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samedi, 03 janvier 2015

Faites sauter la banque !

Elle m’a eu ! La lumière de mes jours m’a eu !
Je viens de changer le tube de dentifrice…

Une autre m’a eu.
Ma banquière.
Plus exactement les services informatiques de la banque.
Je les avais pourtant prévenus : Toute suppression d'un bug que personne n'a remarqué et ne dérange personne entraîne immanquablement trois bugs qui emmerdent tout le monde.
Vous croyez qu'ils ont écouté un habitué des bugs ?
Que nenni, lectrices chéries, que nenni...
J’ai donc été obligé d'envoyer un poulet de bon matin à ma banquière préférée.
Poulet dont je vous donne ici la teneur, lectrices chéries.

Bonjour Madame,

je vous souhaite tout d'abord une excellente année 2015.

Néanmoins... Néanmoins, Madame...
L'examen de mon compte montre hélas que le fonctionnement de la nouvelle version du logiciel qui est censé me permettre d'en suivre l'état au jour le jour est plus fantaisiste que prévu...

Après m'avoir montré hier après-midi que les pensions versées par les organismes de retraite avaient été versées, puis permis de retirer 60.00 € d'un DAB, il a refusé un paiement Visa au mini-market de mon coin, ce qui a vidé mes poches des 60.00 € que je venais de retirer...

Les comptes, arrêtés hier au 2 janvier, sont ce matin arrêtés au 31 décembre de l'an dernier…
Je me retrouve donc ce matin, les poches vides, un rendez-vous à Paris et un solde de compte bancaire approximatif...

Nous vivons essentiellement avec des automates pour assurer les paiements, que ce soit pour les achats quotidiens, les impôts, l'énergie, le logement et les transports.
Je crains dès lors que  la bévue d'un informaticien malhabile nous laisse un jour morts de faim devant la porte d'un logement où l'énergie aura été coupée depuis un mois tandis que des mois de retraites se promènent dans les limbes de vos bases de données...

Voilà ce que je tenais, Madame, à vous signaler.

Le-Goût.

Je ne résiste jamais au plaisir d’émailler mes courriers à des monstres froids assoiffés de pognon,  de ces enluminures de la conversation qui rendent, je l’espère, un peu moins tristes ces lettres aussi chiantes qu’indispensables.

vendredi, 02 janvier 2015

Tu seras un homme mon fils.

Je n’avais pas pris de résolution particulière pour 2015.
J’avais décidé il y a longtemps toutefois que l’idée d’être adulte était totalement farfelue.
Oui lectrices chéries, je comptais depuis mon adolescence sur mes sœurs, mes camarades de jeux et ma mère.
Toutes m’avaient longuement enfoncé dans l’esprit que les filles étaient depuis toujours dotées d’une beaucoup plus grande maturité d’esprit que les garçons.
J’avais donc accepté avec joie que l’autre genre réfléchirait à ma place et que ça m’arrangeait pour continuer à faire tout ce que j’avais en tête.
Ce qui comptait évidemment des tas de bêtises, certaines intéressantes, d’autres moins.
Toutes destructrices, d’une manière ou d’une autre.
Certaines sont risquées pour les yeux, d’autres pour le cœur, toutes pour mon moral.
Heureusement, malgré le passage des années, j’ai réussi à conserver cette idée qu’un jour je serais grand.
J’étais sûr que la lumière de mes jours m’aiderait à gravir le dur escalier qui mène à la maturité.
Cet espoir, à l’orée d’une année qui s’annonce aussi peu enchanteresse que la précédente, vient d’être tué dans l’œuf.
L’ex-rouquine qui partage ma vie – oui, n’allez surtout pas croire qu’elle partage la sienne- semble avoir copié sur votre Goût adoré, cette tendance à l’enfantillage qui n’amuse souvent que moi.
Je l’ai constaté dans la salle de bains ce matin.
Habituellement, je prends un malin plaisir à faire traîner jusqu’à ce que ma houri perso se charge d’en déballer un nouveau, le savon ou le dentifrice.
Quitte à m’user les doigts à frotter un petit tas de miettes de savon pour ma toilette.
Je vous assure que c’est agaçant.
Mais je suis payé de ma peine quand j’entends Heure-Bleue hurler « Minoooouuuu !!!! Je suis trempée et je n’ai pas le savoooon ! T’aurais pu le changer quand même !!! »
J’attends juste assez pour qu’elle trépigne avant de déballer la savonnette suivante.
Aujourd’hui je suis content.
Je sais que j’ai encore gagné.
J’ai dû presser le tube de dentifrice comme une brute pour en extraire assez de pâte pour me laver les dents.
J’attends la toilette de la lumière de mes jours.
J’attends « Minooouuu ! T’aurais pu changer le tube de dentifrice ! Je suis toute nue et je n’ai pas de dentifrice ! »
Je vais ouvrir la porte de la salle de bains et elle va avoir froid…
J’aime les journées qui commencent comme ça.
Bon, je viens d'apprendre qu'elle m'a bien eu.
Pour que j'ouvre le dentifrice neuf, elle préfère se laver les dents avec le dentifrice de Merveille.
Un truc dégueulasse au goût de fraise artificiel douceâtre et immonde.
Il faudra quand même que j’essaie un jour, pour voir comment ça fait d’être adulte…

jeudi, 01 janvier 2015

Mercredi, descendre...

