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dimanche, 14 octobre 2018

Les calottes sont cuites…

Oui, je sais Mab, j’ai honte…

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La note d’Adrienne ce matin m’a rappelé toutes les maltraitances dont mes parents se sont rendu coupables vis-à-vis de mes sœurs et moi.
Alors que nous nous serions avachis avec délices, elles et moi, le nez dans notre soupe, le dos rond et les jambes étalées sous la table, nous avons eu droit, pendant des années à une litanie quasi permanente.
«  Si tu ne te tiens pas mieux, tu va prendre une calotte ! »
« Tiens-toi droit ! On dirait que tu portes la misère du monde ! »
«  Dis donc, ma fille ! Tu es en sabots ? »
«  Dis-moi, mon garçon, tu es enrôlé dans un régiment de grenadiers ? »
«  Mais qu’est-ce que c’est que cette façon de se tenir ? On réussit à être couché debout maintenant ? »
«  Redresse-toi ! »
«  Quand je te regarde j’ai l’impression que tu portes un carton ! »
«  Tu n’as pas appris à marcher avec des ours, que je sache ! »
Bref, la vie de famille fut une géhenne infernale dont le but avoué était de faire de nous des gens dont on pouvait dire « au moins ils ne sont pas avachis ».
Il semblerait tout de même que ça ait porté quelques fruits.
Ma petite sœur, celle qui s’est fait étriper le palpitant pour cause de trop de gâteaux et de frites, malgré un poids exagéré, se déplace avec une certaine grâce.
Ma sœur cadette, que je ne vois que dans de rares occasions, semble avoir gardé les épaules en arrière et se tient droite. C’est du moins ce que j’ai remarqué la dernière fois que je l’ai vue.
Ma grande sœur avait quant à elle tout intérêt à se tenir droite.
Elle est d’une taille si modeste, une lilliputienne telle qu’une de ses amies disait d’elle « quand elle pète debout, ça fait de la poussière. »
Eh bien, d’aussi loin que je me rappelle, elle s’est toujours redressée de façon à ne pas perdre un pouce de sa courte taille.
Pour ma part, malgré l’âge canonique que j’ai atteint aujourd’hui, je semble avoir échappé à des choses comme les maux de pieds et de dos.
Imaginer va jusqu’à dire que quand je marche dans la rue, je me tiens si droit que j’ai l’air de « toiser le monde ».
J’en retire l’idée que ce n’est donc pas –seulement- pour nous pourrir la vie que nous avons eu droit à ces objurgations du moment où nous avons su marcher jusqu’à celui où nous avons commencé à nous intéresser à d’autres personnes que celles de la maison.

samedi, 13 octobre 2018

Air de rien

L’air est un mélange de gaz censément constitué de 78% d’azote, 21% d’oxygène et 1% de « gaz rares ».
Hélas, nous sommes allés voir l’exposition Mucha au musée du Luxembourg.
Pourquoi « hélas » vous dites vous lectrices chéries ?
Eh bien ce n’est pas à cause de Mucha car l’exposition, quoique restreinte, était intéressante.
Non, c’est simplement que la composition de l’air est sensiblement modifiée par la foule qui se presse dans les expositions.
Le problème récurrent des expositions est trop souvent l’exiguïté des salles où sont exposées les œuvres.
Le résultat ?
Adieu les 21% d’oxygène.
Cette proportion, déjà rarement atteinte à Paris, est sévèrement dégradée dans ces petites salles où la foule se presse.
Nous tous, dans ces pièces, respirons et soupirons.
Parfois hélas d’autres organes que ceux dévolus à la respiration y concourent.
Nous sommes sortis enchantés par les affiches de Mucha.
Surtout moi dont le goût pour le chocolat est bien connu.

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Beaucoup aussi pour les femmes à la carnation pâle, aux yeux et aux cheveux clairs qu’il semblait lui aussi beaucoup apprécier..
Cela dit, je dois convenir qu’il a fait de Sarah Bernhardt, qui était déjà une très jolie femme et de grand talent, une femme d’une grande beauté, voire tout à fait éblouissante.
Nous avons fait un tour dans le quartier.
Heure-Bleue et moi avons convenu deux choses, ce qui est beaucoup quand on nous connaît.
La première est que nous n’allons pas dans la même direction quand je dis « à gauche ».
La seconde, elle en passant devant « La Rhumerie » et moi devant le « restau U » de la rue Mabillon, est qu’il est plus difficile de retirer dix ans d’un genou que cinquante ans d’une cervelle…
Mais nous avons quand même remarqué quelques appartements à louer dans le quartier.
Hélas une fois de plus, nous les avons pressentis hors de nos moyens.
Sinon, nous étions de nouveau prêts à déménager…

