samedi, 07 novembre 2026
Et l’homme au sang chaud pensa.
Ouais, bon... C’est l’âge, sans doute...
Hier après-midi, je suis descendu chercher du pain, de la salade de concombres à la crème, du jambon et une bouteille de vin.
Passionnant, non ?
Oui, j’ai fait tout ça après avoir mal repassé des chemises car la femme de ma vie n’a pas le droit de le faire après le remplacement de cristallin de lundi dernier.
J’ai terminé ma liste de courses par le caviste à côté.
Comme chaque fois que j’y vais, nous papotons de choses diverses.
Cette fois, c’était de vin.
Il m’a parlé d’un vin inconnu, un vin de Flavigny.
Flavigny est en Côte-d’Or.
Je connais Flavigny car j’y suis allé emmené par de la famille à Alesia où j’ai passé des vacances à un moment où la curiosité des garçons et des filles se fait impérieuse…
Et c’est au cours de cette conversation que ça m’est revenu.
C’est sûrement quelque chose que je vous ai déjà raconté car, c’est bien connu, les vieux ça radote…
C’est revenu brutalement quand j’ai relâché la porte du caviste.
Je l’ai revécu le temps de rentrer à la maison.
Je me suis rappelé Brigitte P.
C’était « la fille du minotier » mais surtout une petite rouquine avec des yeux verts ravissants et une peau toute blanche.
Ma sœur cadette ne réussissait pas, malgré ses efforts, à nous rapprocher, Brigitte P. et moi.
L’opiniâtreté étant la marque de fabrique du Goût-des-autres, je n’allais pas me laisser sombrer sans rien faire pour arranger les choses avec Brigitte P.
Les cris poussés par les parents de Chantal, une voisine lors d’explications de gravure n’étaient pas infondés.
Un « vieux » de treize ans habitait à côté de l’infâme fils de flic.
Jacques S.
Il était aussi passionné par le Tour de France que par Chantal sur laquelle il semblait savoir un tas de choses que normalement on ne sait pas à son âge...
Un après-midi de juillet de cette année-là j’allai chez lui et demandai à Jacques S. s’il avait une idée pour approcher Brigitte P.
Obnubilé par le Tour, il me jeta « chut » pour écouter l’arrivée de l’étape.
Et là, ça me revient, je sais que j’avais huit ans et qu’on était à l’été 1957 car ce Tour de France fut remporté par Anquetil.
Après avoir pesté car son favori était Darrigade, il m’écouta enfin.
- Mais qu’est-ce que t’y veut à la Brigitte ?
- Ben, euh… qu’elle soit ma « bonne amie » !
- Aaaahh… Tu veux yi (prononcer comme la finale de « bouillie ») faire un p'tit ! Ben t’as qu’à la « quiner » !
Après avoir traîné dans le coin en shootant dans une boîte de pilchards –impeccable pour faire des passoires pour sasser le sable, suffisait d’un clou et d’une pierre-, en jetant des cailloux dans le canal et en me creusant la cervelle, je revins au bistrot de ma tante.
- Dis, ma tante, c’est quoi « quiner » ?
D’habitude elle n’écoutait que d’une oreille distraite le babil de ma petite sœur et moi mais là elle se retourna d’un coup.
« Toi, t’as été voir le Simonnot ! » me dit-elle d’un air bizarre, à la fois sévère et vaguement souriant.
Elle parlait avec l'accent de Colette (je ne l'ai su que bien plus tard).
- Oui ma tante, mais qu’est-ce que c’est « quiner » ?
- Tu le sauras bien assez tôt mon « paul’ petit » et crois-moi, quand ça arrivera, tu n’auras pas besoin d’explication…
De fait j’ai fini par savoir mais comme il faut être deux pour ça, il y a toujours besoin d’explications à un moment ou un autre.
C’est fou ce que remue dans la cervelle une bouteille de vin sans même l’avoir bue…
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