Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 28 décembre 2015

Perroquet philosophe, la radio gêne…

Aujourd’hui, il faut que je vous dise, lectrices chéries.
Un des avantages qui a profité à mon grand-père paternel, mon père, mon fils et moi semble perdre de son efficacité chez moi.
Oui, nous avons une mémoire un peu comme une bibliothèque bien rangée où on retrouve à coup sûr et facilement ce qu’on y cherche mais où, hélas on a tendance à musarder.
C’est quand même bien pratique.
Bon Heure-Bleue aussi a une excellente mémoire mais j’aime moins car elle ne se rappelle que mes tours pendables.
Et dieu sait qu’en bientôt quarante-cinq ans, il y eut de quoi emmagasiner des sujets de dispute…
Et voilà pourquoi je vous parlais de ça, lectrices chéries :  Cette mémoire dont j’usais comme de l’eau du robinet a un comportement bizarre ces temps-ci.
Je ne suis pas encore rendu à cet état où je ne sais plus si j’ai déjà bu mon verre ou si je ne l’ai pas encore rempli, non.
Simplement, ce robinet bien pratique semble avoir des fuites, comme si les joints avaient vieilli.
Je trouve parfois au matin, comme de petites flaques de souvenir, éparses sur l’évier de ma cervelle.
Je me sers de mon blog pour les essuyer.
Et ce matin, levé tôt, je me suis revu, le cartable battant la cuisse, descendant la rue Rodier.
Je descendais assez souvent la rue Rodier jusqu’à la rue Condorcet que j’empruntais jusqu’au croisement avec la rue de Rochechouart, là où il y a l’arrêt du 85.
Je faisais ça l’été parce que j’aimais bien prendre le bus à plateforme.
Et j’aimais aussi passer rue Rodier parce qu’il y avait une boutique de merveilles.
De pures merveilles pour un petit garçon comme moi.
Une boutique de « réparateur de tout » avec une vitrine pleine de machines à coudre démontées, de postes de radio à l’arrière démonté, exposant des tas de choses comme des « lampes », des élément bizarres que je sus plus tard être « des condensateurs variables », des « selfs », des « transfos » et même un « haut-parleur ».
Un jour, un jeudi en revenant de « colle », j’avais dû me faire « serrer » dans un couloir, je suis entré dans cette boutique.
Mon cartable pesait une tonne car j’avais dû y mettre mon « Gaffiot », c’est pour ça que je me rappelle l’épisode car je tirai la patte en entrant dans la boutique.
J’ai dit
- Bonjour monsieur… 
On m’a grogné
- Oui ? C’est pour quoi mon garçon ? Qu’est-ce que tu veux ? 
- C’est pour savoir… Comment ça marche, la radio ?
- Hou là ! Comme tu y vas ! Tu vas au lycée, plus haut ?
- Oui, je voudrais faire un poste.
- T’es bien trop petit, allez file, j’ai du travail…
Je suis revenu à la maison. Dans l’après-midi je suis redescendu, j’ai pris la rue Championnet jusqu’au bout, là où mon père avait acheté le poste de la maison.
Dans cette vitrine là, il y avait aussi de ces merveilles.
Je suis entré, un homme gentil avec un accent que j’ai su plus tard être du sud-ouest m’a demandé ce que je voulais.
- Faire un poste de radio monsieur…
Il a soupiré, ouvert un tiroir et en a tiré une chose étrange qu’il m’a tendue.
- Tiens, c’est un condensateur. C’est la première pièce, c’est le début de ton poste.
- Merci monsieur…
C’était un tube de verre dont sortait un fil à chaque extrémité.
Un papier jaune l’entourait, imprimé de noir qui disait « 100.000 pF 1.500 V »
A peine sorti, je l’ai posé sur le bord du trottoir et l’ai écrasé de ma chaussure.
Un petit rouleau de « papier chocolat », deux feuilles isolées par du papier.
Ce composant a gardé son mystère ce jour là.
Je ne voyais pas comment on pouvait recevoir la radio avec ça.
Ce jeudi là je suis remonté pensif à la maison…

20100312-reparation-tsf-p0000003.jpg