Pourtant on n'a pas jeûné...
Bon, Heure-Bleue a présenté les vœux.
Fainéant comme je suis, je ne vais pas faire un doublon, hein…
Je vais continuer à digérer.
Je n’ose même pas aller jusqu’à la salle de bains.
Hier déjà, alors que je préparais une autre pintade, une recette différente de celle réalisée à Noël, j’ai émis une remarque sur la légèreté de la pintade en regard de celle du canard que je n’ai pas trouvé.
Quand j’ai parlé de légèreté, je n’en jurerais pas, mais il m’a semblé entendre ricaner la balance de la salle de bains…
Je me demande si c’est une tendance naturelle à la paranoïa ou si c’est seulement un éclair de lucidité sur la dure condition du sexagénaire face à une volaille tentante.
Il fut un temps ou j’étais attiré par les poules.
Maintenant, ce sont plutôt les pintades.
Elle me reposent.
Alors que les dindes continuent à m’exaspérer malgré une patience qui me surprend parfois par son côté inusable.
Heure-Bleue n’est pas d’accord.
Je me demande pourquoi.
C’est la première à abuser de ma patience.
Presqu’autant que j’abuse de la sienne…

En chantant avec Tornade "Hasta siempre"...
Parce que quand même « el Che », « el commandante », quoique que peu familier avec l’idée de démocratie, je le regrette parfois.
Bon, je regrette surtout les années soixante et des articulations qui marchaient si bien…

 

mardi, 30 décembre 2014

Papier de soi…

Vous savez quoi, lectrices chéries ?
Il faut que je vous avoue un truc.
Non, je n’ai pas toujours été cet être délicieux au profil de médaille que vous voyez se dessiner au hasard de mes billets.
Je n’ai pas toujours été obligé, d’avoir un bâton pour chasser les filles quand je sors. Bon, quand je vais faire les courses avec Heure-Bleue, ce n’est pas nécessaire.
Elle maintient autour de moi un cordon de sécurité qui dissuade les foules hurlantes de désir de se jeter sur votre Goût préféré.
Pour en revenir à mon mouton, je n’ai pas toujours fait une concurrence acharnée à Apollon.
Il fut une époque, assez brève grâce à ma grande sœur, où j’eus un visage qu’on eût pu confondre avec un clafoutis.
Un clafoutis un peu trop cuit avec les cerises qui affleuraient nombreuses.
Ça faisait mon désespoir.
Mon père me plaignait et, dans un grand élan de modernisme envisageait en deux phrases, une  éducation sexuelle assez sommaire qui se résumait à « va falloir fréquenter, fils ! »
Comme je doutais, armé d’une figure proche d’un tableau de bord de Rafale, il ajoutait « dur et sec ! Faut y aller ! »
Ma mère, elle, encore elle, toujours elle, me regardait avec admiration et me disait « tu vas voir, c’est normal, tu deviens un homme mon fils ! »
Ces déboires épidermiques m’arrivèrent au début du printemps 1962.
Vous pouvez y aller, lectrices chéries, des moments comme ça, c’est cloué au clou à chevron dans la cervelle, vous vous les rappelez…
En classe, certains m’avaient surnommé « Puberté, puberté chérie, que de folies… »
Je me suis encore battu comme un chiffonnier. J’ai souvent gagné car à l’époque je n’avais que peu de centimètres de moins que la taille que j’ai aujourd’hui.
Bref, mes études psychosociologiques menaçaient d’être tuées dans l’œuf à peine entamées.
Heureusement, ma grande sœur me sortit rapidement de l’ornière.
Ça me sembla long mais l’épisode malheureux prit fin en moins de trois mois.
Elle commença évidemment par m’engueuler.
Ça doit être un truc de fille, ça, l’engueulade…
Elle commença par « arrête de bouffer n’importe quoi ! Maman fait toujours des trucs pas bons ! Contente toi des pâtes, laisse ces trucs qu’elle fait ! »
Ma mère faisait toujours des abats, du cœur, de la « tétine », des rognons, bref des choses pas bonnes du tout mais pas chères…
Ma sœur se mit ensuite à prendre soin de ma peau.
J’avais quant à moi tenté l’élimination par écrasement.
Une méthode aussi douloureuse qu’inefficace pour tenter d’éliminer tous ces lumignons rouges à centre blanc qui me pourrissaient la vie et le visage.
Ma grande sœur se mit elle, à me nettoyer le visage chaque matin, en me faisant remarquer « c’est bien parce que je t’aime, ça coûte horriblement cher… »
Elle me nettoyait consciencieusement, avec douceur et précision, passant délicatement un coton imbibé de « Lotion faciale Scherk ».
J’avais interdiction absolue de me toucher la figure jusqu’au matin du lendemain.
Malgré mon impatience, je m’y tins.
En un peu plus de deux mois sans autre viande que la viande bouillie de la cantine du lycée et le régime habituel « pâtes-pommes de terre », si je n’avais pas un teint de jeune fille, on ne me confondait plus avec un clafoutis…
Un matin, ma grande sœur me dit gentiment « voilà, t’es beau maintenant… » et m’embrassa sur un front sans boutons.
Je pus dès lors reprendre mes études.
Parce que je peux bien vous le dire. Avec des pustules plein la figure, même avec un baratin affûté, pas question de tenter une approche quelconque…

