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vendredi, 07 septembre 2012

En route vers de nouvelles aventures.

A la demande générale de trois lectrices chéries qui insistent pour que je ne  commence pas à piocher comme un fou n’importe où dans le jardin de notre existence,  à Heure-Bleue et moi, je me remets au début de cette passionnante aventure qu’est un redémarrage total de notre vie.
Après tout, la stabilité étant la mère de l’ennui, il faut bien faire des bêtises  de temps à autre, si ce n’est régulièrement.
Histoire de donner à l’existence le rythme trépidant qui la rend intéressante.

Fort d’une position de cadre dit « III B » dans une multinationale, je profite d’une ancienneté importante, de bonnes relations avec la « direction des ressources humaines » et surtout de la direction financière pour laisser tout tomber parce que je vais au boulot à reculons depuis trop de temps. Je m’ennuie profondément avec des gens qui passent leur temps à éviter de faire quoi que ce soit d’un peu marquant ou créatif pour ne pas se faire remarquer. Vous vous rappelez le slogan de Hewlett Packard ? «  Invent ». Le leur était plutôt « Don’t invent ! ».
Bref, je m’ennuyais ferme au travail pour la première fois depuis vingt et quelques années.
Ayant eu vent d’un programme d’aide à l’installation, je sautai sur l’occasion pour me lancer.
La législation étant particulièrement favorable et les entreprises nettement moins pingres qu’aujourd’hui, je profitai grassement en démissionnant d’un pactole.
Ça ne paraît pas, mais une ancienneté de vingt-cinq ans, les congés payés, les « jours de cadre », les « jours d’ingénieur » à prendre, six mois de préavis payés et non effectués, le tout non imposable, c’est plutôt pas mal. Ça permet, quand on a une tête de linotte et le goût du risque, de se lancer dans une nouvelle aventure au lieu d’acheter un appartement cash…
Heure-Bleue avait bien parlé de cet appartement, mais l’idée de refaire le coup de « j’ai ma librairie à moi toute seule » la tenaillait. J’avais eu quant à moi le droit à une consultation gratuite de l’expert comptable de la boîte pour lui expliquer ce que je voulais faire. Il était sûr que tout marcherait bien. A quelques détails près sur la répartition des activités sur l'échelle des temps, ça s’est avéré.
Nous achetâmes donc une librairie pour Heure-Bleue puis j’allai donner des sous à l’URSSAF avant d’avoir touché mes premiers honoraires de consultant.
A l’attention de celles qui se demandent ce qu’est un consultant, c’est normalement quelqu’un qui connaît son métier assez bien pour conseiller – pour assez cher- des entreprises qui ont un problème un peu pointu  à résoudre.
On appelle aussi hélas « consultant » le joueur de tennis qui n’a jamais pu dépasser les 16ème de finale à Roland Garros et qui vient vous expliquer à la télé ce que devraient faire Federer et Nadal dans le troisième set. L’éventail est large, vous le voyez et recouvre à peu près n’importe quoi, souvent une aptitude au « faire-savoir » plutôt qu’au « savoir-faire ».
Pour en revenir à notre triste condition de pauv’zindépendants, nous voici partis pour de nouvelles aventures. Heure-Bleue vend ses bouquins. Je me rends compte, de mon côté que l’emploi du temps prévu par l’expert comptable est un peu erroné.
Il avait écrit dans le rapport qu’il m’avait gentiment concocté que je devrais consacrer, compte tenu de mon carnet d’adresses,  environ 30% de mon temps à chercher des clients, 50% à faire le travail,  10% à l’administratif et le reste en relances diverses.
L’expérience m’a montré que je passe 10% de mon temps à chercher des clients, 30% à faire le boulot et le reste à courir après les sous qu’on me doit. Heureusement quand même, on m’en doit pas mal.
Un jour, alors que j’attendais un gros chèque d’une grosse boîte –ce qui veut surtout dire gros délai-, je reçois un appel téléphonique de quelqu’un qui cherche le Goût. Il a besoin de lui pour ses connaissances dans le domaine de l’optique et du magnétisme.
Bon, ce n’est pas à côté. On me passe le boss de la boîte qui me dit tout de go en rosbif « voilà, j’ai besoin de vous pour un projet, je vous offre dix mille US$ par mois, un appartement, téléphone, électricité et gaz payés. OK ? »
Ma première réponse est « Je suis en cours de mission, je dois terminer. Ce ne peut-être qu’après. ». Et le boss de me dire « même pour dix mille US$ ? ».
Je dois dire que je suis interloqué par son culot et je lui demande « que diriez vous si on me proposait vingt mille US$ et que je vous laisse tomber au milieu de l’affaire ? Ça vous plairait ?  Je ne fais pas ce genre de chose. ».
Finalement, ça m’a plutôt servi que desservi. Je pensais que j’en aurais pour un mois ou deux, comme d’habitude. Mais non, il a fallu qu’Heure-Bleue se débarrasse de la librairie,  loue un appartement à l’Ours –qui nous reproche de l’avoir abandonné- et attende de voir comment ça se passe avant de me rejoindre.
Je ne vous ai pas dit où je devrai exécuter ce fabuleux contrat ?
En Israël ! Plus précisément Tel-Aviv. La première fois que je m’y suis rendu, je n’avais pas vu à quoi ressemblait la ville vue d’en haut.
 Les vols suivants, j’ai pu affiner mon impression. Vous voulez savoir à quoi ressemble Tel-Aviv vu d’avion ?
Eh bien ça ressemble à un tas de commodes renversées avec les tiroirs ouverts…
Heure-Bleue me dit « non ! c’est pas vrai », mais si, c’est vrai…
Mais c'est animé. Il y a des moments où tout vole dans ce merveilleux pays.
Les oiseaux.
Parfois les pierres.
Mais surtout les boutiquiers...