vendredi, 12 octobre 2018

La France vous présente ses meilleurs vieux…

Excuse moi, Mab, ne dis rien j’ai honte…
Je trouve étrange et même choquante la façon de penser de nos gouvernants.
C’est même à mon sens ce qui donne raison à ceux qui parlent de « gouvernement des riches ».
C’est un euphémisme, plus exactement une tromperie car le nom normal de « gouvernement des riches » est « ploutocratie ».
Pourquoi je vous parle de ça, lectrices chéries ?
Parce qu’hier, l’invité de la radio de la cuisine était Monsieur Jean-Paul Delevoye, ancien « médiateur de la République » nommé haut commissaire à la réforme des retraites.
Cet homme, dont le discours est sensé me semble honnête et pondéré.
Toutefois, un point de son argumentation le replace immédiatement dans le mode de pensée gouvernemental.
Le mode de pensée qui veut que « ceux qui ne sont rien » devraient « arrêter de se plaindre » et « qui feraient mieux de travailler au lieu de foutre le bordel » alors qu’il y a des « premiers de cordée » qui font avancer « la startup nation ».
Il était question du montant de l’aide dite « ASPA », cette « Allocation de solidarité aux personnes âgées » est versée aux personnes dont la vie active a été mouvementée et les cotisations pleines de trous.
Compte tenu du fait que cette allocation concerne moins de soixante-dix mille personnes, l’argumentation opposée par le commissaire m’a laissé pantois.
Au début, la remarque m’a semblée raisonnable, frappée au coin du bon sens.
« Le montant de cette aide est délicat à déterminer. »
Il a poursuivi « Vous comprenez, il importe que ce montant  soit inférieur à la retraite d’un salarié au petit salaire. »
Et tout serait passé aisément si, pour assurer la position, le commissaire n’avait asséné «  il faut éviter que quelqu’un ayant travaillé au noir et n’ayant jamais cotisé ni payé d’impôts  ne touche autant que quelqu’un qui a été peu payé. »
Je suis resté pantois.
Non que l’idée que quelqu’un qui a travaillé au noir toute sa vie et n’a jamais ni cotisé ni payé d’impôts touche une retraite me plaise mais la loi est là pour éviter ça.
Non, ce qui m’a choqué, c’est que je me suis rappelé qu’il y a peu, on a trouvé des milliards à donner à des gens qui n’en ont pas besoin en espérant qu’ils vont donner du travail aux autres.
On leur a donné « un pognon de dingue » en échange de rien et sans contrôle alors que l’idée de donner une misère à quelques dizaines de milliers de personnes dans la dèche leur semble immoral.
C’est là que je me suis rappelé qu’il y a des flics par dizaines de milliers pour surveiller les salariés alors qu’on se satisfait de  quelques centaines d’inspecteurs du travail pour surveiller les plus lotis.
Il est vrai qu’il y a 14% de gens en dessous du seuil de pauvreté alors que seuls 1% des gens ont vu leurs revenus augmenter sensiblement.
Alors vous comprenez bien que donner plus de  833 € à 70.000 personnes sans ressources est absolument  scandaleux…
Surtout si on compare les sept-cents millions annuels que ça représente au cinq ou six milliards offerts à ceux qui sont obligés d’hésiter entre le foie gras et le homard.


jeudi, 11 octobre 2018

Usagé de la RATP.

Ouais, je sais, j’ai honte.
Hier, nous sommes allés traîner.

