vendredi, 04 avril 2014
La nostalgie n’est plus ce qu’elle était.
Heure-Bleue est partie voir une blogueuse. Je partis de mon côté voir ce qu’était devenu mon quartier préféré.
J’avais prévu de prendre le métro à Saint-Lazare, descendre à Bonne-Nouvelle et remonter le temps et la rue jusqu’au Sacré Cœur puis rentrer tranquillement après m’être baladé et avoir bu quelques cafés sur le chemin.
Arrivé avec Heure-Bleue à Saint Lazare, j’ai changé d’avis et pris le métro jusqu’à Pigalle. Je suis retourné en haut de Montmartre, ai traînassé puis suis redescendu à pied par le jardin du Sacré Cœur vers « mon » lycée.
Arrivé en bas, je me suis assis dans le jardin du Sacré Cœur. Las ! Tout avait changé. La grande étendue sableuse a laissé place à une surface goudronnée. Plus de chaises métalliques. Que des bancs. Un petit vieux est passé qui a ramené un souvenir à la surface de ma mémoire.
Ma sœur cadette et moi, petits, emmenés par mon père à cet endroit, probablement un dimanche de fâcherie entre mon père et ma mère.
Il faisait beau et nous étions tous trois assis quand mon père nous a dit « regardez le monsieur là bas ! » Un vieux monsieur voulait s’asseoir mais hésitait et trébuchait vaguement devant deux chaises.
Obéissants nous avons attendus, mon père a dit « regardez bien, vous allez voir… »
Nous avons regardé encore plus attentivement et nous avons ri tous les trois quand le vieux s’est assis, après beaucoup d’hésitation, entre les deux chaises.
Vexé il a jeté à mon père « Vous devriez avoir honte ! Vous auriez pu me prévenir et puis m’aider à me relever ! »
Mon père fut grandiose. Il le regarda et lui dit platement « Je vous l’aurais bien dit mais ça amusait tellement les enfants… Ils ont attendu longtemps vous savez. »
J’en ai encore souri aujourd’hui. Mon père n'a jamais été quelqu'un de sérieux.
Si les derniers sous du mois étaient par hasard dans sa poche, il les dépensait dans un bouquet de violettes achetées dans le métro et se faisait du coup engueuler par ma mère, peu sensible à ça ou autres âneries du même genre...
Je suis reparti, ai descendu la rue de Steinkerque non sans avoir refait le plein de « kouignettes », ces petites fleurs grasses et sucrées qui tombent sur les hanches plus vite que par terre.
Et j’ai repris mon chemin. Je me suis arrêté au lycée, j’y suis entré. A cause de Vigipicrate on m’a arrêté, j’ai dû expliquer que j’y étais entré plus facilement il y a plus de cinquante-cinq ans. Alors on a bien voulu me laisser voir la cour d’honneur. Qui n’a pas changé.
La statue de Rollin me regarde. Je t’aime, je t’aime, je t’aime…
« Trois fois je t’aime ? »
Je suis sorti, me suis tâté pour savoir si j’allais boire un café là où un censeur avait piégé quelques élèves « jouant au billard électrique en écoutant des jazz-bands »
J’ai finalement renoncé et ai descendu la rue de Rochechouart jusqu'au petit carrefour des rues de Rochechouart, Turgot et Condorcet. Ça forme une petite place fort agréable où se trouve un café que je connais depuis mes dix-sept ans.
Je me suis assis à la terrasse. Puis allé au comptoir réclamer un express serré.
Là, je me suis aperçu que tout avait changé, pas que la décoration. Manquait le recoin avec sa table, sa banquette, sa vue sur l’arrêt du 85 qui me ramenait chez moi. Même l'arrêt a été déplacé.
Le café était resté bon. Après avoir bu mon café, je suis reparti, passé par une autre rue à souvenirs et arrivé à la gare Saint Lazare, retrouver une Heure-Bleue fort occupée avec une blogueuse inconnue.
J’ai rebu un café avec elles. L’autre blogueuse est sympa.
06:49 | Commentaires (13)

