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mercredi, 10 septembre 2014

Les confitures de tomate verte.

Il y a quelque temps, j’ai vu un pot de confiture dans la vitrine d'une de ces boutiques de la rue de Rivoli faites pour tenter le « bobo », citadin nostalgique d’une campagne où il ne vivrait pour rien au monde.
Et pas n’importe quelle confiture, lectrices chéries, non, pas n’importe quelle confiture !
De la confiture de tomate verte ! De la confiture comme je n’en avais pas vu depuis mes dernières vacances chez ma tante Olga. Autant dire des vacances qui ne dataient pas d’hier…
A regarder cette vitrine, j’ai commencé à sentir sur la langue le goût de cette confiture longuement cuite par ma tante.
Son bistrot, qui n’était pris d’assaut que quand la sirène de la tuilerie sonnait la fin de la journée de travail, lui laissait du temps pour des choses comme fleurir sa terrasse, « soufrer » les tonneaux à la cave, faire de la liqueur de cassis et des confitures. Une autre sirène retentissait au même instant mais amenait moins de monde, celle de la filature de l’autre côté du pont du canal.
Il est vrai que la tuilerie ne comptait pratiquement que des hommes tandis que la filature ne comptait guère que des femmes.
Femmes qui ne venaient au café de ma tante que pour le quatorze juillet et quand elles venaient y chercher leur mari. Elles évitaient la visite du retour de « la retraite aux flambeaux » car la balade assoiffait les hommes, tout comme le travail à la tuilerie, dans la poussière d’argile et la chaleur des fours entre deux cuissons de ces briques qui entraient grises et sortaient rouges.
A l’inverse des ouvriers qui entraient rouges dans le café et en sortaient gris…
Ma tante, donc, faisait des confitures de tomate verte. Elle faisait pousser ces tomates dans son jardin, avec des tas d’autres choses, dont des fleurs et des haricots verts. J’aimais bien les haricots verts parce qu’ils poussaient sur des grandes tiges dont j’avais le droit de me servir comme lance pour jouer au chevalier. Même quand j’ai commencé à jouer à autre chose le long du canal, j’aimais le « quatre-heures » avec cette tartine ronde de confiture de tomate verte. Les tartines étaient toujours rondes parce que ma tante n’achetait jamais autre chose qu’une couronne. Ça évitait les chamailleries à propos du croûton car il y avait à chaque repas, si je compte bien, huit personnes à table.
Pour éviter de claquer une fortune car il eût fallu quatre baguettes au bas mot à chaque repas, la solution était la couronne débitée en tartines.
Mon dieu ces « quatre-heures » ! Ces tartines de confiture fuyaient par tous les trous de la mie, elles collaient aux doigts, la confiture me coulait le long du menton, parfois le long de l’avant-bras, mais bon sang quel délice…
Vous pensez bien, lectrices chéries que je n’allait pas laisser passer une occasion comme ça de reculer de quelques années, disons quelques décennies, six en réalité, en passant devant cette vitrine.
Je suis donc entré. Seul car Heure-Bleue n’aime pas la confiture. J’ai acheté un pot de confiture de tomate verte pour une somme qui aurait sorti la Grèce du marasme. Arrivé à la maison, j’ai voulu goûter à la vie des années cinquante.
P… ! Quelle déception ! Au lieu de la confiture plutôt sirupeuse et absolument délicieuse de ma tante, je me suis trouvé avec un bidule solide, noyé de tant de pectine que ça lui donnait la consistance d’un flan.
Le retour dans les années 2010 fut brutal…