mercredi, 06 avril 2016
Mieux vaut lâcher rond qu’être en fer…
Hier, on est allé chercher Merveille à l’école.
À écouter les élèves apprenants du collège et du lycée qui font face à l’école élémentaire nous avons été effrayés.
Ce n’était hélas que le début somme toute véniel de notre effroi.
L’école de Merveille s’est ouverte.
Je suis partisan de remplacer le « Liberté Égalité Fraternité » du fronton de la porte de l’école par le « Vous qui entrez ici, laissez toute espérance » du fronton de la porte de l’Enfer.
Des gamins pas plus sourds que vous et moi s’égaillent en tous sens, ce qui serait charmant s’ils ne hurlaient pas comme s’ils venaient d’échapper à un attentat.
Je n’ai pu m’empêcher de dire « mais comment peut on être pédophile ! »
Si vous les aviez vus et surtout entendus, lectrices chéries, comme moi vous auriez davantage aimé les passer au lance-flamme plutôt qu’à la casserole !
Nous sommes revenus plus calmement chez l’Ours en écoutant Merveille qui nous racontait la naissance de Pégase, liée aux démêlés de Poséidon et Athéna qui avait assez mal pris que Poséidon viole Méduse dans son temple.
Heure-Bleue est du coup inquiète de la mémoire infaillible de Merveille et commence à craindre une petite-fille aussi cinglée que feu son beau-père, son époux et son fils…
Arrivés chez l’Ours, il nous a appris que la maîtresse lui avait dit que « Merveille est le moteur de la classe » puis j’ai admiré le travail de mon fils qui s’est mis au bricolage.
Avec un certains talent je dois dire.
Lui qui me laissait craindre une visite à l’hôpital quand je le voyais avec un tournevis se débrouille sur le tard plutôt bien.
Comme son père préféré, alors qu’il se servait de sa cervelle mieux que de ses mains, il s’est mis au plaisir de voir quelque chose fait de ses mains.
Merveille m’a entraîné dans sa chambre pour m’apprendre plein de choses.
D’abord qu’elle était allée à Paris au Petit Palais.
Puis, déjà vaguement vexée que Mamie et Papy connaissent mieux qu’elle les dieux et déesses de la mythologie grecque, elle s’est mise en tête de m’apprendre la géométrie.
Alors que jusqu’ici j’avais droit à ses regards pleins d’amour, de malice, d’affection ou de désespoir selon ce que je disais ou faisais, j’ai eu pour la première fois un regard emprunt de respect.
Elle avait laissé tomber la mythologie pour être « maîtresse d’école ».
Et moi élève évidemment.
Elle m’a « appris » les figures géométriques.
Les quadrilatères d’abord. Heureuse que je lui en apprenne deux de plus dont le trapèze qui, selon elle « est très bien que j’aime beaucoup parce qu’on dirait une jupe » et le parallélogramme.
Puis les triangles.
- Là papy, c’est un triangle rectangle.
- Hmmm…
- Ça c’est un triangle isocèle, il a deux côtés égaux.
- Ouiii…
- Ça c’est un triangle équilatéral, il a…
- Trois côtés égaux.
- C’est bien papy, et ça c’est un triangle quelconque…
- Hmmm…
- La maîtresse a dit un autre mot aussi mais qu’on nous l’apprendrait plus tard.
- Scalène, un triangle scalène, Merveille.
- C’est ça !
Et là pour la première fois Merveille m’a regardé comme un être humain doté d’un cerveau.
J’ai été flatté…
10:29 | Commentaires (14)

