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dimanche, 05 novembre 2017

Sur la mère calmée…

De rien, Madame Butterfly, de rien...
La note de Coumarine me remet en mémoire une pièce, un « stand up » auquel mes sœurs et moi assistâmes moult fois.
L’amiante avait fini par avoir raison de notre père en 1988, après ce qui ressembla à quelques semaines de noyade ininterrompue.
Le truc horrible.
De ce jour, ma mère nous servit à chaque visite, et elles furent nombreuses, une pièce dont nous connaissons encore les répliques par cœur.
Hormis les scènes régulièrement adaptées à la situation, comme il se doit dans tout bon « one woman show », le thème en était stable.
Il y avait évidemment l’insomnie permanente mais indiscernable dont souffrait ma mère.
J’arrivais pour la voir vers quatre heures de l’après-midi, supposant que « sa petite sieste » serait terminée.
Je sonnais.
Je re-sonnais et ça durait un bon quart d’heure.
Je repartais et j’appelais un téléphone qui restait désespérément muet après des minutes de sonneries.
J’y retournais, un peu inquiet les premières fois, moins les fois suivantes.
Je frappais comme un sourd à la porte.
Vers cinq heures et demie, ma mère ouvrait, affolée.
- Tu m’as fait peur mon fils ! Qu’est-ce qui se passe ?
- Tu dormais, ça fait longtemps que je t’appelle !
- Ah ! Si tu savais ! Je n’ai pas fermé l’œil depuis…
Depuis deux jours, depuis une semaine, depuis la mort de ton père, depuis… Depuis toujours…
Elle me faisait alors entrer et s’asseyait.
- Tu veux que je te fasse un café, maman ?
- Oui mon fils, il n’y a plus que toi qui sais me le faire.
Je savais qu’elle disait ça à mes sœurs.
Nous savions tous lui faire ce café filtre qu’elle adorait –et moi aussi- une espèce de goudron dont deux gouttes dans un bol de lait auraient privé de sommeil un régiment d’ais.
La lumière de mes jours en but une fois, elle ne dormit pas de la nuit.
La première gorgée avalée, le « stand up » reprenait après un court entracte.
- Tu sais, mon fils, je ne sais pas si je serais encore là à Noël.
Ça, c’était si on était à mi-décembre, sinon, c’était la semaine prochaine, à la Toussaint, à Pâques, aux vacances…
Je connaissais la suite.
Invariable.
Voix mourante :
- Je me fais du souci, tu sais, mon fils…
- Pourquoi maman ?
- Je ne sais pas ce que vous allez devenir quand je ne serai plus là…
- Oh, on ne t’oubliera pas !
- C’est ça ! Fous-toi de moi ! Mais qu’est-ce que j’ai fait au bon dieu pour avoir des enfants pareils !
- Mais non, maman…
- Mais je me fais du souci… Qu’allez-vous devenir ?
Ben on vit, maman, on vit…

Commentaires

Je sais que je ne devrais pas, mais je ne peux m'empêcher de sourire à cette évocation.
Mais les insomniaques ont souvent l'impression de ne pas dormir depuis la nuit des temps, même s'ils siestent...

Mais là, c'était inquiétant. Je crois que le mieux aurait été d'avoir une clé de secours.
Ma soeur, à la mi-temps de sa maladie, ne répondait plus au téléphone, ni à l'interphone, si bien qu'on avait fait refaire des clés et acheté les badges adéquats.

Alors comme ça tu fais aussi du café dans lequel la cuillère tient debout ??? Ma mère itou, j'avais l'impression d'avoir l'estomac décapé. Quand je lui disais, elle me disait qu'elle n'en buvait qu'une demi-tasse... mais mon père et elle en consommait dix fois par jour de ces demi-tasses....

Mais je trouve que c'est émouvant ces mères qui se soucient toujours de leurs grands petits.

Écrit par : Sophie | dimanche, 05 novembre 2017

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On dirait Marthe Villalonga dans "Un éléphant ça trompe énormément"...
¸¸.•*¨*• ☆

Écrit par : celestine | dimanche, 05 novembre 2017

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Ah oui ... c'est à elle que j'ai pensé en lisant cette note attendrissante qui m'a néanmoins fait sourire !

Écrit par : Francelyne 17 | dimanche, 05 novembre 2017

Variante parentale - chez moi : "que deviendras-tu quand on sera mort(s)" ???

J'ai fini par répondre, ayant entendu ça assez souvent, "D'abord, il y a peu de chances pour que vous mouriez en même temps" (et de fait). C'était ma mère la spécialiste. Elle est morte à 76 ans et à ce moment-là effectivement, mis à part le fait que j'avais un travail, ce qui n'est pas si mal, je me suis demandé ce que j'allais devenir ... Mais elle n'y pouvait rien.

Et puis mon père, à 91 ans... Lui ne m'a pas fait ce coup-là, mais plutôt... C'était le partage, mes parents avaient la manie des petits papiers glissés dans des livres, des enveloppes de photos, des objets. Ca c'est pour un tel... Ca c'est pour l'autre... Bon, j'ai laissé pas mal finalement.

Et maintenant, je me dis, mon dieu, pourvu qu'il n'arrive pas quelque chose au père de mon fils (dans sa Chine lointaine, il vit à Pékin), puis je me dis "pourvu qu'il ne m'arrive pas quelque chose" (j'ai pas trop envie non plus)... Je sais bien que maintenant il se débrouillera, mais enfin, affectivement... C'est lourd lourd...

En te lisant, j'ai repensé à ma grand-mère paternelle aussi - qui est restée veuve, oh là là ! Quand on trouvait une petite flasque de cognac, elle disait sur un ton plaintif "il faut bien un peu se faire du bien, hein" ...

J'aime bien le "mon fils" o;) je vois la scène d'ici !

Écrit par : Pivoine | dimanche, 05 novembre 2017

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eh bien je vois que je t'ai inspiré!
;-))

Écrit par : Coumarine | dimanche, 05 novembre 2017

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Ainsi que je l'ai écrit à HB, j'ai pris ma dose hebdomadaire d'altruïsme goûteux ! et j'ai bien ri de la façon irrévérencieuse dont tu parles de ta pov' mère !
J'ai eu des rapports difficiles avec la mienne qui ne m'avait pas acceptée mais j'ai réussi avec mes enfants ce que j'avais raté avec ma mère.
Soutenir un ou une dépressif(ve) te fait gagner ton paradis : tu es assuré d'y couler des éternités heureuses !
Comme les précédentes, on ne peut pas ne pas penser (ouf !) à Marthe Villalonga !

Écrit par : Gwen | dimanche, 05 novembre 2017

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Peur viscérale de ne plus exister, il semble bien...

Dis donc, désolée d'être la seule à le faire remarquer cette fois encore, mais "vois mourante", y'a comme un défaut, non?

Écrit par : La Baladine | dimanche, 05 novembre 2017

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Baladine, tu manques d'élégance sur ce coup là, le Goût lorsqu'il voit une faute énorme, il signale par mail, c'est plus classe.

Écrit par : heure-bleue | dimanche, 05 novembre 2017

Ayant vu Le Goût se conduire semblablement sur d'autres blogs ou sur FB, voire se moquer sur un billet de gens qui n'ont pas l'orthographe infuse, je n'imaginais pas que ça pouvait le froisser. Dont acte.

Écrit par : La Baladine | dimanche, 05 novembre 2017

Pas facile de ne pas penser comme ta maman.

Écrit par : mab | lundi, 06 novembre 2017

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