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jeudi, 29 septembre 2022

Mon père, ce héros au sourire si doux.

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Et aux réflexions parfois si cruelles…
Comme vous le subodoriez peut-être, lectrices chéries, le couple de mes parents allait cahin-caha.
Cahin quand l’un voyait bien l’autre dans le rôle d’Abel.
Rôle assez bref si vous vous rappelez cette sombre histoire qui survint dans la Genèse. Caha car il était rare que tout allât bien dans un logement exigu où six personnes devaient cohabiter.
Là où ça se passait le moins bien, c’était les samedis et les dimanches d’hiver. Ma mère était frileuse comme une vieille chatte et mon père supportait mal que l’appartement « sentît la loutre » selon son expression.
Ça entraînait immanquablement de nombreuses disputes que ma mère savait lancer plutôt astucieusement.
Elle savait pouvoir compter sur la réflexion désagréable qui lancerait mon père.
Elle oubliait souvent que sa réflexion permettrait à mon père de faire montre de l’humour détestable dont il savait faire preuve quand ma mère le titillait un peu trop. Ça marchait à tous les coups, elle sortait perdante de la joute et ils se disputaient jusqu’à ce que le soufflé retombât et qu’arrive l’heure de préparer le repas ou celle des informations à la radio.
Un de ces samedis de février me revient où ma mère s’était levée du pied gauche.
Il faisait froid dans la maison, le poêle s’était, comme toujours, éteint vers le milieu de la nuit.
Mon père, qui travaillait comme un esclave, devait encore aller faire « des heures sup’ » histoire d’allonger la dose de margarine dans les pâtes.
Notre drame ? Personne n’aimait les épinards et le beurre était trop cher.
Ce matin-là, ma mère lui demanda d’allumer le poêle avant de partir.
Il aurait dû se méfier, mes sœurs et moi avions depuis longtemps remarqué que, quand notre mère était en forme, elle appelait mon père « Lemmy ».
Quand tout semblait aller pour le mieux entre eux, elle l’appelait « Chéri ».
Hélas, quand elle était « mal virée » elle l’appelait « Gaby ».
Ce fut donc un jour néfaste qui commença par :
- Gaby !
 Mon père, qui la connaissait aussi bien que nous, savait que « Gaby » ça voulait dire emmerdements à brève échéance.
Il en profitait parce qu’il savait aussi que quand il l’appelait « ma poule », elle détestait ça et le piétinerait volontiers.
- Oui ma poule ?
Ça ne rata pas. Profitant d’heureuses dispositions pour la chamaillerie elle jeta :
- Rhoouuuu ! Je te giflerais quand tu m'appelles « ma poule » je déteste ça !
- Oui ma poule…
- Il faut rallumer le poêle, les enfants vont attraper la crève !
Il s’y mit, froissa deux ou trois feuilles de « Paris Presse-L’intransigeant », mit une poignée de petit bois par-dessus et la séance commença :
- Fais attention en retirant le bac à cendres, Gaby ! Tu vas en mettre partout.
Silence paternel, pas même un soupir.
Il prit le bac à cendre et le versa dans la poubelle en ne soulevant qu’un peu de poussière.
Je le regardai attentivement car, comme tous les petits garçons, j’aimais bien l’idée de jouer avec le feu.
Il remit le bac à cendre à sa place, ouvrit la gueule du poêle, prit le seau à charbon et en versa un peu sur le petit bois.
«  Aaaaattttentiooonnn !!! » Cria ma mère, « tu vas tout salir !!! »
- Mais non ma poule…
- Je te connais comme si je t’avais fait ! Tu ne sais pas faire le feu !
J’ai senti que c’est là que ça allait commencer car mon père allumait souvent le feu, et très bien.
Il releva la tête.
- Ouais, ben à propos de feu, il y a des jours où je comprends le docteur Petiot…
- Justement, si tu étais docteur, on ne serait pas là, dans ce taudis.
Quand on en arrivait là, nous savions tous que ma mère avait perdu la bagarre qu’elle avait elle-même lancée.
- Si j’avais été médecin, je ne t’aurais pas croisée, ma poule…
Et il se mit à chantonner l’air de « Comment épouser un millionnaire ».
Ma mère est partie, vexée, vers le boyau qui servait de cuisine en pestant « j’aurais dû me marier avec un gendarme, au moins ils sont bien logés ! »
Puis mon père est parti travailler…
Il savait, en dehors de chercher des histoires à ma mère, faire des tas de choses qui intéressaient les enfants.
Quelques années plus tard, nous saurions même exactement quand elle lancerait la mauvaise réflexion, celle qu’attendait mon père, confiant dans le caractère routinier de ma mère.

Commentaires

Que de souvenirs sympaths tu as de ton père ! Après tout, ta mère n'était pas si terrible que ça, vu qu'elle se faisait piéger à tous les coups par ton père et qu'il s'en amusait. Il ne la craignait pas, c'est bien...Mon père, par contre, a eu beaucoup à souffrir des colères de notre mère...

Écrit par : julie | jeudi, 29 septembre 2022

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Finalement ce jeu entre eux, raconté par toi des années plus tard est assez amusant, sans doute qu'à l'époque pour vous les enfants, c'était stressant.
En tout cas si je faisais le dixième des réflexions, que faisait ta mère à ton père, à Zhom, il est certain que je pourrais me brosser pour qu'il allume le feu dans la cheminée !
Bon, en même temps, l'année dernière je les ai tous allumés. ;)

Écrit par : Fabie | jeudi, 29 septembre 2022

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Fine mouche ton père ! Cet homme était bon je pense. Ta mère pas méchante mais moins tendre, me trompé-je ? ;-)

Écrit par : Praline | jeudi, 29 septembre 2022

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Chez nous, ce n''était pas un jeu et ma mère savait être cruelle, alors que mon père préférait rester coi : de toutes les façons, il aurait perdu le match.
Et j'étais témoin, si malheureuse de ces propos qui étaient bien plus que des rosseries...
J'ai eu la chance d'avoir eu une vie conjugale pleine d'amour et de tendresse

Écrit par : Gwen | vendredi, 30 septembre 2022

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Je n'ai jamais regardé vraiment, mais il me semble qu'il y a sur une chaîne de télé un truc qui s'appelle « scènes de ménages ». Tu devrais leur proposer quelques scénarios issus de ton expérience personnelle de témoin privilégié dans ta jeunesse des « comédies de couples répétitives ». Il paraît ce genre de truc aide à l'équilibre du couple, à condition de toujours respecter le synopsis de base et le cahier des charges.

Écrit par : alainx | vendredi, 30 septembre 2022

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