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lundi, 04 mars 2019

L'altruiste de Schubert...

Bon, en même temps on est lundi, alors hein…

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Une partie de pêche.

Un jeudi, de bon matin, debout sur une roche, je laissai flotter ma ligne dans le tourbillon des belles eaux claires. Ah, quel bonheur, quand au bout de quinze à vingt minutes, en allongeant et retirant lentement l'amorce sur l'eau agitée, tout à coup une secousse répétée m'avertit que le poisson avait mordu et qu'ensuite le bouchon descendit comme une flèche habilement lancée.

C'était un gros ! Je le laissai filer, et puis, relevant la gaule à la force du poignet, une truite colorée fila dans les airs et se mit à sauter au milieu des ronces coupées et des herbes pleines de rosée.

(d'après Erckmann-Chatrian)

Je t’en foutrais, moi, des parties de pêche ! À cette heure là !
Normalement, le jeudi je dors, il n’y a pas d’école, sauf quand on n’a pas été sage.
Mais là, « un jeudi, de bon matin » qu’il a dit, de bon matin à cinq heures !
Enfin, j’ai fini debout sur une roche, à regarder ce foutu bouchon.
Ah ça je l’ai vu alors que je laissai flotter ma ligne, pourtant j’avais du mal à le voir dans le tourbillon des belles eaux claires.
Mon père me l’avait juré, « tu verras mon fils ! » accompagnant ses paroles de grands gestes dont il était coutumier.
Il avait ajouté, dans une dernière envolée « Ah, quel bonheur ! Tu verras quand tu te diras d’un seul coup d’un seul… »
« Je me dirais quoi ? » pensé-je en regardant d’un air morne ce foutu bouchon.
J’étais encore ensommeillé et d’assez mauvaise humeur, assis sur l’herbe encore humide du matin. Il fait frais au bord du Loing, le matin…
Le temps ne passait pas, quand au bout de quinze à vingt minutes, je décidai de faire autre chose que m’ennuyer et ressasser.
Pour tromper la faim qui commençait à me dévorer l’estomac, je remuai la ligne, la traînant de gauche à droite, en allongeant et retirant l’amorce.
Ça me dégoûtait de voir ce pauvre ver de vase, rouge vif au début, étiolé maintenant et quasiment gris accroché à l’hameçon.
En pensant à ce qu’il avait dû endurer lors de l’accrochage, je le traînai sur l’eau agitée et l’y replongeai.
Tout à coup, alors que j’étais prêt à me rendormir, je sentis une secousse répétée dans les doigts.
La secousse m’avertit qu’un poisson, guidé sans doute par la goinfrerie, avait mordu dans ce petit ver.
Excité maintenant, je n’eus plus à attendre qu’ensuite le bouchon descendît comme une flèche.
Cette ligne, que j’avais habilement lancée, se révéla efficace.
Moon père, admiratif, reprit son accent « pied-« noir » et lâcha « Hooo ! Fils ! C’était un gros, là ! Moi j’te l’dis ! »
De peur qu’il ne se décrochât, je le laissai filer, et puis, au bout d’un moment à le fatiguer, relevant la gaule à la force du poignet, je tirai la ligne hors de l’eau.
Là, une truite colorée fila dans les airs. Évidemment, avec ma maladresse habituelle elle finit où il était impossible d’aller la chercher et se mit à sauter au milieu des ronces.
Des ronces même pas coupées et des herbes pleines de rosée
Et on s’étonne qu’Erckmann-Chatrian n’évoque (n’évoquent ?) pour moi que les dictées ennuyeuses et bien-pensantes de ma pension de fondus…

samedi, 02 mars 2019

Vacances romaines...

 

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Merveille va avoir douze ans demain.
Merveille est une « bonne élève ».
Alors Merveille fait partie des heureux élus qui iront à Rome au mois d’avril avec l’école.
Elle sait déjà qu’elle visitera le Colisée, qu’elle jettera une pièce dans la Fontaine de Trevi où Audrey Hepburn a fait la même chose.
Elle nous a dit qu’elle ira voir la Chapelle Sixtine et la basilique Saint Pierre.
Comme je suis un gentil papy, je n’ai pas (encore) dit « Ils vont être drôlement contents au Vatican, de voir arriver tous ces gosses… »
Bon, il faut bien l’avouer, je suis très fier de Merveille.
En y réfléchissant un peu, je me dis que ce n’est pas si bien que ça qu’elle voie tant de choses.
Elle va faire des comparaisons.
Et ça risque bien de n’être pas à mon avantage.
Peut-être même, vu son goût pour les bruns mats, va-t-elle remarquer un de ces « ragazzi » dont la réputation (détestable évidemment) n’est plus à faire.
Enfin, Merveille grandit et c’est très bien.
Je sais même qu’elle se défend très bien et sait se faire respecter.
Et pas qu’en matière scolaire…
Je vous le dis, cette petite est parfaite !
Je le sais bien, je la connais depuis son premier coup de soleil, celui que lui valut l’ictère du nourrisson…

vendredi, 01 mars 2019

L'écume des jours...