lundi, 29 décembre 2014

Musée secret…

J’ai terminé hier « Un pedigree ».
Quelques unes des dernières phrases du bouquin m’ont frappé.
Pas seulement son passage place Dancourt, au bas de Montmartre.
Il y a aussi sa déambulation rue Championnet.
Je suis sûr qu’il est passé par la place Championnet.
Ne cherchez pas, lectrices chéries , la « place Championnet » n’existe pas plus que la « place de l’Etoile » ou la « Place Villiers ».
Je vous dis le secret : La « Place Championnet » s’appelle Albert Kahn, la « Place Villiers » s’appelle Prosper Goubaux et la « Place de l’Etoile » s’appelle Charles de Gaulle.
Oui, c’est comme ça, le maire de Paris est grand mais les Parisiens font ce qu’ils veulent.
Deux à quatre générations se sont écoulées depuis ces changements mais les noms de ces endroits n’ont pas changé dans l’esprit des gens du cru, de leurs enfants ou petits-enfants.
Heureusement, imaginez un peu qu’au lieu de dire « un clodo » on se mette tous à dire « un humain en situation de grande précarité », ou « quelqu’un qui n’est pas en capacité d’assumer une résidence fixe »  comme dirait le premier faux-cul ministrable venu…
Revenons à cette déambulation rue Championnet.
Elle m’a rappelé avec acuité une séance au cinéma « Ornano 43 », salle aujourd’hui remplie des gondoles d’un Franprix.
 

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Ce cinéma, je l’ai toujours connu plus ou moins dans la débine et il passait parfois des copies si rayées que s’il n’y avait eu l’affiche, on aurait eu bien du mal à savoir quel était le film projeté…
On y projetait encore « Joselito, l’enfant à la voix d’or » alors que le môme devait être en train de faire son service militaire.
C’était un jeudi. Oui lectrices chéries, à l’époque la semaine était coupée en deux par le jeudi, bien plus court que le mercredi dont seul le nom est plus long.
Entre le dimanche et le jeudi, beaucoup « glandaient d’arrache-pied » dans mon quartier et s’il n’y avait pas eu ma mère, j’en aurais fait autant.
Ce jour du deuxième trimestre 1963 donc, je me le rappelle parce que je regardais déjà avec intérêt plein de choses.
Dont les filles.
J’avais appris quelques détails intéressant sur les relations qu’on pouvait avoir avec dès l’été précédent en Bretagne.
En étudiant sérieux, je cherchais à étendre le champ de mes connaissances ce jeudi là avec une fille qui habitait rue Vincent Compoint.
C’était loin de mon lycée et du sien, nous nous étions croisés rue du Poteau en faisant les commissions. Comme j’étais curieux et elle aussi, nous avions bavardé.
C’est comme ça qu’un jeudi du printemps 1963, miraculeusement épargné par la copie manuscrite en cinq exemplaires  du « Règlement intérieur du Lycée », nous nous étions retrouvés au balcon du cinéma « Ornano 43 », moins cher que les fauteuils d’orchestre et surtout moins surveillé par les ouvreuses.
On y donnait un vieux truc dont le nom du héros, « Joaquin Murietta » m’a sauté à la mémoire hier soir. 
C’était « Les desperados de la Sierra », un film mexicain qui retraçait l’histoire ce type qui fut un héros pour les uns et un bandit pour les autres.
Mais ce que je retiens de cette séance, ce n’est pas ça.
C’est bien sûr les papouilles timides échangées avec cette fille mais surtout, c'était la première fois que je touchai des seins depuis ma dernière tétée.
Eh ben, c’était drôlement doux…