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mercredi, 29 avril 2015

La Muse erra tôt…

J’ai failli vous parler d’un truc pas drôle, le deuil au mois de mai, celui qui arrive à causer des douleurs genre chéloïde, inguérissables mais j’ai décidé de parler d’autre chose parce que finalement ça n’intéresse que les concernés.
Ceux qui chantonnent dans leur salle de bains un poème de Théophile Gautier sur la musique de Berlioz mais n’ont malheureusement pas la voix de Régine Crespin qui elle aussi est morte.
Mais si, vous savez bien, lectrices chéries :

      « Ma belle amie est morte :
        Je pleurerai toujours ;
        Sous la tombe elle emporte
        Mon âme et mes amours.
        Dans le ciel, sans m’attendre,
        Elle s’en retourna ;
        L’ange qui l’emmena
        Ne voulut pas me prendre. »

En réalité, quand ce mauvais vent m’est passé par la tête, j’étais parti pour raconter à Muse cette histoire de violon.
Alors, Muse, voila.
Ma mère, avait croisé le grand squelette qu’était mon père, sur le coup de leurs vingt-cinq ou vingt-six ans, en 1946 ou 1947, le moment avait gardé un certain flou car ma mère, assez faux-cul en matière du vrai, n’a avoué que par inadvertance à Heure-Bleue qu’elle avait quand même salement pris des acomptes avec ce grand squelette avant de passer devant monsieur le maire.
Seulement voilà, ma mère était veuve d’un type qu’elle avait épousé en 1941 qui s’était fait descendre avec un de mes oncles par les Allemands en 1942.
Ce monsieur premier mari était, selon ma mère et quelques photos conservées par ma grande sœur, l’opposé de mon père et se fit tuer laissant ma mère avec un bébé sur les bras.
Mon père était maigre comme un chat errant, brun comme un pruneau, drôle même si ce n’était pas tous les jours, poète à ses heures, peintre à d’autres heures et détaché des trucs tous bêtes comme les fins de mois, le sérieux et autres machins qui vous gâchent la vie d’un pinson.
Le père de ma grande sœur lui, était un homme plus en chair, plus âgé que ma mère de quelques années, blond, pâle de peau, sérieux, s’occupant de bois précieux et amateur de musique au point de savoir se servir, dixit ma mère, d’un violon dont il jouait paraît-il un peu moins bien que Jascha Heifetz mais tout juste.
Ce monsieur était issu d’une famille néerlandaise assez cossue et ma grande sœur avait plein de tantes chez qui elle passa finalement pas mal de temps.
Mr le père de Grande Sœur étant parti ad patres, il laissa à ma mère un bébé, des souvenirs et un violon. Ce violon survécut jusqu’à mes dix-huit ans et mourut malencontreusement broyé par un meuble lors d’un déménagement qui nous ramena à Paris. Il mourut broyé parce qu’après avoir perdu ses cordes les unes après les autres, l’archet et la colophane, je ne sais qui de la fratrie crut bon d’en utiliser l’étui comme valise à je ne sais quoi.
Mais un truc de filles. Dans cette histoire ce n’est pas moi le coupable.
Nous avons tous essayé de sortir de ce violon un son qui ne ressemblât pas à un grincement de porte ou un miaulement de chat martyrisé.
Sœur Cadette abandonna la première et se fit offrir une guitare dont elle joua aussi mal que Florence Foster-Jenkins de sa voix. Exit la guitare. J’ai tenté la flûte au lycée mais l’instrument étant hors des moyens des parents et le pipeau assez gonflant, ça s’arrêta rapidement.
Ma petite sœur, elle, après des exemples aussi calamiteux s’abstint de toute tentative de faire de la musique. Je me suis quant à moi cantonné aux concerts, à la réalisation de matériel audio plutôt fidèles et la constitution d’une discothèque aujourd’hui éparpillée à quelques pièces près.
Les miettes de ce violon traînent avec celles notre enfance seulement dans la mémoire de ma grande sœur et la mienne…

Commentaires

C'est bien aussi comme valise et moi agressif pour les oreilles.

Écrit par : mab | mercredi, 29 avril 2015

En voilà une jolie histoire, comme tu sais si bien les raconter, avec une fin triste qui ne laisse des souvenirs épars.

Écrit par : livfourmi | mercredi, 29 avril 2015

J'aime quand tu nous narres tes souvenirs de jeunesse, c'est trop bien écrit et décrit.... dommage je n'ai pas toujours le temps d'aller les lire mais aujourd'hui c'est le jour ou j'étudie... ça me barbe... la preuve, je vais lire les articles de blog !!

Écrit par : Ysa | mercredi, 29 avril 2015

Un souvenir qui flotte comme un air de musique. Il a sûrement été mieux que le violon finisse en miettes. Pour cet instrument, il faut être virtuose !
J'ai raté un beau moment, hier ... A la prochaine mais prévoyez avant !

Écrit par : lakevio | mercredi, 29 avril 2015

Un violon qui finit en miettes, quelle horreur! Pire que de pisser dedans...

Écrit par : muse | mercredi, 29 avril 2015

Bien, bien-bien.
Ta mère n'était peut-être pas marrante, mais tout n'a sans doute pas été rose pour elle.

Écrit par : Berthoise | mercredi, 29 avril 2015

Donc , Grande soeur est du genre vicking ?

Écrit par : Brigitte | mercredi, 29 avril 2015

j'ai le violon de ma mère.

Écrit par : liliplume | mercredi, 29 avril 2015

pauvre violon! si vous avez tous essayé d'en tirer un son correct , il en a vu de toutes les couleurs! C'est sûr !

Écrit par : emiliacelina | mercredi, 29 avril 2015

Les commentaires sont fermés.