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vendredi, 01 mars 2013

Mauvais esprit…

Hier soir, Heure-Bleue et moi sommes sortis.
C’est notre gymnastique quotidienne. Nous nous musclons les doigts avec nos claviers et nos souris dans la matinée, puis le déjeuner avalé et l’après-midi entamé, chacun vaque à ses occupations.
Traduisez « le Goût glande » et « Heure-Bleue fait le ménage ».
Eh ho ! Le matin j’ai quand même préparé le petit déjeuner, fait le lit, essuyé et rangé la vaisselle et fait les seize mille deux cent trente deux Ricoré d’Heure-Bleue !  Puis, vers midi je suis allé chercher le pain.
Après cette journée épuisante nous sommes donc sortis
Il nous fallait acheter les journaux, les quelques babioles pour l’anniversaire de Merveille. La dame de la maison de la presse expliquait à son fils que « non il n’a pas oublié de retenue dans son addition. »
Puis le petit a souri, ce qui a permis de constater qu’il est brèche-dent.
Notez, lectrices chéries, la lente montée du suspense dans ce récit terrifiant de banalité.
Heure-Bleue a alors saisi la balle au bond et a cloué la marchande de journaux  d’un « il a quel âge ? » imparable.
« Il a huit ans et vient de perdre deux dents » a rétorqué fièrement la mère.
On voyait bien là tout l’orgueil d’une mère qui sentait son fils capable de perdre d’un coup vingt-quatre dents pour faire honneur à la famille.
Un peu plus fière, Heure-Bleue a vanté la précocité de Merveille en assénant « la nôtre en a perdu deux, mais elle a six ans ! »
C’est là que votre serviteur, admirant la lutte de ces deux amazones, fières de leur progéniture, directe ou une génération plus tard, s’est dit « Aïe ! Ça sent le combat de mères poules ».
J’ai craint un instant qu’on aille jusqu’à évoquer hâtivement le prix Nobel de comédie de Merveille, ou qu’emporté par l’enthousiasme on évoque sa ménopause extrêmement précoce.
Ne ricanez pas, c’est le genre de chose qui rassurerait son père, n’oubliez pas qu’une Merveille avec un petit camarade, c’est le genre de chose qui dépiaute un cœur paternel comme de le dire…
Rapidement tout de même, la tension baissa et chacune composa et dit sagement « ils ne vont pas tous au même rythme, ils n’apprennent pas tous à la même vitesse. »
Chacune pensant sans doute que sa progéniture était la plus vive…
C’est peut-être là que j’aurais dû me taire.
Oubliant un instant que j’avais affaire à deux libraires et que le bouquin est aussi un gagne pain, j’ai cru malin d’abonder dans leur sens en disant « C’est tout à fait vrai, regardez, à son âge Marc Lévy ne sait toujours pas écrire… »
La fraîcheur de l’accueil m’a fait penser que je n’aurais peut-être pas dû…