samedi, 08 avril 2023
158ème devoir de Lakevio du Goût
J’ignorais totalement l’existence de Jean Despujols jusqu’à ce que j’apprenne qu’il avait peint en 1925 cinq fresques pour décorer un restaurant d’une rue voisine.
Le sujet du devoir m’ayant tracassé jusqu’à ce matin, je suis allé chercher quelque chose qui rappelle les poissons.
Je vous rappelle que Pâques ouvrait, avec l’histoire d’une résurrection, l’ère des Poissons.
Or, chez moi, « poissons » est intimement lié à « Partie de pêche ».
Ce qui serait chouette, c’est que le devoir commençât par ce « Noli me tangere » qui me fait rire depuis que j’ai appris de quoi il s’agissait et plus encore depuis que j’ai fait du latin…
Je dis ça parce que me revient à l’instant la « Madeleine pénitente » du Titien à qui pas un homme sensé, fût il vêtu d’un linceul, n’aurait dit « Noli me tangere ».
Quant à finir ce devoir, il serait parfait s’il était clos par « J’aimerais être à qui le destin réserve vos secrets. »
Pour les participants qui ont échappé au « Morisset et Thévenot », « Noli me tangere » signifie « Ne me touche pas » et la dernière phrase est de Mr Mallarmé dont j’aime beaucoup les poèmes.
Alors, « à lundi, si le cœur vous en dit » comme se clôt une émission célèbre depuis 1958.
09:08 | Commentaires (9)
jeudi, 06 avril 2023
La tunique de mes sauces...
Ouais, je sais... Faut suivre...
Ce n’est pas que je sois routinier, non, c’est seulement que j’aime par moment que certaines choses soient immuables.
Que le jour choisisse le matin pour se lever.
Que la nuit choisisse plutôt le soir pour tomber.
Toutes ces choses auxquelles on finit par s’habituer, comme le « T-shirt » s’habitue à tomber pile à côté du panier à linge, le savon à côté de la baignoire quand on est dedans ou le rideau de la boulangerie qui se baisse pile-poil quand on s’aperçoit qu’on a oublié le pain.
Bref, parmi ces éléments aussi immuables que le principe de conservation de l’énergie ou celui de la conservation de la quantité de mouvement, un se rappelle à mon souvenir aussi régulièrement que l’alternance des jours et des nuits.
Celui des jours où Heure-Bleue, d’humeur optimiste, se dit qu’elle portera tout le jour ce pull « bleu layette » qu’elle adore et que j’abhorre.
Pull dont je vous ai déjà longuement parlé car, Heure-Bleue n’abîmant rien, elle le porte depuis plus de vingt ans.
C’est un pull exutoire…
Le sort, farceur comme toujours, lui donne tort dès le premier repas.
Je me demande depuis qu’elle eut l’idée saugrenue de le porter pourquoi il faut toujours que ce soit lorsque les repas sont entamés par une rondelle de cervelas, hélas accompagnée d’une vinaigrette jaune moutarde ou simplement constitué d’une assiette de spaghetti accompagnés de sauce bolognaise.
L’une ou l’autre sauce voyant ce pull décoré avant même le dessert, « d’or-moutarde » ou de « rouge-communiste » qui lui donne un côté maréchal russe ou général mexicain, selon le mets.
Bien heureux si le repas ne se termine pas par une mousse au chocolat…
Ce qui néanmoins me turlupine depuis maintenant plus de vingt ans, c’est cette terrible question qui devient quasiment existentielle chez moi :
Pourquoi ces évènements ne se produisaient-ils qu’avec ce pull « bleu layette « ?
Pourquoi le monde a-t-il changé ?
Depuis quelque temps, le sort a changé de cible.
C’est désormais un pull vert qui est la victime désignée des sauces et vinaigrettes qui agrémentent les plats que je prépare.
Pourquoi les taches ont-elles changé de cible ?
Au lieu de chercher quel est le but de l’univers ou ce qui qui rend l’humanité si stupide, les chercheurs devraient plutôt se pencher sur ce qui pousse les sauces à modifier leur terrain d’atterrissage ?
Ce serait autrement utile et beaucoup moins dangereux.
10:36 | Commentaires (7)
mardi, 04 avril 2023
Salauds de pauvres !
Un peu (!) en retard pour vous lire hier, lectrices chéries et lecteurs à peine moins chéris.
Excusez-moi, c’est seulement qu’il m’arrive de devoir faire autre chose que lire les blogs…
Hier donc, nous sommes allés traîner rue de Sèvres – frappé d’optimisme béat, j’allais écrire « faire les courses » comme si nous pouvions « faire les courses » au « Bon Marché » qui est tout sauf « bon marché »…
Après avoir ri de bon cœur devant le kilo de pommes de terre à dix-huit €uros et de petits pots de sauce tomate industrielle à onze €uros les cinquante grammes, nous avons acheté du lait et quelques yaourts.
J’ai eu l’impression d’acheter la vache.
J’ai donc fait l’expérience de la différence entre l’inflation et le luxe.
Le tout-venant augmente tout le temps, le luxe est cher tout le temps.
Puis nous avons bu un café dans le café du premier étage.
Faute de candidats à un poste où on est maltraité, on travaille durement et pour peu d’argent, le recrutement se fait moins exigeant.
