dimanche, 15 mars 2020
Tendre jeudi. Enfin presque...
Ambre-Neige disait vendredi dernier être allée se promener dans la forêt de Montmorency.
Plus précisément faire le tour de l’étang qui borde le « Château de la Chasse ».
Ce « Château de la Chasse » a ravivé chez moi un souvenir qui eut pu être un souvenir pénible.
Que je vous dise, lectrices chéries.
Ce château, sis à Montlignon n’est qu’à une encâblure de Domont.
Or, à deux stations de train de là, à Sarcelles, j’avais un copain. B.
C’était mon copain quand j’étais dans ma première cinquième.
Il prenait le train tous les matins pour se rendre au lycée.
Je dis « tous les matins » car il lui arrivait de me rejoindre aussi le jeudi…
Il traversait ainsi de bonne heure des villes aussi étranges et inconnues de moi que Groslay ou Deuil-la-Barre.
J’allais de temps en temps chez lui le jeudi.
Il habitait un appartement qui me semblait immense, avec plus de deux pièces, avec « les cabinets » dans la maison et pas dans l’escalier, il y avait aussi une salle de bains avec l’eau chaude qui coule du robinet et pas de la bassine sur le gaz, il avait aussi une chambre séparée de celle de ses parents.
Le luxe total en somme.
En plus de cette habitation luxueuse il avait aussi des idées moins luxueuses.
Et une propension à faire autant de bêtises que moi.
Il me proposa un jeudi du troisième trimestre d’aller chez lui.
Il avait une idée géniale.
C’était de fait une idée absolument géniale.
J’allais donc chez lui.
Dans le train, les passagers regardaient avec commisération ce petit garçon qui avait encore sur l’œil droit un pansement assez gros pour envelopper un genou adulte, résultat de l’expérience aérospatiale malheureuse de la fin du premier trimestre.
Je descendis à Sarcelles, allai chez B. qui me dit « attends-moi, je prends un truc important ! »
Il revint de la cuisine -grande la cuisine, j’en bavais d’envie- avec une grosse pelote de ficelle.
« Tu vas voir. » m’affirma-t-il.
Je le suivis jusqu’à la gare, il me demanda si j’avais un peu de sous.
J’avais.
Peu mais largement assez pour acheter un aller-retour Sarcelles-Domont.
Arrivés à Domont il me demanda « Tu connais pas le Fort de Domont ? »
Non… Je ne connaissais pas. Alors je le suivis jusqu’à une forêt pleine d’écriteaux proclamant « Danger ! Munitions enterrées ! Ne pas s’éloigner des sentiers ! »
Évidemment, quelques centaines de mètres parcourus, la première chose que nous fîmes fut de sortir du sentier.
« Te tracasse pas, je connais » me dit B.
Dans un coin plein de buissons, il m’entraîna et nous commençâmes à fureter.
Il cria soudain « Ça y est ! J’en ai une ! »
Une grenade ! Une vraie, une avec la goupille encore dedans.
Nous cherchâmes parmi les noisetiers ce qui conviendrait le mieux à la réalisation de notre brillant projet : Un noisetier dont deux branches adjacentes seraient assez basses pour éviter les éclats.
Nous trouvâmes.
Je tins la grenade pendant qu’il liait la ficelle à la goupille de la grenade.
À l’époque nous ne savions évidemment pas que ça s’appelait une goupille et notre science nous parvenait d’illustrés comme « Battler Britton », célèbre pilote de chasse anglais.
Nous coinçâmes la grenade dans le « lance-pierre » formé par les branches et déroulâmes la pelote de ficelle jusqu’à atteindre une distance qui nous sembla assez grande.
Nous nous mîmes à plat-ventre et B. me donna la pelote et tendit la ficelle.
Il tira d’un coup la ficelle et nous mîmes nos mains sur les oreilles.
Rien…
Pendant plusieurs secondes.
Alors que nous allions nous relever pour voir, l’explosion retentit et nous fûmes couverts de débris de branches et de feuilles de noisetier.
Nos genoux s'entrechoquèrent restrospectivement, nous poussâmes un soupir de soulagement et jurâmes de ne pas recommencer l’expérience…
Mais ce fut un jeudi super chouette !
08:05 | Commentaires (14)
samedi, 14 mars 2020
30ème devoir de Lakevio du Goût.
09:32 | Commentaires (8)
vendredi, 13 mars 2020
Pas de devoir, on est collé...
Consignés !
Nous sommes confinés !
Comme des gamins le jeudi matin à l’époque où nous allions au lycée…
Pas de très bonne grâce le lundi, avec une moue de détestation quand ça arrivait le jeudi.
