Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

dimanche, 20 octobre 2013

Le verbe alizé...

Bon, lectrices chéries, sous l’avalanche de remarques envieuses à l’endroit d’Heure-Bleue et admiratives à mon endroit –sauf une dont j’ignore les raisons du courroux-, il me faut quand même rétablir un minimum de vérité.
Ce n’est pas que je sois un parangon de vertu mais on n’est jamais à l’abri d’une mise au point inopinée de la lumière de ses jours. On ne sait jamais.
C’est vrai, je sais coudre. Mais je ne me décide à le faire que quand Heure-Bleue râle parce que je ressemble à un clochard pour cause de chemises trop échancrées ou autre motif genre accroc.
Il y a aussi le jean dont le bas s’effiloche sévèrement à force de racler le trottoir.
Quand ça rappelle un peu trop la tenue de Davy Crockett, mais au dessous des chevilles au lieu du milieu du torse, je m’y colle.
Il y a aussi le cas délicat d’une Heure-Bleue qui, à me voir jouer avec la machine à coudre de Manou, insiste pour que je lui fasse un coussin.
Je peux la faire patienter, mais pas aussi longtemps que je le souhaiterais, genre dix ans.
Donc, je joue avec la machine le temps de faire ce coussin.
Il en va de même avec le bricolage.
Peindre ? Pas de problème.  Je pars acheter la peinture.
Chemin faisant, je vois des tas de choses à acheter, elles serviront. Aucun doute là-dessus. Le temps de m’arrêter dans un café, de boire un express serré, de lire un article sur le journal qui traîne sur le comptoir, et hop ! Je reviens avec des trucs, mais pas la peinture.
J’y retournerai demain. Puis après-demain car demain j’aurai oublié d’acheter le pinceau, alors...
Je finis par faire les choses. Honnêtement, ce qui me décide c’est plus souvent une dispute avec la femme de ma vie que l’envie de me débarrasser des tâches.
J’ai fort heureusement renoncé depuis longtemps à la pose du papier peint. Ça tournait, lors des rares tentatives, au numéro de cirque pour amuser les enfants. Le lé, mal posé, légèrement en biais, rechigne à tout essai de le remettre droit. Puis, il se déchire. Lors du rattrapage, se décolle d’un coup, généralement du haut et me coiffe, m’inondant les cheveux de colle. Ça a eu au moins l’heureux effet de faire rire Heure-Bleue. Je fus du coup dispensé de pose de papier peint. La peinture est dangereuse, mais pour mes habits, j’ai assez rapidement compris qu’on peut plus aisément changer de pantalon que de plancher...
Et il en va de même pour toutes les petites choses qui semblent susciter l’envie de bazarder votre camarade de vie pour vous offrir ce bijou ménager qu’est selon vous le Goût, du moins si j’en crois vos commentaires.
Il est vrai que j’aime faire les courses, j’adore traîner dehors, je suis un voyageur. A rayon d’action réduit aujourd’hui, hélas...
Mais si faire la cuisine m’amuse, je la fais nettement moins bien qu’Heure-Bleue.
Il est vrai qu’elle bénéficie ( ?) de trente-huit ans d’entraînement, elle...
Quant à la vaisselle, il m’arrive de la faire avec un peu trop d’enthousiasme. Ça coûte en verrerie.
Mais je la fais parfois avec trop peu d’enthousiasme. Et là, les assiettes du repas suivant, sont diversement appréciées quand elles collent aux doigts.
Gardez donc vos moitiés, lectrices chéries. Je ne vous en voudrai pas.
D’autant moins qu’Heure-Bleue n’a pas l’âme matrimoniale partageuse.
Je crois vous avoir déjà parlé de ce côté panthère qui plaît tant au début et rend méfiant plus tard.
Et cette panthère douche ma joie d’avoir écrit cette note d’un « ça ne prend plus, Minou, ça ne prend plus... »
Il faut dire qu'en quarante-deux ans, j'ai dû recoudre quatorze boutons, faire sept ourlets de pantalon à tout casser et cousu un coussin que, s'il n'y avait pas eu la machine, elle attendrait encore.
Comptez bien, ça fait un bouton tous les trois ans, un ourlet tous les six ans, un coussin tous les quarante-deux ans.
C'est sûr, ce n'est pas la productivité allemande...
Et je n'ai pas repeint les vingt-et-un endroits où nous avons vécu.
J'aime bien mieux faire les bidouilles minutieuses qui m'intéressent.
Là, je peux même être très adroit...