Le personnel y a changé et y est nettement moins aimable et fait son service « par-dessus la jambe ».
Ce que je comprends parfaitement car dans l’ensemble la clientèle est aussi méprisante que l’encadrement est désagréable.
Cela dit, j’aimerais que leur vindicte ne s’abatte pas sur nous qui sommes assez « bien élevés » pour être polis avec les gens, qu’ils soient à notre service ou non.
Bref, ce fut moins agréable qu’avant la pandémie.
Nous en sommes venus d’ailleurs à nous poser quelques questions.
Les verres posés sur la table étaient vieux, ébréchés, et d’une propreté relative.
Les cafés que nous avions demandés étaient mauvais.
La « malgracieuse » qui nous a servis détestait manifestement son boulot.
Hélas, elle détestait les clients aussi…
Elle amena une carafe d’eau, retourna les verres douteux, les remplit d’une eau tiède et partit sans un mot et encore moins un sourire.
Tout était à la mode « regret du temps passé », je veux dire « vintage ».
Tout était « vintage », de la clientèle aux « chouquettes » posées sur nos soucoupes, même le café était tiède.
Après avoir levé la main et eu droit à la cécité sélective qui rend célèbre le garçon de café parisien, il m’a fallu tonitruer « S’il vous plaît » au point de faire sursauter un tas de « vintage » pour qu’une femme pas gracieuse du tout arrive avec son « TEP ».
Heureusement, la traversée du square Boucicaut nous a montré l’archétype de la devise « Travail Famille Patrie » qui rendit célèbre Pétain puis la famille Le Pen.
Immortalisé dans la pierre, un petit pauvre se voyait donner quelques subsides par deux dames opulentes en taille et en fortune tandis qu’une mère inconsciente au point d’avoir dans les bras un bébé fabriqué alors qu’elle était déjà incapable de subvenir aux besoin du gamin précédent attendait devant les généreuses donatrices.
L’ironie de la chose restant pour moi le contraste entre la scène fixée dans la pierre et les immeubles qu’on voit au delà...
Ça nous a réconfortés.
Cette vision d’un monde immuable qui veut que les pauvres le sont par leur faute alors que s’ils faisaient des économies au lieu de travailler et dépenser l’argent qu’on leur donne pour manger, ils deviendraient riches.
Cela dit, je suis de mauvaise foi car Madame Boucicaut et Madame Clara de Hirsch étaient connues pour leur générosité.
10:21 | Commentaires (3)
lundi, 03 avril 2023
Devoir de Lakevio du Goût N° 158
Chaque fois que je passe sur la place de l’Étoile, je regarde l’Arc de Triomphe.
Chaque fois je me perds en conjectures devant les bas-reliefs qui en ornent les quatre piliers.
Mais vous ?
Qu’y voyez-vous ?
À quoi songez-vous ?
Pensez-vous à la bataille d’Austerlitz ou à « la pelle du 18 juin » que « le Petit Tondu » ramassa en 1815 ?
J’espère en savoir plus lundi…
Je prends souvent le 31 et le 92.
Ces deux bus s’arrêtent tous deux place de l’Étoile.
Le 31 en commence petitement le tour et finit « sa ligne » avenue Hoche pour la reprendre avenue de Wagram.
Le 92, lui sort de l’avenue Mac Mahon pour aller jusqu’à l’avenue Marceau qui le mènera avenue Bosquet.
Cette avenue-là traverse un quartier qui réussit à être encore plus ch… que celui où la lumière de mes jours m’a entraîné et je vous assure que c’est une performance qui vaut d’être notée.
Pour en revenir à la place de l’Étoile, l’arrivée avenue Marceau me fait venir à l’esprit quelque chose qui fut un jour souligné par un gamin alors que je passais avenue Marceau pour rejoindre le Drugstore à l’angle de la rue de Presbourg.
Ce petit garçon criait à sa mère « Mamaaan !!! Regarde ! »
Comme sa mère, je me retournai et écoutai.
Montrant du doigt le bas-relief où la République entraîne ses défenseurs le petit garçon dit avec le plus grand sérieux en « On dirait que le soldat, il mord le zizi de l’autre soldat ! »
La mère et moi regardâmes alors le bas-relief.
J’avais déjà pensé à quelque chose comme ça mais à voir la maman sourire, je me dis qu’elle aussi.
D’un naturel sociable, je n’ai pu m’empêcher de dire « Il n’a pas tort ce petit… »
La maman répondit mezzo voce « Oui… On dirait bien que… »
Le petit, intéressé dit alors « On dirait quoi maman ? »
La maman, un sourire peu gêné aux lèvres, « On dirait bien qu’il… T’es trop petit… »
Je fus rassuré.
Je n’étais donc pas le seul à qui cette idée était venue.
Depuis, je me dis que Rude était finalement assez farceur et l’a fait exprès quand il sculpta cette « Marseillaise ».
Probablement aussi farceur que l’artiste inconnu qui sculpta un morceau des voussures de la cathédrale d’Amiens en l’agrémentant d’une religieuse subissant les assauts d’un diable.
Je suis toujours heureux de constater que, quelle que soit l’époque, le sexe,l’âge et le métier, on pense quand même très souvent « à ça ».
10:09 | Commentaires (20)




