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mercredi, 06 janvier 2016

Cache peau…

Demain je vous parlerai d'autre chose, lectrices chéries.
En attendant, hier j’ai accompagné Heure-Bleue chez le dentiste.
Ergo, ça a conduit chez l’Ours.
Nous en sommes ressortis avec P’tite Sœur pour aller chercher Merveille à l’école.
La dernière fois, Merveille nous avait expliqué en quoi consistait la grossesse chez la mammifère de l’espèce homo sapiens.
Cette fois ci, elle a élargi son vocabulaire.
La remplaçante de la future maman serait « une psychopathe »…
Ce qui est ressorti du discours de Merveille, c’est qu’on doit dire « vous » ou « maîtresse ».
Merveille disait depuis la maternelle « maîtresse » donc tout allait bien.
Il n’en va pas hélas de même pour tous et « ça fait des histoires ».
Nous avons ramené tout ce petit monde à sa maison en faisant un détour par le « distribanque » et le boulanger.
L’Ours a mangé la moitié des meringues de Merveille qui avait déjà abandonné la moitié de son croissant et de son pain au chocolat à la voracité de P’tite Sœur.
Elle a râlé après moi qui n’avait pourtant rien volé et après son père.
Genre « Pfff… Papa il me vole tout… »
Elle n’a pas entièrement tort.
Ce gamin, connu honorablement sous le nom de « l’Ours », m’avait déjà dépouillé de tout, jusqu’au dernier disque dur.
Il en a déjà une collection mais le fait que je tienne à garder une clef USB que je lui avais prêtée semble le déranger.
Je la lui avais prêtée mais chez lui, « prêter » et « donner » c’est pareil.
Enfin, quand je lui prête, sinon…
Bref, c’est un rejeton assez courant .
Déjà, il y a quelque temps, un bon moment même puisqu’il avait une quinzaine d’années, il m’avait dit, avec ce tact qui l’avait déjà rendu célèbre,  « Papa, t’es démodé, il te faut un Levi’s, un vrai, un 501 quoi ! »
Je savais bien quant à moi que pour être à la mode, il suffit de porter les mêmes affaires assez longtemps.
Tous les dix ans à peu près, on est à la mode pendant près d’un an…
Mais bon, il fallait bien faire plaisir à mon Ours préféré.
Alors j’ai claqué un blé monstre dans un « 501 ».
La semaine suivante, mon Ours m’a dit « Papa, tu me passes ton 501 ? »
Nous étions (encore) minces tous les deux, il n’y eut donc pas de problème.
J’ai donc « passé » le « 501 ».
Une ou deux semaines plus tard, l’Ours préféré de sa mère, comme n’importe quel gouvernement, faisait face à une dèche sévère.
Malgré les avances diverses, la dèche persistait.
On aurait dit le « 9-3 »…
La chair de la chair de la lumière de mes jours tenta un grand coup, pensant que son père avait une mémoire de mouche et une cervelle d’huître.
Mon Ours, arriva donc vers son père, lui tint un discours plutôt vague sur les besoins réels de l’adolescence et, confiant dans l’idiotie des parents, ces pauvres vieux qui ne connaissent rien de la vraie vie, inséra à voix un peu plus forte mais gentiment :
« Papa, si tu veux, je te vends mon 501… »
Papa, se rappelant que les parents sont là pour se faire gruger par les enfants et avaler des histoires fumeuses, demanda :
- Tu en veux combien ? 
- Ben... Euh… Sept cents, ça va ?
Je me rappelais parfaitement que ce 501, portés maintes fois par mon fils et moi, m’avait coûté, neuf, un peu moins de cinq cents francs…
J’ai donné sept cents francs et ce « 501 » que je venais d’acheter plus cher d’occasion que neuf est redevenu « mon 501 ».
Je l’ai rangé dans la penderie avec l’idée de l’y laisser le plus longtemps possible.
La lumière de mes jours m’apprit, quelque temps plus tard, qu’il avait revendu ce qui était redevenu par magie « son 501 » au lycée pour acheter une monstruosité terriblement « à tomber ».
Il acquit donc, avec « son » argent me dit-il, une salopette « Marithé et François G. », accessoire absolument indispensable du lycéen « in » pour ne pas dire « hype ».
Heure-Bleue et moi l’avons regardé, un peu ébahis tout de même.
Et c’est là que le terme « fashion victim » a pris tout son sens…