samedi, 14 février 2015
Qui c'est, le roi des sons ?
Je suis en train d’écouter un disque qu’on m’a offert quand j’avais quinze ans.
Il est resté, malgré les accidents et les années, en assez bon état.
Il fait bien sûr entendre quelques bruits autres que ceux enregistrés.
Mais… Mais, lectrices chéries, il a une vertu incomparable que n’auront jamais les autres versions dont je dispose.
Que ce soient des « regravures » en CD ou des tentatives de trouver des interprétations au moins aussi émouvantes que celle que j’écoute.
Même un « repressage » du même disque, qui date de 1977, n’a pas la vertu de celui-ci, pressé en 1963.
Je l’ai écouté tant de fois, avec la chance insigne de le faire avec un phonolecteur qui n’était pas de l’espèce des « charrues » qu’on trouvait sur les Teppaz…
Il est, malgré les années, resté sans ces rayures qui transforment une symphonie en ces indicatifs brefs qui recommencent éternellement après une coupure au plus mauvais moment de la mesure.
Genre « je me ferais teindre en bl… Je me ferais teindre en bl… je me ferais teindre en bl… » ad vitam æternam, le truc qui vous fait croire que vous venez d’appeler EDF et vous donne envie de donner des coups de pieds dans une platine qui coûte un bras avec un phonolecteur qui coûte un œil.
Bref, ce disque est parfait, lectrices chéries.
Vous savez que je suis resté jeune mais pas à ce point là.
Alors vous imaginez bien qu’un disque qui me retire un demi-siècle est une aubaine que je ne laisserais échapper pour rien au monde.
Je profite qu’Heure-Bleue est dans la salle de bains pour écouter « Villanelle » et « Le spectre de la rose » sans entendre « c’est trop fort » ou « c’est bientôt fini ? Je voudrais te raconter un truc ».
Oui, Comme vous le savez, Heure-Bleue est imperméable à la poésie et la musique classique.
Son truc, c’est le roman et le jazz…
Cela dit, il faut admettre que si Théophile Gautier est une pure merveille dans « Absence » ou « Le spectre de la rose », pour « Villanelle » il ne s’est pas foulé.
A croire que la nana qu’il draguait à ce moment là ne l’inspirait pas vraiment…
Oui, Théophile avait, comme on dit chez les mal-élevés comme moi, « le feu au cul ».
Et puis, autour de ce disque, il y a tellement de choses.
Jolies, moins jolies, agréables, pénibles…
Alors, pendant qu’Heure-Bleue est sous la douche, j’en profite.
D’ailleurs elle en sort et râle « C’est trop fort ! »
Mais j'ai quand même eu le temps d'entendre, avec un frisson:
«
Mon destin fut digne d’envie
Pour avoir un trépas si beau,
Plus d’un aurait donné sa vie,
Car j’ai ta gorge pour tombeau,
Et sur l’albâtre où je repose
Un poète avec un baiser
Écrivit : « Ci-gît une rose
Que tous les rois vont jalouser
»
Vous ne pouvez pas imaginer...
06:57 | Commentaires (9)
vendredi, 13 février 2015
Et elle me l’annonce, apostolique…
J’avais déjà remarqué qu’à la Poste il me fallait faire la queue pour me taper le boulot normalement dévolu à la postière.
Je viens de recevoir un mail de La Poste.
Sur le coup, il m’a estourbi.
La seule relation épistolaire que j’avais récemment eue avec La poste s’était limitée à l’alerte Colissimo.
Ce qui m’avait permis d’apprendre que le colis m’avait été livré alors qu’en réalité j’avais un avis de passage m’avisant que je devrais aller chercher au bureau de poste ce que le facteur aurait dû amener chez moi.
Justement j’étais chez moi quand le facteur est passé mais il a dû craindre de me déranger en sonnant à ma porte…
La Poste, donc m’envoie un mail.
Et de quoi me cause ce poulet ?
Eh bien, c’est là que La Poste a un comportement insultant.
Elle me propose d’imprimer moi-même mes timbres.
Ce qui était encore il y a peu assimilé à la fabrication de la fausse monnaie est carrément recommandé par La Poste.
Oui, lectrices chéries, la fabrication à domicile de timbres-poste relevait de l’article 139 du code pénal, célèbre pour l’entraînement des élèves à l’accord du participe passé avec les auxiliaires « être » et « avoir ».
Aujourd’hui, non seulement La Poste me le propose mais en plus me prend pour une andouille.
Pas n’importe quelle andouille, non, celle des romans où un touriste est capable d’acheter la tour Eiffel à un inconnu et de payer cash.
Et pourquoi ça ?