Maintenant que le jour de repos n’est plus qu’un jour de repos, ce n’est pas la même chose.
Quand le jour qui coupait en deux la semaine d’école était le jeudi, contrairement au mercredi d’aujourd’hui, ce jour avait deux visages.
C’est le Janus de la semaine.
Selon qu’on avait ou non fait des bêtises, le jeudi était le jour des jeux ou le jour des colles.
Nous voici revenus pour un temps au « jour des colles »…
Mais nous sommes comme les gosses, inconscients et désobéissants.
Nous avons pris, surtout moi je dois l’avouer, tout de même l’habitude de nous laver les mains plus souvent.
C’est une manie qu’on prend plus tôt que ne le pensent les gens du ministère de la santé.
Chez les garçons, c’est une habitude qu’on prend généralement quand arrive l’adolescence.
Et ce n’est pas par un souci soudain d’hygiène maladive, non, c’est juste qu’on a envie de toucher ce qu’on n’avait jamais eu l’idée de toucher auparavant.
Et ce qu’on n’avait jamais eu envie de toucher auparavant se révéla assez sourcilleux quant à la propreté de ce qui risquait de se poser.
D’où cette habitude de se laver les mains régulièrement.
Des fois que…
Revenons à mon mouton, comme disait Saint Ex, nous voici donc collés.
À écouter notre Président, notre Grand Chef à nous, j’ai été surpris.
Oubliant pour une fois cette morgue insultante qui le fit passer si rapidement de « Jeune homme qui parle vrai » à « Petit con arrogant » son discours fut tendu, sérieux.
J’ai craint à certains moments, à écouter certaines phrases qu’il ne fût devenu soudain communiste.
Ou du moins socialiste…
Nous vantant les mérites de la solidarité, de « L’État Providence ».
Je suis sûr qu’à certains moments il fit frissonner d’effroi les banquiers et autre Roux de Bézieux qui financèrent sa campagne et le mirent là pour débarrasser le pays de billevesées telle les promesses fallacieuses d’un socialisme plein de retraites dorées, de congés payés et de « Jours Heureux ».
Pas fou néanmoins, ayant constaté que le vieux et le gosse sont infernaux et n’attendent qu’une occasion de mettre le souk dans un pays qui devrait s’échiner tranquillement à gagner des sous pour son patron, le coronavirus lui apporta la solution.
Il maintiendra enfermées ces classes qui, à défaut d’être laborieuses, sont dangereuses.
Camarades ! On veut nous emprisonner sans jugement !
Comme toujours dans ces cas-là, on nous dit « C’est pour votre bien ! »
Bon, on ira quand même chercher le pain et une crêpe…
Je vous proposerai demain un « Devoir de Lakevio du Goût. »
09:56 | Commentaires (8)
mercredi, 11 mars 2020
Effet Corona...

Hier on a bravé le coronavirus !
Ouais ! On l’a fait !
C’était en réalité assez facile.
On est allé chercher deux bouquins à la FNAC Saint Lazare, du miel un peu plus loin et du Clooney à l’Opéra.
Ça paraît assez risqué en ces temps épidémiques mais ne soyez pas inquiètes, lectrices chéries.
Que je vous dise pourquoi ce n’est pas si dangereux que le laissent entendre les nouvelles.
La contagion ?
D’une part il y a déjà peu de monde dans les rues, un mètre de distance entre deux passants est quasiment impossible à respecter car il faudrait pour ça qu’il y ait un peu de monde à moins de cent-cinquante mètres, ce qui n’est pas le cas boulevard Haussmann où la vue porte loin ces temps-ci…
D’autre part, nous prenons le bus ce qui va vous sembler plus dangereux que la rue.
Que nenni !
Pourquoi ?
Parce que les passagers sont clairsemés dans le bus.
Vous craignez d’attraper un postillon plein de virus ?
La méthode est des plus simples : Vous montez dans le bus, vous repérez l’endroit où vous souhaitez vous asseoir.
Vous vous avancez, vous toussez un grand coup et soufflez comme Usain Bolt à l’arrivée du 100 m.
Le résultat est immédiat : Un halo de trois ou quatre sièges se répand autour de vous, vous laissant le loisir de vous installer « en vache maîtresse » comme disait feue ma mère en considérant sa portée d’adolescents avachis.
On ne risque donc rien a priori, sauf virus vicelard qui fait semblant de rien et vous plombe en douce, le traître asymptomatique…
Nous sommes malgré tout revenus contents, avec ce que nous étions partis chercher.
Il y a hélas un prix à payer, en dehors de celui des achats.
Le gel qu’Heure-Bleue avait acheté bien avant pour échapper à la grippe nous bouffe la peau des mains !
