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mardi, 03 juin 2014

Le courrier de lion…

Hier, mon rhume allait mieux.
Il allait nettement mieux.
Je l’ai senti à l’éclosion dès le matin, alors qu’un peu de soleil égayait la salle de séjour.
Oui, je l’ai senti, lectrices chéries, au retour de ce caractère taquin qui fait le charme de votre Goût préféré.
C’est normal car je commence toujours gentiment. Après c’est selon…
J’avais justement quelque chose à faire ce matin là et ne savais pas encore que ça allait me permettre de vérifier que mon savoir-faire ne s’était pas dangereusement émoussé à vivre en reclus et ne me soucier que du prochain reniflement ou de la prochaine quinte de toux.
Je pus donc profiter pleinement de mes heureuses dispositions et suis parti, joyeux pour des courses lointaines.
A la Poste, plus précisément.
J’avais un colis à y déposer, quelques photocopies à faires et à envoyer.
J’ai donc emprunté la passerelle qui m’amène de l’autre côté de la voie et suis entré dans le bureau de Poste.
Seules deux personnes – oui, les femmes sont aussi des personnes- en assuraient le fonctionnement.
Il y avait déjà cinq queues.
Oui ! Cinq ! Dans un bureau de poste où il n’y a que deux guichets.
Et quelles queues, mes chéries !
Ça n’était pas sans rappeler une boucherie moscovite en 1954.
Pourquoi cinq ?
Parce qu’il y a deux machines d’affranchissement, un photocopieur, un guichet pour les colis et un pour les questions de sous.
J’ai honteusement profité de mon statut de bancal pour me présenter avant tout le monde au guichet des colis.
Une dame à peu près aussi souriante que Manuel Valls m’a accueilli d’un sec et rogue :
- Le volet interne du colis, v’l’avez ? C’est la preuve de dépôt, j’dois tamponner.
- Ben non, je ne l’ai pas…
- J’peux pas prendre votre colis…
- Ne me dites pas que j’ai claqué 12.70 € pour rien !
Plus désagréable encore, elle a jeté aigrement :
- J’ai pas dit ça ! J’ai dit que je voulais le feuillet !
- Allons, s’il vous plaît, donnez moi un autre formulaire, je vais le remplir et il remplacera celui que j’ai mis sur le colis.
Elle a fait la moue et m’a tendu, en soupirant d'agacement, un formulaire, désolée de ne pas m’avoir dissuadé.
C’est là que je me suis dit qu’il faisait beau et qu’après tout, j’aurai bien une idée…
L’idée m’est venue en faisant la queue devant le photocopieur. Une dame, devant une des machines d’affranchissement, attendait vainement l’arrivée de la vignette.
Elle s’est perdue en conjecture devant l’écran.
- Oh ben ça ! Qu’est-ce que ça veut dire ?
J’ai regardé.
- Votre transaction est annulée, vous n’aurez pas votre vignette…
- Mais pourquoi ?
J’ai regardé de plus près, ai vu que la zone de la vignette qu’elle souhaitait était inactive.
- Probablement plus de papier dans la machine, le rouleau est vide.
C’est là que l’idée est née…
- Oui, elle doit le savoir mais ça l’embête de remettre un rouleau dans la machine…
La dame a commencé à pester  et s’est dirigée vers Miss Malgracieuse.
Et j’ai continué à attendre. J’ai enfin pu faire mes photocopies et me suis mis à faire la queue à l’autre machine d’affranchissement.
 Devant la première machine, un type a dit :
- Mais je peux pas avoir mon timbre ! Ça déconne leur truc !
- Ouaip… Plus de papier mais apparemment ça la dérange d’en remettre…
Il est allé engueuler Sœur Sourire et est revenu en disant « Elle m’a dit «  Ouais on sait, c’est en panne on n’y peut rien »  cette s… ! »
Quand j’ai pu accéder à la seconde machine, ça râlait beaucoup derrière moi. J’ai posé ma lettre sur la machine, qui m’a réclamé 1.10 € pour l’envoyer.
Je me suis retourné vers les gens.
- Eh ! vous avez remarqué ?
- Quoi ? ont dit quelques uns.
- Vous avez remarqué qu’on paie de plus en plus cher un boulot qu’on est obligé de faire nous-mêmes ?
- Mais... Mais c’est vrai ça ! A dit l'une.
- y’en a marre au bout d’un moment. A dit un autre.
J’ai pris ma vignette et suis parti pendant que les gens commençaient à gueuler très fort après Miss Malgracieuse.
Je n’aime pas qu’on me maltraite sans raison…