samedi, 20 juin 2015
Les vieux s’attirent.
Je fus hier traversé par une vague inquiétude.
Nous avions rendez-vous avec une blogueuse qu’on aime et son mari, dit « Le Maître », histoire de courir après nos dix-huit ans dans le Quartier Latin.
La gagnante fut manifestement Heure-Bleue.
D’où ce petit pincement.
« Et pourquoi ça, Goût chéri ? » vous exclamâtes vous, lectrices chéries.
Eh bien parce que dans ce 21 qui nous menait vers le palais du Luxembourg, j’eus droit à une parade printanière du plus bel effet.
La lumière de mes jours voulut laisser sa place à un homme qui portait beau mais semblait souffrir des articulations.
Élégant de manières comme vous me connaissez, j’ai cédé ma place pour qu'Heure-Bleue restât assise.
Et que vis-je ? Ce vieux en train de draguer ma meuf, fière comme Artaban et papillotant des yeux. J’ai bien tenté de glisser quelques mots mais j’ai abandonné car il n’avait d’yeux que pour les mirettes de ma moitié. Enfin, pas que.
J’entendais quasiment le type faire « frrr… Frrr… » comme font les pigeons quand ils ont une idée derrière la tête en matant une pigeonne.
Et que je te lui raconte que j’étais un ancien inspecteur d’académie, que j’écrivais un bouquin sur je ne sais quoi, et que patatati et que patata…
Heure-Bleue a failli s’étrangler en avalant d’un seul coup une trop grande gorgée de petit lait.
Au point qu’elle me dit en descendant –à regret- du bus « Eh bien tu vois, Minou, ne te fais pas de souci, si tu meurs, je pourrais me recaser… »
Ravigotée par le Don Juan, elle faisait bien dix ans de moins, l’œil vert et vif collant parfaitement à sa peau diaphane.
Nous sommes arrivés au café où nous avions rendez-vous. La stabilité comportementale de l’humanité m’a rasséréné. Heure-Bleue et Lakevio papotaient.
« Le Maître » et moi itou. Pas des mêmes choses. Nous étions face à une entrée du jardin du Luxembourg et en buvant notre café, ce qui prit longtemps, « Le Maître » et moi commentions tous ces gens qui entraient et sortaient. Les filles surtout.
Le temps s’y prêtait qui dévoilait des secrets autrement intéressants que ceux de la NSA.
Puis nous avons traversé lentement le jardin. Je me suis arrêté au kiosque, saisi brusquement par le souvenir d’un concerto de clarinette de Mozart, que je me suis bien gardé de partager. « Le Maître », lui cherchait d’autres souvenirs. Il était scandalisé car la porte qu’il empruntait pour aller au lycée Montaigne était condamnée. Nous nous sommes arrêtés tous deux, appuyés contre la grille et avons évoqués quelques souvenirs du coin. Alors que mes études me tenaient plus près du Jardin des Plantes, les siennes le maintenaient dans ce coin. Un moment il dit « Ah la la… Bon sang ! Les filles de Censier ! »
Je me suis rappelé une amourette avec une étudiante myope mais si mignonne…
Nous avons rajeuni d’un peu moins de cinquante ans, comme ça, pendant quelques heures. Nos moitiés conversaient, tranquillement assises sur des chaises, miraculeusement réapparues, face à la statue de Baudelaire tandis que nous discutions tous deux, vu l’endroit, de Montaigne et Baudelaire et du coup d’Edgar Poe.
Nous sommes repartis doucement boire un café puis vers le bas du Boul’ Mich’, avons repris le 21 et sommes revenus chez nous.
Il était plus de neuf heures du soir quand j’ai préparé le repas.
09:40 | Commentaires (13)

