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jeudi, 16 août 2012

Et là…

Prolégomènes Préface Avant-propos (sur le bonheur, hmmppfff !)
Mes lectrices chéries, que j'aime et tout -vous, les lecteurs presque chéris, n'étant pas l'objet de l'étude, vous faites avec ce qu'il y a, surtout sans, et c'est tout- vous me voyez toutes désolé de faire une note si longue mais je n'ai pas trouvé d'endroit adéquat où placer la césure.
Voilà.

 

Reprenons donc:

Pour la première fois de ma vie je fis preuve d’intelligence ou du moins de prudence.
Ayant une vague idée de la façon dont les choses risquaient de tourner je cherchai dès le lendemain matin une pharmacie que je ne connaîtrais pas et dont je pourrais être raisonnablement sûr qu’elle ne connaîtrait ni moi ni aucune de mes connaissances.

J’allai jusqu’à République –une sacrée trotte, j’ignorais que moins de trois ans plus tard j’habiterais tout près- et entrai dans une pharmacie. J’attendis un long moment que la clientèle s’éclaircît un peu, m’approchai du comptoir en espérant que ce serait le type et non la femme qui me servirait.
Ce fut lui. Je dis ou plutôt chuchotai « Je voudrais des préservatifs, s’il vous plaît ».
D’une voix de marchand de cours des halles il tonna « Des six ou des douze ? »
Je chuchotai « Je ne sais pas, c’est la première fois. »
D’une voix plus faible quand même, il m’instruisit « Ce n’est pas la taille, c’est la quantité. Six c’est deux francs, douze c’est quatre francs. »
Je sortis deux francs. Avec l’optimisme et la foi en la santé de la jeunesse, si je m’étais écouté et surtout si je les avais eus, j’aurais sorti vingt francs…
Il se tourna et devant les cinq ou six clients présents dont deux ou trois auraient pu être ma mère, hurla à la préparatrice « une boîte de six Durex, s’il te plaît !».
Je savais que je pouvais rougir, mais pas à ce point.
Je pris le sachet et partis, que dis-je, je m’enfuis !
Idiot que je suis ils ne servirent pas, du moins la première fois.
En fait ce fut totalement différent de ce que j’imaginais.
Compte tenu de ma précédente et unique expérience, j’étais assez pessimiste quant à la façon dont ça risquait de se passer.
En fait la façon dont ça risquait surtout de se mal passer...
J’avais pu constater que mes copains, à les écouter, étaient tous des empereurs de la couverture mais d’une discrétion à toute épreuve dès qu’il s’agissait de ce qu’ils ressentaient vraiment. Ils s’abritaient derrière des gauloiseries plus ou moins épaisses mais ne disaient rien qui eût pu révéler leur trouble réel.
J’ai appris plus tard que cette maladie dite du « gargoziau serré » nous a à peu près tous atteints –sauf les imbéciles- à un moment ou un autre lors de notre apprentissage.
Je ressassai ce manque d’information tout au long du chemin qui menait de la République à la rue Caulaincourt. Vous ne connaissez pas le chemin ?

Bon, vous remontez le boulevard Magenta jusqu’à Barbès.
Si vous êtes jeune, vous prenez le boulevard Rochechouart jusqu’à la rue Steinkerque, vous montez jusqu’au Sacré Cœur, prenez la rue du Chevalier de la Barre et redescendez par la rue Saint Vincent.
Si vous êtes souffreteux des éponges, vous prenez le Boulevard Barbès puis la rue Custine jusqu’à la rue Caulaincourt, et la rue jusqu’à « the » café.
Passionnant, non ?
Elle m’attendait déjà, « the » café était quasiment vide, je m'assis face à elle dans un box et nous dûmes nous y reprendre à deux fois avant d’articuler difficilement « deux cafés, s’il vous plaît ».
Nous étions de nouveau face à face.
En y repensant, dès que nous étions assis, nous passions plus de temps à nous regarder qu’à nous toucher.
Pour éviter de changer brutalement nos habitudes, nous attendions patiemment que nos cafés refroidissent, je crois bien que nous n’en avons jamais bu un chaud…
Et toujours muets de trac.
Puis, toujours avec cette inquiétude dans le regard qui ne la quitta jamais, elle se leva, me tira par la main et m’emmena.

