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jeudi, 18 juillet 2013

Un mercredi, descendre…

Vous connaissez Heure-Bleue.
Seule la peur de la prison la retient de descendre un gêneur.
Un gêneur n’étant pas un voleur, un concurrent ou un empêcheur d’entrer dans une boutique.
Non, le vrai gêneur est celui qui trouble son sommeil.
Celui qui l’empêche de dormir.
Pire, celui qui va la réveiller.
J’en viens à me demander comment nous avons pu faire un enfant ensemble…
Eh bien hier, telle qu’en elle-même, elle a laissé libre cours à sa grogne chez nos amis.
Amis chez qui je n’aurais jamais soupçonné une telle patience.
Nous avons eu droit à la relation in extenso de nos démêlés avec nos lascars.
Pourtant, durant le long voyage en train, Heure-Bleue et moi avions élaboré quelques stratégies qui eurent au moins l’avantage de nous faire rire.
Celle qui consistait à envoyer Heure-Bleue au milieu de la place, au centre de l’attroupement de malfaisants tandis que je serais à la fenêtre, le téléphone à la main, nous plaisait beaucoup.
L’idée était la suivante :
Imaginez Heure-Bleue, entourée de nos malveillants, guettant un geste de ma part lui signifiant qu’elle pouvait déclamer le rôle de sa vie.
Imaginez-moi, à la fenêtre, examinant la scène, le téléphone à l’oreille, le jingle du « 17 » serinant ses conseils.
Dès qu’une chaussette à clous aurait daigné répondre j’aurais fait un geste de la main, guetté par Heure-Bleue.
Elle aurait alors poussé un hurlement déchirant.
Ceux qui ne l’ont jamais entendue en colère n’ont pas idée du nombre de décibels qu’elle peut atteindre, j’hésite entre le décollage du Rafale et un marteau-piqueur.
Le « maréchausssier » au bout du fil en aurait sursauté et aurait sur le champ dépêché une escouade au secours de ma moitié.
Nos trublions gamins se seraient égaillés comme une bande moineaux effrayés en hurlant, comme à chaque fois qu’on les prend sur le fait en train faire une connerie « C’est pas moi m’dame ! » ponctué de « mais on n’a rien fait m’sieur l’agent ».
 Bâtir le scénario nous a amusés entre Melun et Fontainebleau.
Puis nous avons songé, histoire de les sidérer un peu, à leur réaction si, pour couvrir leurs bavardages à voix de stentor, nous mettions à un niveau de boîte de nuit, la fin du troisième acte de la Tosca. Moment où Floria Tosca, découvrant Mario mort, pousse un cri à arracher les tympans d’un artilleur.
Ça nous a tenu jusqu’à Bagneaux.
Quelques autres scenarii du même genre, voire plus violents, avec batte de base-ball, comme dans « Les affranchis » nous ont occupé jusqu’à l’arrivée.
Arrivée triomphale, vous pensez bien, avec une Eugénie en représentation, genre « je suis une petite fille hyper sage ». Une Mab qui a failli tomber à la renverse tellement je resplendissais sous le soleil. Un Maky impavide, comme d’habitude et Jeanmi que je ne connaissais pas et qui a fait semblant d’être habitué à côtoyer des stars telles votre serviteur, lectrices chéries.
Bref, ce fut une journée délicieuse à laquelle je ne pus reprocher qu’avoir été trop courte.