mercredi, 23 octobre 2013
L’Eve et la dent
Hier, j’ai accompagné Heure-Bleue chez le dentiste.
Comme à chaque fois maintenant, nous n’avons pas eu à attendre.
Quel que soit l’écart entre notre arrivée et l’heure du rendez-vous, pour peu qu’il soit inférieur à dix minutes, nous sommes invités à entrer directement dans son cabinet.
Nous arriverions avec plus de dix minutes d’avance – notez le conditionnel indiquant le côté peu probable de l’évènement- que nous serions refoulés tandis qu’un retard de plus de dix minutes conduit –je l’ai vérifié- à un report du rendez-vous de plusieurs jours.
Depuis près de deux ans il en va ainsi.
Je me suis demandé pourquoi jusqu’à ce que j’apprenne incidemment que l’Ours était soumis au même traitement. Ni JJF ni Manou, seules à venir, ont droit à un séjour en salle d’attente.
Il m’est alors revenu que la première fois que je rendis visite à notre arracheur de dents, nous avions eu droit à la salle d’attente.
J’avais été très sage.
Sur la table basse, une série de revues parfaitement rangées attendait la curiosité du patient.
J’avais pris une revue –toutes les revues sont les éditions successives de la même, qui vante les charmes de la région Nord-Pas de Calais- l’avait feuilletée et remise correctement à sa place.
Lors de la visite suivante, toujours l'après-midi, j’ai été frappé par l’ordre méticuleux de ces revues.
Une ou deux semaines s’étaient écoulées et ces revues étaient encore et toujours, malgré les nombreux patients qui étaient passés par là, parfaitement rangées.
J’ai vérifié. L’ordre des numéros était respecté, les revues étaient rangées l’une sur l’autre, légèrement décalées, comme sur un présentoir.
Un doute m’est venu sur la psyché du quenotier.
Pris d’un soudain accès de taquinerie j’ai pris les revues, je les ai toutes mélangées et posées en cafouillon sur la table basse.
Heure-Bleue m’a traité de gamin et a pesté.
Le fou du clou de girofle s’est pointé, eut l’air effrayé, n’a rien dit et nous a emmenés dans son cabinet.
Depuis, nous entrons directement, dans les conditions que je vous ai décrites au début de cette note.
L'Ours a droit au même traitement vous disais-je.
Il m’a dit :
- Ce type est un psychorigide, tu as vu ses revues ?
- Oui, j’ai mis le souk dedans.
- Ah ? Toi aussi ?
- Oui, je n’ai plus le droit d’aller dans la salle d’attente...
- J’ai fait pareil, j’ai plus le droit non plus.
« Mais c’est quand même un bon dentiste... » avons-nous dit en chœur.
Que la lectrice chérie qui vient de crier « tel père, tel fils ! » se dénonce !
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