samedi, 15 août 2009
Les mots pour le dire.
Hier, le buraliste de la rue a fermé, une fois de plus pour d’obscures raisons, mais il a laissé le petit mot que voici sur sa vitrine.
Le libellé en est assez drôle mais le buraliste, au moins, a l’excuse d’être d’Extrême-Orient.
Ce matin, je termine tranquillement mon Libé d'hier, dans lequel je ne cherche même plus les coquilles, (ce canard ressemble à une plage normande à marée basse: plus de coquilles que de chair...) quand une phrase m'arrache un œil: « L'Italie avait participé avec l'Allemagne à l'invasion et au dépècement de la Yougoslavie. » !!! Le « dépècement », c'est nouveau ça, j’en étais resté au dépeçage depûis le primaire.
Je digérai lentement cette modification récente du lexique français quand Elodie Gueguen, sur France Inter m'arrache une oreille en m'assénant que le navire disparu était désormais « en attente d'un éventuel arraisonnage ».
Ben voyons ! Arraisonnage ! Moi qui avais toujours cru bêtement mon maître d'école quand il parlait d’arraisonnement, me voici fort marri...
Je ne sais si vous êtes sensibles à ces détails ou si ça devient un tic chez moi, mais de plus en plus de mots me piquent les oreilles et les yeux.
Suis-je opposé à tout néologisme ou la gent médiatique en crée-t-elle à une vitesse telle que la maternelle devra bientôt être prolongée jusqu’à la puberté pour permettre aux gamins de disposer du vocabulaire nécessaire à la vie courante ?
Une autre hypothèse me hante néanmoins : Est-on sûr que ceux à qui on confie un micro ou un clavier disposent au moins d’un minimum de vocabulaire ?
J’en doute de plus en plus. Si le discours est souvent fleuri de références psychanalytiques, il semblerait que le langage soit devenu le principal obstacle à la communication.
L’économie de personnel me semble une excuse un peu facile pour faire passer ce qui, dans d’autres domaines vous conduirait directement au Pôle Emploi.
Allez donc expliquer au voisin d’un barrage que « ce n’est pas bien grave, il ne s’agit que d’une petite erreur de calcul » si sa maison vient d’être emportée par un flot irrésistible, vous allez voir si ça suffit comme raison ! Et on peut en dire autant de tous les domaines.
Quand on constate que journaux et bulletins d’informations nous abreuvent chaque jour de jugements définitifs sur l’incompétence des uns ou des autres, on peut légitimement se demander si les pourvoyeurs de nouvelles prendraient la chose avec autant de philosophie si on s’attaquait à la leur…
Il arrive parfois, soyons juste, que l'incompétence ou le manque de culture donne des résultats assez drôles, telle cette présentation d'une pièce de théâtre par un mauvais connaisseur de la chose: "On ne badine pas avec l'amour d'Alfred"..., de Musset...
09:42 | Commentaires (13)