Ça ne change rien pour Heure-Bleue qui a toujours les mains douces et propres.
En revanche, je n’ai jamais eu les mains aussi propres ni aussi rêches.
Non que j’aie eu les mains sales auparavant mais je ne les ai jamais autant tartinées de désinfectant ni lavées aussi fréquemment.
En plus les magasins sont si désinfectés qu’on a du mal à y respirer.
En revenant à la maison j’ai fait part de mes craintes à la lumière de mes jours.
« Si nous échappons au coronavirus, je ne suis pas sûr qu’on va survivre aux désinfectants… »
Quand je regarde l’évolution de l’épidémie, je me dis que le gouvernement aurait pu éviter le « 49.3 », en laissant faire le coronavirus, le problème du financement des retraites eût été résolu avant la date limite imposée aux partenaires sociaux.
Il ressort néanmoins de la situation que les Français n’auront jamais eu les mains aussi propres ni aussi rugueuses.
Ah si ! Notre téléphone est malade !
C’est à cause de la Chine d’où il vient, mais ce n’est pas le coronavirus.
C’est juste que c’est fabriqué exprès comme ça, « comme le bon dieu a fait les bossus, à vue de nez »…
10:17 | Commentaires (10)
lundi, 09 mars 2020
Devoir de Lakevio du Goût N°29.

Ah… Ce « But » qui gâche tout dans certains cas.
Roy Lichtenstein l’avait bien senti qui le dessina dans les années soixante.
Si vous avez une idée de ce qui ne va pas, dites le lundi.
Je touchais sans cesse au fond de ma poche la petite boîte.
Elle était douce, couverte de cette espèce de poudre de velours rouge dont on couvrait toujours cette sorte de boîte.
Histoire sans doute de montrer que la douceur permettait à tout coup d’obtenir ce qu’on veut…
J’attendais, un peu fébrile tout de même car je savais bien que ce n’était pas toujours le cas.
Je faisais les cent pas devant la porte de l’entreprise.
Je suis sûr que j’ai usé le verre de ma montre à regarder l’heure.
Encore quatre minutes…
Mon dieu ! Que c’est long une minute quand on attend !
J’ai donné un coup de pied dans un mégot qui traînait là, sur le trottoir.
Je me suis dit « Calme-toi Jeff ! Calme-toi ! Tout va bien se passer. Enfin j’espère… »
Encore trois pas, encore une minute.
La porte de l’entreprise s’est enfin ouverte.
Quelques personnes sont sorties.
Autant dire rien, ce n’était que des personnes, ce n’était pas « elle » qui au moins était quelqu’un, et quelqu’un d’important.
De drôlement important même.
C’était quelqu’un qui allait décider de ma vie, tout de même !
Elle est enfin sortie.
S’est tournée vers un type.
Oui ! Un type !
Elle lui a serré la main en lui souriant.
Ça m’a paru banal sur l’instant mais le regard qu’elle lui a adressé m’a semblé un peu trop chaleureux.
Je pensais que ce n’était pas un ami, c’était seulement j’en suis sûr « une relation de travail »…
Elle s’est enfin tournée vers la rue et a eu en m’apercevant une moue dont je ne savais si c’était de contentement ou d’agacement.
Oui, elle a parfois comme ça des expressions incompréhensibles à mon pauvre esprit obscurci par l’amour.
Elle s’est approchée, m’a tendu la joue pour que j’y dépose un baiser.
C’était le moment ! J’ai déposé ce léger baiser au coin de ses lèvres.
Elle a détourné la tête au dernier moment mais quand même, j’ai presque réussi !
J’ai serré la petite boîte au fond de ma poche tandis qu’elle glissait son bras sous le mien.
J’ai suggéré :
- On va prendre un verre ?
- D’ac Jeff !
- J’ai quelque chose à te dire…
- Ah ? Moi aussi !
On est arrivé au café habituel, celui qui est sur l’avenue.
On s’est assis à une table, face à face. J’ai dit :
- Alors ?
- Toi d’abord !
J’ai sorti la petite boîte rouge de ma poche et l’ai posée devant elle sur la table.
- Voilà…
J’avais une pomme de terre de deux kilos dans la gorge.
- Oui ?
- Voilà… Je t’aime !
Elle a levé les yeux au ciel puis les a baissés vers moi.
- Je t’aime aussi… Jeff… Mais…
Mon cœur s’est brisé sur le champ, ce « mais » l’avait fracassé.
- Mais quoi ?
- Mais tu sais que tu es mon meilleur ami, voyons !
Ce café m’a soudain paru terriblement amer.
09:04 | Commentaires (29)