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Il y a des jours, comme ça…
Des jours où vous envisagez sereinement de jeter par terre la lumière de vos jours et de la piétiner.
Pourquoi vous parlé-je de ça ?
Parce que, comme d’habitude, hier nous sommes sortis pour faire quelques achats.
Certes, il faut le faire.
Certes, il y a des tâches à exécuter avant de sortir.
Certes, il y a des obligations à remplir.
Certes, il faut au moins être propre avant de mettre un pied dehors.
M’est venu, sur le dernier coup de cinq heures, une question.
Nous sommes généralement prêts vers onze heures du matin.
Je me suis donc hier demandé pourquoi Heure-Bleue regardait par la fenêtre régulièrement.
Je me suis donc hier demandé pourquoi la lumière de mes jours reculait de quart d’heure en minute le moment de sortir faire les courses.
Je me suis donc hier demandé pourquoi la même chose se reproduisait si souvent.
Le matin même, je m’étais lavé les cheveux, j’aurais dû me rappeler que chaque fois la même scène se jouait.
Heure-Bleue regarde le ciel depuis la fenêtre puis dit « Hmmm… Le temps se couvre… »
Heure-Bleue retourne s’asseoir et boit une gorgée de Ricoré puis se lève de sa chaise.
À ce moment j’enfile mon caban car je pense naïvement que nous allons partir.
« Minou, attends ! Je ne suis pas prête ! »
Je sais bien mais j’oublie chaque fois… Elle doit trouver ses chaussures, doit vérifier que son sac contient bien tout ce qui est prévu, même un livre.
Oui, la lumière de mes jours met un livre dans son sac pour aller au Monop’…
Heure-Bleue, après un dernier regard par la fenêtre, dit enfin « Minou on y va… »
Le ciel et les trottoirs sont encore gris clair quand nous descendons.
Arrivés au rez-de-chaussée, la victoire d’Heure-Bleue est complète !
Le ciel et les trottoirs sont devenus presque noirs.
J’ouvre la porte et nous sortons dans la rue.
Cinquante mètres à peine parcourus, il se met à pleuvoir.
Avec un culot d’acier Heure-Bleue me dit, surjouant jusqu’à avoir l’air surpris « Il pleut ! Pourquoi, dès qu’on sort il se met à pleuvoir ? »
Je réponds, « peut-être que si tu n’attendais pas qu’il se mette à pleuvoir pour sortir, on ferait les courses au sec… »
 Avec un sang-froid de tueur en série, elle m’assène « bon, qu’est-ce qu’on mange ce soir ? »
Quant à moi, je rengaine l’idée de la pousser sous le 95 qui vient d’arriver.
Vous savez ce que donne sur des cheveux propres une pluie fine qui tombe après une semaine de « pollution aux particules fines » ?
Eh bien, vous avez une chevelure de vagabond après deux mois sans hébergement d’urgence…

