samedi, 08 mars 2014
La route du rhume…
L’évolution de l’espèce humaine se fait par à-coup, c’est bien connu.
D’un coup on voit apparaître des mutations, dans l’aspect ou le comportement d’un individu puis de plusieurs.
Habituellement, en un certain nombre de générations, la modification est présente dans toute la population, et nous avons des poils, des seins, tout ce qu’il faut pour nous adapter à l’environnement en continuant à chasser, un coup pour la bouffe, un coup pour le câlin.
Il y a toutefois des modifications qui surviennent de façon impromptue au cours de la vie du mammifère moyen.
Et même du mammifère hors de la moyenne.
C’est rare et il fallait bien sûr que ça tombe sur moi.
Vous savez quoi, lectrices chéries ?
Heure-Bleue a muté !
Oui ! Heure-Bleue, qui n’était déjà pas un exemple de stoïcisme, est devenue soudain, par la grâce d’un rhume, comme votre Goût adoré !
Exceptionnellement, j'avais conservé un calme olympien, pas ch…, bien et tout, même pas pris un cachet pendant la cruelle affection qui m'a frappé ces jours-ci.
J'ai commis hélas l'erreur tragique de la communiquer à la lumière de mes jours.
Ce qui prouve que la pire chose dans un couple est d'abord l'affection.
Surtout ses preuves, qui permettent l'échange de colonies de microbes tous plus virulents les uns que le autres.
Bilan ? La tragédie est là. Heure-Bleue a chopé « mon » rhume.
Finissant chez moi, débutant chez elle.
C'est là que je découvre la mutation : Heure-Bleue est devenue aussi ch… que moi ! Elle copie !
A moins que cette légende du mimétisme conjugal ne soit fondée…
Oui, Heure-Bleue fait comme moi maintenant.
Elle le reconnaît elle-même.
Elle meurt, geint, renifle, tousse, me réclame :
- Un cachet qu’elle refuse de prendre au prétexte de l’œdème de Quincke qui ne manquera pas de la frapper, la première aspirine avalée.
- Un onguent, à quoi elle reprochera, le tube à peine ouvert, de puer comme un cent de boucs.
- Des caresses, qui l’agacent à peine entamées.
- Un bisou, qu’elle repousse à peine arrivé.
- Une consolation, dont elle vilipende aussitôt l’inefficacité.
- Une Ricoré, à qui elle reproche d’être trop chaude, trop, froide, bref, pas bien.
- Un thermomètre qu’elle engueule car il refuse, le traître, d’afficher les cinquante-cinq degrés qu’elle est persuadée avoir.
Oui, une Heure-Bleue enfiévrée se prend pour la « Verveine du Velay ».
Bref, une Heure-Bleue qui profite du beau temps pour forcer son entourage, hélas réduit à la seule personne de votre serviteur, à rester cloîtré, à s’occuper d’elle, à le sommer de la plaindre.
Il y peu, je vous ai parlé d’enfer et de buisson ardent.
Je suis en train de vivre le premier.
Pour l’autre, ne subsiste que le côté ardent d’un misérable 38°C.
Fièvre raisonnable pour qui connaît Heure-Bleue…
Si elle trépassait de ce rhume, un silence de mort s’abattrait sur l’immeuble, forçant une cohorte de voisins inquiets à venir vérifier que ce n’est pas moi qui l’aurait occise.
Il est vrai que par moment, je songe à abréger ses souffrances pour atténuer les miennes…
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