 

De fil en aiguille...

Oui Lakevio, je couds.
Et ce n'est pas, contrairement à ce que pense une commentatrice amatrice de tournevis, parce qu'Heure-Bleue ne sait pas se servir d'un tournevis -elle ne sait d'ailleurs pas- mais parce que je vois plus clair qu'elle -elle a de très beaux yeux, hélas pas très fonctionnels...- et que je sais coudre.
Ma mère cousait très bien et aimait ça.
Donc je sais coudre.
Ergo je couds. 
Rarement pour Heure-Bleue car elle fait attention à ses affaires et pas moi.
Je couds si je veux avoir des boutons aux chemises.
Je couds si Heure-Bleue ne veut pas avoir de trous aisément visibles à l’échancrure de ses corsages.
Eh oui ! Pour que tout ceci soit mené à bien il faut que je couse !
Oui, lectrices chéries, il faut que je couse, du verbe coudre, cauchemar du troisième groupe !
Les Anglais, pauvres couillons, s’imaginent cadors de l’emmerdement de la conjugaison avec leur liste miteuse de « verbes irréguliers ».
Nous, réels cadors de la conjugaison périlleuse, avons inventé quelque chose d’autrement redoutable.
Non, nous autres Français, précis et nuancés, n’avons pas de verbes irréguliers.
Nous nous contentons d’un groupe à part...
Le troisième groupe...
Oui, lectrices chéries ! Imaginâtes-vous quelque chose de plus érotique que le verbe frire ou apparoir - qui n'a que deux locutions ? L'infinitif et la troisième personne du singulier de l'indicatif présent ?
Bref, dans les débuts d’une liaison que j’espérais naïvement sans nuage, peuplée uniquement de câlins, de mots doux et d’acquiescements à mes moindres demandes, demandes qui ne concernaient que rarement ma mise ou les repas, vous savez bien, lectrices chéries, ce que sont les débuts.
Tout, donc en ces débuts allait bien...
Tout le monde sait que vivre dans le péché est une des choses les plus délicieuses qui soient.
Oui, lectrices chéries, virez le péché et vous verrez comme la religion est emmerdante...
Dans ces débuts, donc, on me regardait comme si dieu soi-même avait atterri dans le pigeonnier où nous vivions.
Ça ne dura pas hélas.
Les défauts d’une fabrication de qualité douteuse frappèrent les chemises de votre Goût adoré.
La négligence de votre Goût, pour indispensable qu’il soit, frappa itou.
Résultat ? Les boutons des chemises s’envolèrent au gré de la brutalité du déshabillage courant chez le jeune homme épris.
C’est là que la perversion de l’éducation des jeunes filles, polluée par un modernisme de mauvais aloi me laissa fort marri.
Après avoir épuisé le stock, maigrelet le stock, de chemises, il m’est venu une idée qui apparut rapidement saugrenue : faire réparer les dégâts de la passion.
J'ai tenté, saisi d’une témérité folle, de demander à une Heure-Bleue, à l’époque en pleine possession de ses moyens -cheveux roux, peau diaphane, yeux verts, frisés les cheveux, immenses les yeux- , de recoudre un ou deux boutons.
Elle usa, quant à elle, de tous ses moyens -cheveux roux, peau diaphane, yeux verts, frisés les cheveux, immenses les yeux-. Bref la totale. Pour me pousser à les recoudre moi-même. Elle y parvint.
J’ai plus tard, tenté de lui demander de façon plus insistante de me recoudre un bouton de chemise.
C’est là que, plutôt qu'avouer qu'elle ne savait pas coudre, elle a préféré me jeter une phrase du genre  « Dis donc, Minou ! Ta mère, elle ne t'a pas fait des bras ? » 
Le truc qui vous coupe l’envie de demander même l’heure. Fut-elle bleue...

 

PS: Grâce à Manou, grand-mère de Merveille et mère de JJF, je sais même me servir d'une machine à coudre. Pour les ourlets, c'est top.