lundi, 28 novembre 2016
Guère épais...

J’ai descendu les quatre étages.
Le bougnat en bas était déjà ouvert, j’entendais les premiers clients au travers de la porte qui donnait sur l’entrée.
Quand je suis arrivé sur le trottoir, le mur voisin était violemment éclairé par le reflet du soleil dans les vitres de l’immeuble de l’épicier.
Ça faisait plusieurs jours qu’il n’avait pas ouvert sa boutique.
Depuis le jour où je l’avais vu, assis devant sa devanture dévastée par l’explosion, la tête dans les mains et pleurant à gros sanglots.
Ça m’a fait tout bizarre.
C’était la première fois que je voyais pleurer un « vieux ».
Depuis quelque temps, le quartier était réveillé par des explosions.
On disait que c’était « les percepteurs » qui punissaient les « mauvais Français » ou « les traîtres », c’était selon…
Les uns disaient « C’est ceux du FLN, les salauds ».
Les autres disaient « C’est sûr, c’est l’OAS ! Ces factieux ! »
J’hésitais entre prendre le métro et aller à pied.
Le soleil a décidé pour moi.
J’irai à pied.
Ça me fera un ticket de plus dans la pochette de ma « Carte d’identité Familles Nombreuses ».
J’étais sûr qu’il me servirait.
Que peut-être je pourrai le donner à quelqu’un avec qui je prendrai le métro.
Il n’a servi qu’à moi.
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