Parce que cette vénérable entreprise, encouragée par le manque de réaction de ceux qui étaient passés de la position d’usager à celle de client, a décidé d’aller encore plus loin dans la maltraitance de la clientèle qui le nourrit.
Si je mets un timbre sur une lettre, il m’en coûtera soixante-huit centimes.
Si je me prends par la main et imprime mon timbre, on m’offre généreusement deux centimes.
Oui, lectrices chéries ! On « m’offre » deux centimes pour :
- Mettre du papier dans mon imprimante.
- Allumer mon imprimante.
- Retrouver le « driver » de cette fichue bécane que je n’ai pas utilisée depuis trois mois.
- L’installer dans mon PC.
- M’apercevoir qu’il n’est pas compatible avec la nouvelle version de Windows.
- Aller effectuer une transaction sur le site de La Poste.
- Poireauter en attendant que la transaction soit dûment acceptée par la banque et La Poste.
Bref, je suis censé économiser deux centimes d’€uros pour me taper un boulot d’esclave alors que la postière se contente, elle de toucher bien plus de sous tous les mois pour sortir d’une planche de timbres celui dont j’ai besoin.
Mieux encore, elle est payée pour me regarder comme une m… en tendant le bras vers le mur où je dois mettre des pièces dans la machine qui me donnera un carnet de timbres.
Ils ont en plus le culot de m’expliquer que je suis gagnant et veulent me convaincre d’être apôtre de leur arnaque !
06:49 | Commentaires (14)
mercredi, 11 février 2015
Ça fait chorus quand c’est coruscant…
Oh ça ! Pour scintiller, ça a scintillé, lectrices chéries.
Pourquoi donc cette entrée en matière ?
Pas seulement pour pousser Mab à admirer le titre de ce billet. Non.
C’est qu’après avoir remarqué hier dans la vitrine d’une boutique de brocante de la rue de Saussure une petite fiole m’est revenu un souvenir qui prouve que les visites médicales à l’école n’étaient pas d’une fiabilité à toute épreuve.
La petite fiole était une bouteille de « Roja Flore », cette « brillantine » célèbre dans les années cinquante.
Et qu’avait donc cette bouteille pour attirer mon attention ?
Eh bien elle m’a servi, en pension chez mes fous.
Un jour, le Frère tortionnaire habituel est passé dans les classes des « petits » pour nous annoncer que « lundi il y aurait visite médicale » et que nous devions absolument amener avec nous une petite bouteille dans laquelle il y aurait un peu de notre pipi.
Comme d’habitude, j’étais convié à rester pour tenir compagnie à quelques compagnons d’infortune, cloués là que nous étions pour « conduite déplorable » ou « mauvais esprit ».
Le lundi, après un réveil somme toute agréable dans un dortoir quasiment désert, j’ai fouillé dans ma valise planquée sous mon lit quand le Frère nous a rappelé qu’il y avait visite médicale.
J’en ai sorti la petite bouteille de « Roja Flore » que j’avais amenée dans un but incertain, sans doute une ânerie, et l’ai mise dans la poche de ma blouse.
Bleue la blouse, et à col « mao » rouge. La honte… mais je vous en ai déjà parlé.
Quand les autres sont arrivés de chez eux, nous avons tous été réunis dans la cour.
Je sais maintenant pourquoi la visite avait lieu au printemps bien engagé.
C’est parce que la cour était plantée de tilleuls censés calmer les enfants, ça ne marchait pas vraiment mais ça sentait bon. Si bon…
On nous a mis en rang. Les grands sont sortis les premiers. Ils ont commencé à ficher la trouille aux plus petits en leur racontant à voix basse des trucs du genre « faites gaffe, ils y vont avec des grands couteaux et ya du sang partout ! »
C’est là que j’ai regardé la petite bouteille d’eau de Cologne de mon copain A.
Je vous en parlerai une autre fois, il m’a laissé une impression pénible et décevante un jour.
Mais bon, c’était mon copain parce qu’il était petit et que je l’avais défendu quand on l’avait embêté.
J’ai donc regardé sa petite bouteille et je me suis rappelé d’un seul coup que la mienne était dans ma poche. Vide. Désespérément vide.
La sienne était pleine.
Je lui ai dit « passe moi de ton pipi, j’ai oublié de faire pipi dans ma bouteille ! »
On a regardé si le Frère ne nous voyait pas.
On a aussi vérifié que pas un fayot ne nous surveillait.
Il a fait couler de son pipi dans ma petite bouteille de « Roja Flore ».
Des gouttelettes scintillantes sont tombées par terre. Certaines avec un vif éclat dans la lumière du soleil.
L’étiquette avec mon nom, ces petites étiquettes bordées de bleu qu’on met sur les livres, tenait mal mais bon…
On a su plus tard qu’on « avait tous eu bon à l’analyse ».
