jeudi, 17 juillet 2014
Le rot marin...
Hier soir, comme tous les soirs, j’ai préparé le dîner. Dîner dit « plat unique ».
Heure-Bleue et moi, d’accord sur le menu, avons acheté de quoi faire la salade dite « salade paysanne à la bretonne » mise en image par une blogueuse.
Ne me demandez pas qui, lectrices chéries, je n’en ai pas la moindre idée.
L’ardente houri qui partage ma vie m’a seulement montré son écran, la voix cassée d’envie et les yeux aussi verts que fumants de gourmandise.
Mais que diable nous raconte-t-il ? Qu’avons-nous à cirer de ses histoires de dîner et de salade.
Ça y est ! Camarade Le-Goût est devenu fou !
Que nenni mes chéries, que nenni !
Il y eut hier soir une grande première dans notre salle de séjour !
Heure-Bleue, la fourchette méfiante, piqua d’icelle un petit morceau de pâté.
Elle le considéra d’abord avec la méfiance et la timidité de toutes les premières fois :
- C’est la première fois que…
Je m’apprêtai à sortir une gauloiserie quand elle termina :
- Je mange du pâté Hénaff.
- C’est vrai ? Tu n’avais jamais mangé ça ?
- Non, une fois j’ai mangé du « corned beef », c’était pas bon, mais ça, jamais.
- Et alors ?
- C’est bon ! Mais un peu trop salé, moi, à leur place…
La je l’ai arrêtée sur le champ.
- Ah non ma Mine ! Que je te dise ! Il y a des dogmes qu’on ne peut remettre en question !
- … ?
- Oui ! Le pâté Hénaff, dit « Le régal du marin », c’est comme le catholicisme ou l’islam, on ne peut rien modifier ! On ne touche pas à la recette du pâté Hénaff !
- Oh ! Mais c’est bon quand même.
Là, je dois avouer que c’est avec un sanglot d’émotion dans la voix que j’ai failli ajouter :
- Je me demande si le dicton « les pommes de terre pour les cochons, les épluchures pour les Bretons » n’est pas la réalité cachée qui donne son goût au pâté Hénaff…
Que les Bretons me pardonnent, j’ai entendu maintes fois dans mon enfance cet aphorisme aussi stupide que « Parigots tête de veau ! Parisiens têtes de chien ! » qui m’a fait échanger quelques horions vers la même époque.
Heure-Bleue, donc, mon Heure-Bleue perso –pourvu qu’elle ne me lise pas !- s’est honteusement gobergée de cette salade.
À tel point que j’ai tenté de la freiner de façon assez malhonnête.
Ce fut hélas inefficace car elle croyait autant en un dieu quelconque que dans la sincérité d’un homme politique.
J’ai tout de même essayé :
- Tu sais que le pâté Hénaff, c’est pas casher du tout ? Mais alors pas du tout ?
Éblouissante dans son rôle de théologienne improvisée, Heure-Bleue m’asséna :
- Ça devrait !
Je n’ai pu qu’acquiescer, persuadé que je fus sur l’instant que ça diminuerait l’antisémitisme dans de notables proportions.
J’en suis même sûr, mon expérience de certains mets ashkénazim, dont la lumière de mes jours se délecte, m’ayant souvent amené à penser que là était la vraie raison des pogroms…
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