Nous descendions la rue Caulaincourt lentement, silencieusement et pour tout dire en tremblant un peu.
Peut-être même beaucoup… Et en fait pas « peut-être » du tout, nous tremblions absolument.
Vous savez, ce truc qui vous prends au creux de l’estomac, vous serre la gorge et vous fait trembler les jambes et les mains comme le premier ivrogne venu en manque.
Nous étions pris d’une trouille indescriptible.
Moi parce que la dernière fois que j’avais tenté quelque chose de ce genre, ç'avait été rapide, apeuré, sans idée, sans affection réelle et j’avais probablement dégoûté du « câlin avec tout » pour un long moment celle qui en avait fait les frais, comme je l'ai écrit il y a quelque temps, j'en ai encore honte.
Elle, parce qu'elle n'avait jamais tenté l'expérience, non que l'idée ne lui soit jamais venue mais, je l’ai su plus tard, son air inquiet et sa réserve en avaient découragé plus d’un, pfff... aveugles de l'âme, va...
Toutes les conditions étaient donc réunies pour que ce soit une expérience unique dont l’échec serait inscrit en lettres rouges dans tous les traités de sexologie au chapitre « Ce qu’il ne faut jamais faire ».
Elle habitait avec ses parents au dessus de leur boutique.
Clémenceau ne disait pas toute la vérité –il aurait fini en prison s’il l’avait dite- quand il disait « le meilleur moment de l’amour, c’est quand on monte l’escalier », je regardais avec attention –et admiration- le balancement de ses hanches le temps d’arriver au premier étage.
Il y a des jours, comme ça, où on aimerait aller jusqu'au quarantième étage...
Et en aucun cas ce n’était l’approche « bonne du curé » d’Annie Cordy chantant à tue-tête « Chauffe un marron, ça l’fait péter !».
Il vous faut savoir, avant de continuer, que ma culture en matière de nudité se limitait aux pages « lingerie » du catalogue des trois Suisses de ma mère et, bien des années auparavant, la toilette de mes petites sœurs –la grande cachait tout de toute façon et était mariée depuis près de deux ans-  autant dire des petites filles sans seins, sans fesses, sans hanches, bref sans rien d’intéressant pour les garçons, en plus rien n’était permis et ma mère limitait férocement notre curiosité à tous trois.
Et comme beaucoup, à part les affiches, les histoires salaces et les quelques rares photos cochonnes qui circulaient sous le manteau dans la cour et que nous avions à peine le temps de regarder car la présence des pions était dissuasive, nous ne connaissions vraiment rien.
Pas comme « ces voyous de la Porte de Clignancourt », ces salauds qui savaient tout des filles…
Elle me regarda de longues secondes, toujours inquiète, indécise, devant la porte fermée.
Je ne disais rien, je l'attendais, le gosier plein de hurlements silencieux.
Elle prit la décision d’ouvrir la porte.
Je serais mort de chagrin sur le champ –pas vexé non, seulement très, vraiment très, extrêmement malheureux-, si elle avait décidé de redescendre.
L’appartement était assez petit et plongé dans une pénombre légère car le soleil était vif.
Une fois la porte claquée, nous nous rapprochâmes et nous étreignîmes avec douceur.
Nous n’avions pas, du moins pas encore, envie de nous jeter l’un sur l’autre avec voracité.
Ce n’était pas le manque d’appétit qui nous retenait mais… En fait je n’en sais rien.
Ah tiens ! Juste une question d’ordre technique aux Casanova du Web: Vous avez déjà essayé de déboutonner un corsage avec les mains qui tremblent, vous ?
Un corsage en « liberty » plein de boutons minuscules ?
C’est un test impitoyable de résistance nerveuse.
Eh bien, c’est un coup à vous faire éjecter si votre petite camarade est impatiente…
Heureusement, elle était patiente.
Patiente mais prudente et n’avait manifestement pas envie de raccommoder un corsage déchiré par des mains malhabiles –surtout que coudre correctement des boutonnières est une vraie torture (demandez à emilia-celina, elle doit savoir).
Pudique, elle me dit doucement « Tourne toi, s’il te plaît, tourne toi. » et fit quelques pas.
Je lui tournai le dos. J’étais persuadé que j’allai mourir là d’un infarctus, rien qu’à entendre le froissement de tissus et leur chute sur le parquet.
Au bout de peu de temps elle me dit «  et là ? ». Je me retournai et me trouvai face à face à une statuette d’albâtre des plus délicates.
A moins que ma mémoire, mais non, je ne pense pas, je suis même sûr que non…
Non, non, pas un Tanagra, aussi délicat, certes mais les Tanagra sont trop hâlés. D’ailleurs je n’en avais jamais vu, de Tanagra, juste entendu parler, vu des photos et vu que c’était beau –merci les copains bourgeois du lycée qui m’avaient instruit au point que l’idée m’en vienne !-
Elle se tenait devant moi, telle ses parents l’avait faite et je n’avais encore jamais rien vu d’aussi beau, les bras le long du corps.
Je ne sus que coasser « Oh que tu es belle ! », bruit bizarre entre le chuchotement et le raclement de gorge. Je me demandai comment, si petite, elle faisait pour avoir des jambes si longues.
Il faut dire que c’était la première fois que je voyais une jeune fille entièrement nue.
Surtout une jeune fille qui s'était mise entièrement nue pour moi. Pour moi tout seul.
D’une voix aussi brisée que la mienne, elle me dit « et toi, fais le aussi » et me regardait avec des yeux qui éclairaient la pièce.
Je m’exécutai, manquant me ficher par terre en retirant mon jean « milleraies ».
Et je me retrouvai, moi, pauvre moi, gêné, épais comme un salaire de Chinois, en costume d’Adam, face à elle.
Elle n’avait que très vaguement, voire jamais, entendu parler de quelques détails mécaniques, et ce costume d’Adam, vu son état, comment dire… « Amidonné de frais » ? « Raide comme la justice » ? , l’effraya.
Elle s’approcha et me chuchota « j’ai peur. » je la pris par les épaules et, avec une confiance que j’étais loin d’éprouver, lui dis doucement « moi aussi, tu sais… ».
Apeurée, elle insista, chuchotant encore,  « jure-moi que tu ne me feras pas mal, dis, jure-moi, jure-moi ».
Je jurai et elle parut un peu apaisée.
Jamais je n’avais vu tant de peau faite exprès pour être caressée, embrassée et si gentiment offerte.
Et c’est là que le fait que les garçons aient plein de mains, voire trop de mains selon certaines, fut un énorme avantage.
Ça aide à faire passer bien des choses en douceur…
Il me revient maintenant la bluette que chantonnait mon père quand il me croisait avec une fille : « avec un peu d’adresse et beaucoup de tendresse… »
Inutile de vous dire que si ce fut plein de tendresse et de délicatesse, ce ne fut pas non plus le truc dont on parle dans « L’amant de lady Chatterley ».
Mais l'amour masque tant de choses, et pas seulement les yeux...