Les vitrines de brocante ont de ces vertus parfois, lectrices chéries…
09:44 | Commentaires (5)
lundi, 09 février 2015
Le jardin des piqûres…
La « libraire » qui a certainement montré quelques lacunes dans l’ignorance pour se faire embaucher chez notre libraire préféré du XXème m’a rappelé le fou-rire qui nous avait frappé, Heure-Bleue et moi à l’écoute de la radio, il y a très longtemps.
C’était encore l’époque où les « speakers » devaient avoir, à défaut d’un grand savoir, une élocution parfaite, le style oratoire qui eût dû leur faire décrocher un rôle au Théâtre Français.
Ce ton terriblement compassé et sérieux qui prête plutôt à sourire.
France Inter usait de ces speakers dès qu’il était question de musique et de théâtre classiques.
Un soir donc, où pris d’une subite envie de culture nous écoutions la radio au lieu de nous livrer au stupre, nous écoutions religieusement le type annoncer la pièce qui serait donnée incessamment.
Et c’est là que nous avons fait tressauter le lit pendant de longue minutes.
Mais non, pas ça…
Le rire, lectrices chéries. Le fou rire inextinguible qui nous a saisis en entendant le « speaker » annoncer de sa voix grave et de son ton compassé « Nous avons ce soir le plaisir de donner « On ne badine pas avec l’amour d’Alfred ».
Il termina gravement après un silence par « de Musset »…
Rien qu’à y repenser, ça égaie ma journée…
11:15 | Commentaires (11)
samedi, 07 février 2015
Quand les familles, ces teignes…
Je viens de lire quelque chose qui me laisse rêveur.
Vous savez toutes, lectrices chéries, que le Vatican est tout petit.
C’est un état qui a peu près la taille du cimetière du Père Lachaise.
Eh bien, figurez vous que malgré son exigüité, cet état accepte des immigrés.
Pire, il en a élu un à sa tête.
Ce brave homme venu d’Argentine s’était déjà illustré en intervenant dans ce que les femmes sont censées faire dans leur chambre, par moment pour leur dire que non, la pilule c’est pas bien et, plus récemment, que se comporter comme des lapines, c’est pas top non plus.
Le propos m’avait laissé songeur qui venait d’un type censé tout ignorer de ce qui se passe entre un homme et une femme dans un plumard.
Il a récidivé avec son observation sur l’utilité de la fessée dans l’éducation des enfants.
Là, je me suis dit que pour quelqu’un qui n’aurait jamais d’enfant, dont la vie matrimoniale était sévèrement limitée à rien du tout, il faisait fort…
Le plus intéressant reste malgré tout les observations que ça a entraîné sur la Toile.
Ça allait d'un ministre allemand, admirateur de l’orthodoxie monétaire, qui était plus scandalisés par une tape sur les fesses d’un gamin que par la condamnation à la misère de tout le peuple grec, à l’habituelle croisade de ceux et celles qui sont persuadés que « le bobo de gauche » a des gosses plus mal élevés que les barbares qu’on croise dans certaines rues et qu'il n'y a rien de tel qu’une éducation à coup de baffes pour faire un bon citoyen.
Comme toujours, on se trouve face à une généralisation aussi hâtive que peu réfléchie…
Entre ceux qui sont persuadés qu’une claque sur le cul d’un gamin de quatre ans qui se roule par terre est de la maltraitance et ceux qui sont absolument sûrs qu’il n’y a rien de tel que le fouet et les gifles pour faire de petits anges bien élevés, j’ai bien du mal à admettre que l’espèce humaine soit réellement une espèce intelligente…
Comment se fait il qu’on ne dise jamais de mal des « bobos de droite » ?
Pourtant je sais qu’ils existent, j’en connais.
Ils ne battent pas plus leurs gosses que les « bobos de gauche » et ces gosses ne sont pas plus mal élevés que ceux élevés à coup de ceinturon.
J’irai même jusqu’à dire qu’ils ont un côté plus civilisé…
J’en viens même à me demander si les chattes, qui savent donner le coup de patte calibré en cas d’abus mais ne maltraitent jamais leurs chatons, ne se débrouillent pas mieux que nous.
Si vous y regardez de près, les chatons ne sont pas obéissants mais s’ils ne volent pas de scooters ni ne détournent de fonds ou ne décrochent pas de doctorat en physique, on n’en a jamais vu en traiter d’autres de « bobo de gauche ».
J’en déduis donc, tout aussi hâtivement que les moralistes du Web, que les chats sont des « bobos de gauche »…
Je sais, ça ne va pas plaire à tout le monde mais je n’écris pas pour plaire.
Enfin, pas toujours…
13:04 | Commentaires (11)

