lundi, 10 mai 2021
Devoir de Lakevio du Goût N°80
Mr Caillebotte n’a pas peint que le pont de l’Europe, la gare Saint Lazare, des « racleurs de parquet » ou les trottoirs parisiens.
Non, il a peint aussi de la verdure.
Et pas que celle de sa propriété d’Yerres.
Je vous soumets cette toile qui me prouve que là où je me suis promené il y a peu était beaucoup plus touffu il y a 150 ans qu’aujourd’hui.
Les bancs n’ont cependant pas changé.
Que vous dit cette toile ?
Un souvenir de parc bien loin de celui-ci apparaît dans ma cervelle noyée dans son habituel « cafouillon » matinal...
Dans ce bled connu sous le nom d’Alesia par les uns et « Venarey-Les Laumes » par la SNCF vivait ma tante Olga.
Elle avait un mari, Fernand.
Je vous ai déjà parlé de ces deux-là.
Peut-être vous ai-je parlé une fois d’une de mes « fiancées ».
Bien des années plus tard, je me suis rendu compte que je l’avais échappé belle.
On a des souvenirs d’enfance comme ça, qui surgissent et dont on comprend soudain les implications possibles.
Cette « fiancée » s’était, il faut le dire, imposée.
Avec quelques autres enfants nous jouions souvent dans le parc municipal.
Un jour de beau temps, et ils étaient nombreux quand j’étais gamin, une petite fille qui habitait un immeuble incongru dans ce coin de petites maisons me fit une proposition inattendue.
Nous étions occupés à une partie de « cache-cache » dans le parc, ombragé et plein de cachettes quand, accroupis sous un buisson cette petite fille, qui s’appelait Arlette – comment peut-on appeler sa fille Arlette ? - , me demanda d’une petite voix « Tu veux bien être mon « bon ami » ? »
Toujours bien disposé à l’égard des filles, ce qui est prudent quand on a trois sœurs, je répondis timidement mais trop rapidement « Oh oui ! »
Arlette me prit alors par le cou et me plaqua des lèvres mouillées, voir baveuses, sur la bouche, scella ainsi un pacte non écrit mais plein d’obligations bizarres.
Mon métier de garçon commença bien avant l’âge normal.
Et c’est un métier où l’expertise n’est jamais atteinte, un peu comme l’explique si bien Boileau dans « L’Art poétique ».
Ce métier où on m’intime « vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage, polissez-le sans cesse et le repolissez »
Ce fut un apprentissage étrange où, dans ce parc mille fois revisité cet été là, je dus accompagner Arlette partout.
L’accompagner faire pipi, la sentir accrochée à mon bras qu’elle prenait pour une laisse.
Me disputant quand je parlais à une autre petite fille, voire se battant avec elle.
J’étais devenu sa propriété et elle voulais toujours faire comme sa grande sœur faisait avec un voisin qui était grand.
Ça ne marcha jamais, nous étions trop petit.
Et j’ai été bien content quand ça a marché que ce ne fut pas avec elle...
Ce parc Monceau peint par Caillebotte est plein d’intérêt, il m’a ôté près de soixante-cinq ans de la cervelle.
Hélas, il ne m’a pas ôté un an du genou droit...
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