vendredi, 18 novembre 2022
143 ème Devoir de Lakevio du Goût.
Ça faisait longtemps que je ne vous avais pas proposé de raconter une histoire.
Cette toile de John Salminen, peintre que j’aime car il me paraît parcourir Paris avec le même regard que Modiano me dit qu’il est temps qu’un véritable hiver arrive.
Et vous ?
Comment verriez vous cet hiver qui pousse la dame à pousser la neige dans le caniveau ?
À lundi j’espère…
10:07 | Commentaires (6)
jeudi, 17 novembre 2022
L’espace d’un instant…
J’ ai lu la dernière note d’Alainx, je le remercie d’avoir inspiré celle-ci.
Je dois dire que j’ai, comme lui parfois, la sensation de radoter.
Sauf que je radote pour de bon.
Ce n’est pas une volonté délibérée, c’est simplement que les mêmes questions reviennent régulièrement occuper ma cervelle parce que je leur cherche vainement une réponse.
Pourquoi la rue Turgot, pour ne parler que d’elle reste-t-elle coincée dans ma mémoire de façon irréversible ?
Alainx se demande régulièrement pourquoi il a l’impression que ses « cloisons intellectuelles se gondolent ».
La belle affaire ! Il n’est pas le seul !
Les miennes se sont effondrées il y a longtemps.
Non quand je me suis aperçu que j’étais mortel mais avant.
Quand je me suis demandé pourquoi la sensation de solitude et de fuite du temps et des amours se faisait si lourde.
Pourquoi diable cette boulangerie du coin de la rue Ronsard et de la rue Charles Nodier reste-t-elle accrochée à ma mémoire comme le morceau d’albuplast l’est au doigt du capitaine Haddock alors qu’elle a disparu ?
Et je cherche, et je gratouille ce neurone rétif jusqu’à ce que surgisse cette petite fille.
C’est lancinant ces souvenirs qui ne veulent pas resurgir quand on les sollicite.
Je pense parfois à cette boulangerie « l’espace d’un instant »…
Il matérialise très bien ce « paradoxe du bonheur triste », celui que je nomme in petto le « syndrome du radotage intérieur », ersatz du voyage dans le temps…
Vous ressentez soudain le bonheur d’avoir vécu l’instant, et êtes écrasé par la certitude qu’il s’est enfui à jamais.
L’instant qui me vit, marchant lentement, mon cartable me battant le mollet.
J’étais tout seul et flânait car il faisait beau et doux alors arrivé place Saint Pierre, je suis entré dans le jardin du Sacré-Cœur, suis sorti rue Paul Albert pour descendre les escaliers jusqu’à la rue Ronsard.
Je me suis arrêté devant la vitrine de la boulangerie pour regarder les gâteaux, juste à côté de la porte.
Un instant plus tard elle est sortie, son cartable dans une main, un « pudding » dans l’autre.
La boulangère a crié « la porte ! » quand elle est sortie, tirant la porte de son coude, les deux mains encombrées.
J’ai dit « je peux fermer la porte ».
Je ne sais pourquoi j’ai dit ça.
Peut-être, sûrement même, parce que je trouvais jolie.
Elle a dit « oh merci ! », j’ai fermé la porte.
Quand je me suis retourné elle m’a tendu son cartable.
Elle a repoussé le papier, a arraché un petit morceau du « pudding » et m’a dit « tu en veux ? »
J’ai juste hoché la tête et, les deux mains encombrées, je me suis penché.
Elle a glissé délicatement le petit morceau de « pudding » entre mes lèvres et a dit « T’es en quelle classe ? «
J’ai eu soudain très chaud aux oreilles, je le sais bien.
J’ai réussi à avaler ma salive avec la petite bouchée de « pudding », je l’ai regardée et j’ai dit « en sixième… » elle m’a répondu « Oh ! Moi aussi ! »
Elle n’a pas dit « Ah ! », elle a dit « Oh ! » et j’ai trouvé ça plus joli.
Avant de descendre la rue André Del Sarte, je l’ai suivie du regard tandis qu’elle descendait la rue Charles Nodier.
Nous n’étions pas du même monde…
Mon dieu que j’ai envié son monde à ce moment, le mien était bien plus dur…
J’ai suçoté ce morceau de « pudding » jusqu’à la maison…
Ce morceau de « pudding » et ce qui allait autour est un des nombreux instants de bonheur grappillés au long de ma vie.
Mon dieu, que le bonheur est une essence volatile…
Ah ça, c’est bien plus long qu’une note d’Adrienne !
10:06 | Commentaires (6)
mardi, 15 novembre 2022
Rafraîchissement.

Je ne sais pourquoi nous en parlions hier après-midi, Heure-Bleue et moi.
Probablement parce qu’allant chez le médicastre nous sommes passés devant la mairie qui nous « unit pour le meilleur et pour le pire ».
La lumière de mes jours admirait les arbres du Square du Temple, magnifiquement habillés de couleurs d’automne pour certains et étonnamment de couleurs de printemps pour d’autres.
Nous nous sommes souvenus de ce qu’était ce square quand Heure-Bleue a transporté ses pénates dans mon pigeonnier.
Les arbres en étaient plus maigres et la mare qui abrite des canards et d’autres bestioles n’était alors qu’une flaque pas terriblement engageante.
Le kiosque à musique abritait quelquefois un concert de la fanfare municipale.
Aux dires d’Heure-Bleue, le square « était plus beau maintenant mais trop apprêté ».
Un square de cinéma en somme…
Nous nous mîmes à parler de quelques épisodes de ces moments où nos jambes étaient plus vives et nos mains plus habiles.
C’est là que la lumière de mes jours se rappela un manteau de shantung blanc ruiné par la femme d’un collègue.
Elle se vengea l’été suivant dans un restaurant du quartier.
Une pizzeria de la rue Saint Denis devant laquelle nous passons de temps à autre.
Je me souviens qu’il faisait un temps magnifique ce qui fit que, comme toujours, moitié chérie eut trop chaud.
Avec quelques amis dont un que nous voyons encore parfois, nous étions attablés et, la femme dont il est question faisait comme d’habitude beaucoup de bruit pour rien.
Le repas s’animait, la conversation très occupée par cette femme bruyante et maladroite, celle qui ruina le fameux manteau.
Un bref moment de silence survint que mit à profit Heure-Bleue pour entamer le cycle infernal qui allait enfin rafraîchir l’atmosphère qui ne demandait qu’à devenir orageuse.
Elle interpella Hubert, le pauvre mari.
- Dis-moi, Hubert, tu es marié avec elle depuis combien de temps ?
- Ben… Dix ans.
- Et t’en as pas marre ?
Lâcha la lumière de mes jours d’un ton sérieux.
La température devint d’un coup polaire.
Le repas finit dans un silence de monastère.
Nous ne les revîmes qu’une fois.
Il nous invitèrent à dîner.
Ce fut rapide et si frugal qu’à peine sortis nous nous précipitâmes dans un café pour y manger deux sandwiches…
Hubert était un homme gentil qui ne me battit même pas froid.
Cette histoire n’est pas passionnante mais elle nous fait toujours rire, plus de quarante-huit après...
09:50 | Commentaires (8)