Ôtez-moi d’un doute, vous ne vous attendiez tout de même pas à un cours d’anatomie, non ?
Allez, arrêtez de baver, bande de…

Vous en saurez à peine plus, et plus tard.

Commentaires

pas farouche la demoiselle, pour l'époque ou alors subjuguée par toi.

Écrit par : mab | jeudi, 16 août 2012

Sourires.... eh bien dis donc......quelle histoire......

bonne journée.... (aujourd'hui !).......

Écrit par : patriarch | jeudi, 16 août 2012

joliment écrit !

Écrit par : liliplume | jeudi, 16 août 2012

je suis un peu comme mab...pour 15 ans...elle n'avait pas peur, quand je pense que j'ai attendu d'avoir presque 18 ans...hihihi...en tout cas, je pense que pour toi ce fût un vrai beau cadeau...et puis tu racontes si bien, oui je me répète...qu'on s'y croirait presque...tu en as usé des semelles à marcher comme ça dans Paris...pas sympa le pharmacien, quand même il aurait dû être plus discret...j'imagine bien ta tête....même si je ne la connais pas...

Écrit par : mialjo | jeudi, 16 août 2012

qu'en termes choisis ces choses là sont dites! trop occupée aujourd'hui pour commenter vraiment, mais j'y reviendrai!

Écrit par : emiliacelina | jeudi, 16 août 2012

Dis donc, c'est auch' tes souvenirs ! ;)

D'ailleurs, tu en perds ta grammaire ("j’ignorais que moins de trois ans plus tard j’habiteraiS tout près"). Moi, j'écris plus, comme ça, tu risques pas de repérer mes fautes ! :))

Écrit par : liwymi | jeudi, 16 août 2012

Salut ma grande, j'ai corrigé...
Cela dit, pourquoi n'écris-tu plus ?

Écrit par : le-gout-des-autres | jeudi, 16 août 2012

"Pardon, Monsieur, pour le retard en lecture, Mon Ange est à la maison !"
On n'en voit pas beaucoup des excuses comme ça, hein ? Cela dit c'est un morceau de choix, ça fait frissonner... Ah, les premières fois...

Écrit par : lakevio | vendredi, 17 août 2012

J'avais pris du retard mais j'ai lu 3 chapitres d'un coup ! La "romance" a pris corps dans tous les sens du terme...
Comme je regrette la période coincée de ma jeunesse, où une fille risquait la grossesse, le déshonneur ou l'avortement clandestin où elle risquait sa vie ! Deux mères de famille de mon proche entourage sont mortes au bout de leur sang pour avoir refusé un autre enfant. Vive la liberté d'aimer et de faire l'amour !
gwen

Écrit par : Gwen | vendredi, 17 août 2012

Les commentaires sont fermés.