qui fabrique une poignée de fortunés et une foule de miséreux.

PS: J'aurais pu vous envoyer cette lettre mais que voulez-vous, on a sa fierté et je préfère qu'elle soit lue par au moins dix personnes plutôt que l'être par votre secrétariat aux gémissements qui fera envoyer sur le champ une lettre-type à son auteur.

L'effet sera le même, mais au moins certains se donneront la peine de lire autre chose que l'adresse de l'auteur. Peut-être même que certaines lectrices -mes préférées- me feront part de leur accord avec ce que j'écris.

PPS: Celles qui ne le sont pas sont priées de le garder pour elles ou au moins de faire semblant d'être d'accord.
Toutes les marques d'affection sont acceptées, merci.