samedi, 04 juin 2022
Contes d apothicaires...
Depuis quelques jours, comme tout le monde sauf ceux qui sont vissés à « FaceB..k » ou « Tik-Tok », j’entends parler des grandeurs et misères de l’Éducation Nationale.
Dans le flot ininterrompu de plaintes des uns, des autres, des mal lotis mécontents parce qu’ils manquent de tout, des mieux lotis qui ont peur que les mal lotis leur demandent des explications, une phrase a soudain attiré une attention qui déclinait.
Mon poste de radio, vieux comme les promesses électorales, vient de crachoter, à bout de piles « En vingt ans le salaire des enseignants est passé de 2,2 SMIC à 1,12 SMIC ! »
Et mon petit « bavard électronique » d’ajouter « De plus, la tendance depuis de nombreuses années est de n’embaucher que des contractuels plutôt que titulariser des gens qui ont passé les concours. »
Le temps que l’information atteigne mon dernier neurone actif, un déclic se produisit et réveilla dans ma cervelle une information entendue il y quelques semaines.
Le curieux que je suis se précipita vers son ordinateur et la vérifia.
J’en ai retiré qu’en 2002, la fortune de Bernard Arnault, même s’il s’agit essentiellement de capitalisation et non de billets dans son petit portefeuille en peau d’ouvrier, se montait à 12 milliards d’€uros tandis que le SMIC brut atteignait 1035 €.
En bon petit élève, j’ai calculé immédiatement que l’enseignant moyen était payé en 2002 la modique somme de 2.277 € brut.
Puis, j’ai continué pour l’année 2022 et j’ai abouti aux résultats suivants :
- En 2022, selon le classement Forbes, la fortune de Bernard Arnault, même s’il s’agit toujours plus de capitalisation que d’espèces sonnantes et trébuchantes, atteint 147,5 milliards d’€uros tandis que l’enseignant est payé 1,12 fois un SMIC brut qui est passé à 1645 € soit 1.842 €...
Emporté par mon élan calculateur, j’ai vu que le revenu de Mr Arnault a crû en moyenne de ~13% par an et celui de l’enseignant baissé de 2.5% par an.
Un bref passage par Mr INSEE m’a montré en outre que si l’instit voulait acheter en 2022 ce qu’il achetait en 2002 il lui faudrait gagner 2928 €uros.
Autant dire que l’enseignant a vu son pouvoir d’achat réel baisser de près de 1.000 € en vingt ans.
De plus cet enseignant moyen est depuis passé de titulaire tranquille pour son avenir et sa retraite à contractuel qui se demande comment manger le mois prochain.
Je comprends que dans ces conditions, le titulaire d’un quelconque diplôme équivalent à « bac+5 » préfère être ingénieur voire accepte un CDI de livreur.
Le livreur n’étant finalement pas plus mal payé que l’instit et ne risquant pas un mauvais coup de parents vexés par une mauvaise note attribuée au chérubin.
« En même temps » comme dit Jupiter, mal payer les enseignants et éviter de froisser la vanité les parents me semble la meilleure façon de faire un peuple imbécile et aisé à manipuler.
Si en plus il est pauvre, on peut le faire taire en lui distribuant une aumône de temps à autre...
11:10 | Commentaires (21)
vendredi, 03 juin 2022
126ème Devoir de Lakevio du Goût
Cette toile de Vettriano me fait irrésistiblement penser à Baudelaire.
Je verrais bien un devoir qui commence par :
« Je logeais dans la maison du principal, et j'avais obtenu, dès mon arrivée, la faveur d'une chambre particulière »
Et qui finirait par :
« Néanmoins un moment de réflexion me décida à attendre la fin de l'aventure. »
Ça, ce serait chouette…
10:25 | Commentaires (5)
lundi, 30 mai 2022
Devoir de Lakevio du Goût N°125.
Miss Tic, que vous connaissez sûrement, est morte il y a quelques jours.
J’ai vu pour la première fois ses traces sur les murs de mon quartier il y a près de cinquante ans.
J’avais été frappé par ce pochoir.
Et vous ?
Ce qui serait gentil, ce serait que vous y mettiez les mots suivants :
Mathématique
Papillon
Coquelicot
Terre
Soleil
Branche
Équation
Somme
Produit
Égal
« Tes faims de moi sont difficiles »…
Si je me rappelle bien, sous ce pochoir il y avait écrit « there’s no place for me » et j’avais pensé que si, justement, « there’s »…
Je ne sais pas avec précision quand j’ai vu « en vrai » la première fois ce pochoir mais ça m'est égal.
Ce devait être au début des années quatre-vingt.
Mais je sais exactement où je l’ai vue.
Je la croisais chaque matin en partant travailler.
Toujours à la même heure, le même évènement s'est produit avec une précision mathématique, mon regard la fixait quelques secondes avant que je ne traverse la rue.
Quand j’ai lu ce superbe aphorisme sur le mur, beau comme une équation humaine, il y avait encore sur le trottoir en face, deux énormes étais qui empêchaient l’immeuble du 16 de la rue de tomber dans le jardin de l’École des Impôts.
D’aussi loin que je me rappelle, ce recoin a toujours été désigné par une pancarte émaillée qui intimait « Défense de déposer des ordures ».
Ça incitait évidemment à y jeter ses sacs d’ordures et uriner dessus…
Ça obligeait le passant à voleter tel un papillon pour éviter le monticule puant.
Comme disait Pérec, qui habitait le coin, « je me souviens » qu’à la place du Gymnase Michel Lecomte, il y avait le jardin de l’École des Impôts dans le fond duquel la vigne vierge qui rougissait le mur en automne ravissait mon père accoudé à la fenêtre.
Il aimait, les soirs d’été, regarder les bals de promo qu’y donnaient certaines grandes écoles parisiennes.
Il est entré dans une colère noire quand on a abattu les arbres du jardin et rasé le jardin où croissaient quelques coquelicots.
Plus encore quand on lui a bouché « son » soleil en bâtissant là un gymnase d’une laideur crasse.
Le renfoncement existe toujours mais plus une branche ne passe au-dessus du mur en face.
C’est la somme de tous ces instants qui a surgi quand j’ai appris qu’on venait de mettre « Miss Tic » en terre…
10:07 | Commentaires (21)




