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samedi, 28 novembre 2015

Les bignoles de l’info.

Hier, nous avons entendu notre Président, ému, rendre hommage aux victimes des attentats du 13 novembre.
Nous l’avons entendu environ neuf fois.
Pleine d’à propos, Heure-Bleue m’a fait remarquer, vers la septième fois car la neuvième fois nous étions à table :
- Minou, faut pas laisser aux enfants l’addition de notre enterrement ! 
- Eh ! On n’est pas mort !
- Oui mais quand même…
- Tu sais que si on croise des fondus de la kalach’ ou de la ceinture d’explosifs, on n’a pas à s’en faire.
- Ah tu trouves ?
- Ben oui, là c’est l’Etat qui prend en charge les frais…
Mais elle a insisté.
On a papoté sur la meilleure façon de finir, à part être immortels, et avons conclu que brûlés et nos cendres dispersées sur la Seine depuis le pont de l’Archevêché, ce serait parfait.
Pas d’enterrement, pas de risque de finir dans un aspirateur un jour de grand ménage, tout ça.
Bref, impeccable.
Alors j’ai cherché sur le Web.
Et il en va du commerce comme du Français de base, celui qui montrera plus volontiers ses fesses que sa feuille de paie.
Pas moyen d’avoir un prix. Alors j’ai ouvert un mail de circonstance et rempli, sans illusion aucune, un formulaire..
Sur lequel, la seule chose exacte rapportée était la commune de résidence.
Je me suis appelé Dupont et ai donné un numéro de téléphone bidon.
Je ne suis pas un malade du secret mais pour m’être fait avoir par moult mutuelles qui m’ont assailli de coups de téléphone pour essayer de me vendre des souscriptions qui ne rembourseraient pas grand-chose mais avec d’excellentes raisons pour me prendre des sous, je suis devenu prudent.
Ce matin, j’ai donc reçu une réponse qui m’avertissait que le numéro communiqué était vraisemblablement erroné et que ça empêchait de me donner les renseignements demandés.
Comme la Camille qui avait signé le mail savait écrire, je me suis demandé si par hasard elle ne se foutait pas de moi.
Alors j’ai répondu à son mail le plus civilement du monde.

« Salut Camille,
Ce n’est pas une erreur.
C’est ce que je fais depuis que j’ai constaté qu’il est impossible, contrairement à ce qui est prétendu sur les sites proposant des services tels les vôtres, d’obtenir ne serait-ce qu’un ordre d’idée du prix d’un enterrement.
Chaque fois que j’ai communiqué mon numéro, j’ai été assailli de coups de téléphone qui n’étaient que d’ordre commercial, tout juste si on ne m’enjoignait pas de mourir sur le champ pour toucher plus vite le prix du cercueil.
Vous comprendrez donc que si je remplis un formulaire qui commence par « comparez maintenant » je sois devenu prudent.
Sinon je vais devoir recharger mon portable quatre fois par jour.
S’il vous est difficile de me dire combien coûtent :
- La mise en bière d’un corps de 75 kg, hors prix de l’emplacement alors que vous connaissez la commune où il doit reposer en paix.
- D’ajouter les prix des différents services que vous proposez.
Alors je suis inquiet, légitimement inquiet.
J’ai bien peur de finir dans un sac poubelle et jeté dans une décharge sauvage.
Ça ne me dérangerait pas plus que ça mais c’est l’idée que vous factureriez à mes enfants le prix d’un enterrement pour ça qui me chagrine un peu.
Je suis sûr, Camille, que vous me comprenez.

Cordialement
Le Goût. 
»

J’adore commencer une journée comme ça, avec quelque chose à faire.
Comme embêter mon prochain.