samedi, 21 septembre 2013
Lève toi et charme…
L’avantage d’une maison où « ya que des nanas » selon la « terminologie Heure-Bleue », c’est que le succès d’un papy est assuré à peu de frais.
Merveille, la seule, la vraie, la première, m’a traîné dans sa chambre et m’a chargé d’une mission éducative primordiale : Lui apprendre à faire des enveloppes à partir d’une feuille de papier.
Un avenir radieux de politicienne s’ouvre devant elle, vu la façon dont ça avait commencé.
J’étais assis dans la cuisine, face à sa mère et à son père lorsqu’elle est venue s’asseoir sur mes genoux, a passé son bras autour de mon cou, m’a embrassé et dit à l’oreille « Papy, tu viens voir dans ma chambre ? Je te montre comment on fait des enveloppes. »
Comment résister ? Hmmm ?
Je l’ai suivie et, avec le culot d’acier du député, elle m’a tendu une feuille de papier, un bâton de colle et une paire de ciseaux.
- Papy, montre-moi comment on fait une enveloppe.
- Tu n’étais pas censée me montrer comment toi, ma Merveille, tu les faisais ?
- C’est pour les autres, mais tu sais, à l’école j’ai que des TB, des « Très Bien ».
- Un de moins !
- Mais…
- Oui, on dit « je n’ai que », pas « j’ai que »…
- Je n’ai que des TB, mais montre moi pour l’enveloppe.
J’ai donc montré à Merveille comment on faisait une enveloppe et, quand elle en eut fait une un peu bancale mais fonctionnelle, je lui ai dit
- Et maintenant tu en fais quoi ? Histoire de tester ses connaissances, celles qu’elle cache, orgueilleuse qu’elle est parce que perfectionniste.
- Eh bien je l’envoie à maman.
- Et dans l’enveloppe ?
- Je mettrai une petite feuille. Comme une lettre tu vois ?
- Hon hon… Vas-y Merveille.
Elle m’a jeté un regard un peu inquiet, a pris un stylo et a écrit « Pour Maman » sur l’enveloppe, m’a montré le résultat, un peu angoissée.
- Mais c’est très bien ! Tu sais écrire !
- Non, je ne sais pas écrire ! Je ne sais pas lire !
- Et sur la lettre, tu vas mettre quoi alors ?
Elle a sorti le petit bout de papier de l’enveloppe, a écrit « Pour Maman » , a tenté d’ajouter « je t’aime ». Ça a un peu cafouillé mais l’idée y était. Elle a dessiné un cœur et remis le papier dans l’enveloppe.
- Bravo Merveille ! Tu te défends comme une reine !
Elle m’a jeté fièrement « le regard qui tue » et a dit
- Mais je suis une reine !
Nous sommes retournés dans la cuisine où Heure-Bleue tenait Numéro 2 dans les bras.
J’ai commencé à parler doucement à « l’intruse » qui m’a fait un sourire plein de gencives. Merveille s’est dépêchée de donner l’enveloppe à sa mère pour se précipiter sur mes genoux, m’entourer le cou de son bras et me tourner la tête.
Des fois que je regarde sa sœur…
Puis son père à remis Numéro 2 dans son couffin et nous nous sommes levés pour partir.
Il a bien fallu saluer tout le monde. Merveille me tenait la main. Je lui ai dit
- Dis-moi, je peux quand même dire « au revoir » à ta petite sœur, juste un bisou ?
Et là a retenti un « non ! » sans appel.
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