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vendredi, 06 juin 2014

Ce que la norme en dit...

La tentative fut belle.
La tentative fut hélas vaine.
Nous avons tenté, nous n’avons pas pu, nous avons échoué.
Nous fûmes stoppés dans notre élan culturel.
Nous, votre Heure-Bleue vénérée, et votre Goût adoré, républicains s’il en est, fûmes arrêtés sur la voie de la connaissance par l’émanation charnelle, symbolique, vieillissante et quelque peu boiteuse de la Royauté.
Camarades lectrices ! Lectrices chéries ! Lançons une pétition ! Que dis-je, « the » pétition.
Après le soulèvement populaire de 1789 qui vit raccourcir Louis XVI en 1793.
Après celui de 1830 qui vit bafouiller les Français qui sortirent un roi pour en caser un autre, les c…, pfff…
Après celui de 1848, qui vit Louis-Philippe viré à coups de pied dans le séant.
Eh bien, oui, après tous ces évènements qui nous montrèrent à l’envi que le meilleur système est la République, nous avons été empêchés d’accéder à ce bien commun censé nous ouvrir les yeux sur les mystères du monde.
J’ai nommé « La Culture » lectrices chéries.
Découvrez vous je vous prie…
Et qui nous a empêché d’atteindre le Petit Palais où nous nous rendions pour l’avant dernier jour de l’exposition des œuvres de Carl Larsson ?
Oui, qui ?
E-li-za-beth-II !
Oui, la reine Elizabeth II nous a empêché d’accéder au Petit Palais.
Elle-même !
Honnêtement, pensez-vous qu’il était indispensable d’arrêter tous les bus à Pereire pour permettre à une vieille dame de parcourir à pied les douze mètres qui séparent sa voiture de la tombe du Soldat Inconnu ?
De vider les rues, à grand renfort de fourrière, des véhicules qui ne dérangeaient personne ?
Au moment où le machiniste du 93 qui nous a accueilli Porte de Champerret nous annonça qu’il s’arrêterait, comme tous ses collègues à deux stations de là, j’ai eu un de ces accès de nostalgie qui habituellement font vos délices.
Oui, j’ai à ce moment rêvé au remontage de la guillotine sur la place de la Concorde, histoire de raccourcir un autre représentant de la Royauté…
Comme nous sommes plutôt de bonne composition, nous n’avons pas manifesté. Il faut dire qu’une manif à deux vous amène plus sûrement au commissariat du coin qu’au 20H de TF1. Nous avons donc entamé une chouette promenade qui nous a amené de la Porte Champerret à Pont Cardinet.
Mais non, pas tout droit, en prenant des chemins qui, comme par hasard, passaient tous par des endroits où Heure-Bleue avait des souvenirs d’enfance.
Je vais bientôt devenir historien de toutes les boutiques qui ont disparu depuis les années cinquante dans le coin délimité par le boulevard Pereire au nord, la rue de Rome à l’est, l’avenue Niel à l’ouest et le boulevard de Courcelles au sud.
Vous ne saviez pas, j’en suis sûr, que la librairie de la rue Poncelet l’a vue, enfant,  venir chercher « la Veillée des Chaumières » de son arrière-grand’ mère.
Vous ignorez aussi, je le sais, que la rue de Tocqueville l’a vue courir en socquettes blanches et jupe bleu marine.
Vous ne savez pas plus que le marchand de produits italiens de cette rue était un charcutier en 1962.
Que le « Brazza » existait déjà et n’a pas plus changé que sa clientèle.
Bref, les boutiques changent mais l’esprit des lieux reste, immuable.
Même le ciel de l’ouest, dont je vous ai récemment parlé, est resté le même, la preuve :

rue de Rome au printemps.JPG

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