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Ouaip, c'est comme ça vers chez nous. On voit ça.
Un beau cimetière comme ça, ça donne pas envie de mourir ?
Nous avions prévu de traîner en bus jusqu’au Petit Palais, histoire de voir les peintures de Jakuchu.
Hélas, trois fois hélas ! Les embouteillages étaient tels que nous dûmes traîner à pied.
Nous sommes allés, flânant jusqu’à Villiers.
En passant rue des Batignolles, Heure-Bleue m’a demandé quand Liv Fourmi repasserait à Paris car c’était très chouette de l’avoir à la maison.
Nous avons descendu la rue de Lévis pour aller au café où nous nous arrêtons quand nous passons par là.
Comme toujours, la lumière de mes jours a bu un « déca » et moi un diabolo-fraise.
Avec cette limonade importée d’Angleterre, limonade inconnue de Tornade car à Londres, on lui sert de la limonade importée d’Italie.
Je suppose qu’il faut aller en province ou sur la 5ème Avenue à New-York pour boire de la limonade française…
Nous sommes revenus tranquillement à pied en faisant quelques courses.
Elle a acheté un truc étrange pour son hors-d’œuvre.
Ça ressemblait à du raifort émincé avec une purée de je ne sais quoi dans le fond.
Nous nous sommes arrêtés à la boulangerie.
La lumière de mes jours a demandé une crêpe comme dessert.
Je l’ai prévenue « il n’y a plus de rhum pour la parfumer avant de la réchauffer… »
Elle a répondu « il doit en rester un peu. »
C’est là que je me suis aperçu que contrairement à une idée répandue par les hommes, les femmes ne changent pas.
Elle a attendu que nous soyons sur le trottoir plein de gens pour me regarder et dire à voix haute « Tu me mettras tout,  jusqu’à la dernière goutte, hein Minou… »
Puis elle m’a dit « Tu as encore pensé à quoi ? Pfff… »
J’ai juste haussé les épaules.
Quand nous sommes rentrés à la maison, elle m’a fait goûter son hors d’œuvre.
Encore un truc d’ashkénaze, un machin de juif d’Europe de l’Est.
C’est immonde et elle adore ça.
Tu me sers un truc comme ça, je tue dix Russes.
Et à mains nues encore !

mercredi, 10 octobre 2018

Et vlan ! Casse-moi l’éponge !

De rien…
- Mais non papa, arrête, t’as la crève c’est tout !
- Je suis foutu, je te dis !
- Bon, va voir Mathias !
Ça a commencé comme ça.
Depuis le temps que je l’entends tousser…
Il fumait, bien sûr mais surtout il avait manipulé des produits nocifs avant 1957, l’année où il avait racheté la « DS-19 » du cousin François.
Je crois bien que je l’ai entendu tousser pendant une trentaine d’années, de l’arrivée de De Gaulle au pouvoir à mon voyage à Hong-Kong en 1988.
Ça fait long.
Mon père devait être « épuisé des entrecôtes »…
Les années ont passé.
Il a passé les siennes à fumer et à tousser.
Puis c’est arrivé un matin d’avril.
Non, pas « un beau cavalier pâle, un pauvre fou muet s’assit à vos genoux ».
Non, un truc pas prévu.
Il a craché dans son mouchoir, un « mouchoir en fil » comme disait ma mère.
Et là… Panique !
Ma mère m’a appelé, je suis allé le voir.
Il m’a montré, comme si j’étais expert en glaviot.
J’ai néanmoins repéré ce qui le tracassait lui et m’a fichu la trouille à moi.
Je lui ai dit « tu t’es écorché à force de tousser, alors arrête, c’est pas comme si t’avais un cancer ».
Alors que je savais bien que c’était sérieux.
Je l’ai envoyé chez le médecin.
Armé d’une recommandation d’icelui je l’ai accompagné à l’hôpital.
On lui a recommandé d’arrêter de fumer, on l’a gardé quelques heures, le temps de faire quelques examens puis je l’ai ramené à la maison.
Il est revenu se faire engueuler par ma mère chaque fois qu’il allumait une cigarette.
C’est à dire qu’il s’est fait engueuler vingt fois par jour…
Je suis retourné au boulot et ai été envoyé à Hong-Kong dans la foulée.
À peine revenu, le patron du service de pneumologie de l’hôpital m’a appelé au bureau.
Pour une fois j’étais à ma place…
Il m’a dit « j’ai fait faire quelques analyses sur la ponction faite à votre père… »
- Et ?
- Eh bien il est atteint d’un cancer, un vieux cancer…
- Lequel ?
- Un mésothéliome.
- Qu’est-ce c’est ? Pas un cancer du poumon, je le sais.
- Non, c’est un cancer de la plèvre, c’est la signature de l’amiante.
- Et ?
- Il n’y a rien, une tentative a été faite à Nice, un échec.
- Et ?
- Eh bien, il ne sait pas, il pourrait aller en vacances, ça le reposerait et il penserait à autre chose.
C’était la fin du mois de mai.
Une pompe a fini par l’aider à respirer.
J’ai passé trois de ses dernières nuits avec lui.
On dort mal à l’hôpital.
Mais à l’époque on ne facturait pas le lit d’un proche et on m’a même donné un petit déjeuner et quelques paroles de consolation…