jeudi, 28 février 2019

Démon et Merveille

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Dimanche, Merveille sera « grande ».
Dimanche, Merveille fêtera son douzième anniversaire.
Je sais déjà que Merveille sera ravie de fêter son anniversaire.
Je sais aussi qu’elle sera désolée d’être si mal comprise.
Par ceux qui lui ont donné le jour.
Par ceux qui ont donné le jour à ceux qui lui ont donné le jour.
Elle sera désolée que personne ne comprenne que, comme elle nous l’a déjà dit « elle veut vivre, simplement vivre… »
Je l’entends soupirer de mon écran…
Cela dit, reste quand même un problème : Que lui offrir pour son anniversaire ?
Nos « enfants » étant déjà, selon nos petits-enfants, « des vieux », il n’est pas question d’envisager des cadeaux comme des livres ou des effets.
Je vois d’ici la moue vaguement dégoûtée de Merveille, le chuchotement d’un « merci » à peine murmuré et dit à contrecœur.
Une seule solution pour sortir de cette indécision : Appeler l’Ours.
La lumière de mes jours a donc appelé le fruit de ses entrailles –nom de dieu ! Quelle expression qui couperait l’envie d’avoir un bébé à n’importe quelle femme !-
Le bilan de l’appel fut maigre.
On nous donna néanmoins une information d’importance.
P’tite Sœur sait « faire du vélo » !
Hélas P’tite Sœur a l’oreille sensible…
Elle disputa son père pour avoir « trahi un secret ».
Heure-Bleue souffla alors à l’Ours de dire à P’tite Sœur « tu n’as qu’à dire qu’on n’a pas entendu, qu’on est sourd »
L’Ours s’en tira donc grâce à cette pirouette que je trouve particulièrement inélégante.
« Mais non, ma fille, tu peux leur dire toi-même, ils n’ont pas entendu, Papy et Mamie sont sourds. »
Soulagé, l’Ours passa son téléphone à P’tite Sœur afin qu’elle annonçât elle-même la grande nouvelle à Mamie.
Mamie écarta brutalement le téléphone de son oreille, j’eus l’impression qu’elle eut alors un acouphène sévère.
Elle félicita néanmoins P’tite Sœur et lui demanda si elle voulait annoncer la nouvelle à Papy.
Heure-Bleue me tendit le téléphone qu’imprudemment je collai contre l’oreille.
- Bonjour P’tite Sœur, alors tu as quelque chose à me dire ?
- BONJOUR PAPY !!!! JE SAIS FAIRE DU VÉLO !!!
Je sentis mon tympan gauche rejoindre l’autre !
P’tite Sœur venait de m’exploser l’oreille gauche !
J’ai failli penser « la garce » puis je me suis rappelé que l’Ours avait prétendu que nous étions « durs de la feuille ».
J’eus quelques secondes de bourdonnements d’oreille suivis de l’impression d’avoir la tête sous l’eau. Je réussi cependant à ajouter :
- Sans les petites roues sur les côtés ?
- OUI PAPY !!!
Comme je suis gentil, je n’ai même pas dit « Eh ! Je ne suis pas sourd, P’tite Sœur ! »
J’espère que nous n’allons pas passer un dimanche à entendre P’tite Sœur hurler chaque fois qu’elle adressera la parole à Papy ou Mamie.
Il est bien sûr un peu tard pour renier l’Ours.
Je dois dire que j’ai trouvé hier soir l’idée plutôt séduisante…

mardi, 26 février 2019

Les uns et les autres se cachent, mirent...

Je ne le referai plus, promis, j'ai honte...

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J’écoutais la radio.
Celle du matin.
Celle qui me donne parfois des informations que je n’entendrai plus de la journée.
Celle qui le reste du temps, m’intéresse avec des émissions variées, sur les sciences, humaines ou physiques.
Celle qui m’amuse à d’autres moments avec des émissions politiques.
Celle qui me pousse parfois à réfléchir quand un philosophe me dit ce qu’est le monde.
Celle qui me fait remarquer après coup que dès qu’il s’agit de sciences physiques, tout le monde est à peu près d’accord sur le peu qu’on sait des règles qui régissent l’univers.
Celle qui, alors me pousse à me demander comment des philosophes, censément connaisseurs des mouvements de nos cœurs et de nos cervelles, sont si peu d’accord entre eux.
Un peu comme les économistes qui sont des philosophes du pognon.
Il n’y en a pas deux d’accord sur le sujet et néanmoins ils nous expliquent que c’est une science.
Mais ce n’est pas de ça que je voulais vous parler.
Je voulais vous parler d’une publicité.
La publicité d’une marque de chaussettes.
On me propose alors un choix intéressant.
Parmi toutes ces chaussettes qui ne demandent qu’à être dépareillées dès la première lessive hebdomadaire, un alinéa me frappe : « chaussettes en cachemire ».
Mon écoute devient moins attentive, je me mets à rêvasser et dis enfin à Heure-Bleue :
- Tiens, je n’ai jamais eu de chaussettes en cachemire…
- Quand j’ai voulu t’en acheter, tu n’en as pas voulu, Minou…
Je ne suis pas un « regretteur » mais je dois dire que je me dis que j’ai eu tort de refuser ces chaussettes.
Aaahhh… Que j’aurais aimé pouvoir téléphoner à la boîte un lundi et expliquer à la dame du standard que je ne pourrais pas venir de la semaine.
Cloué au lit, abattu par une miette de croissant.
Au beurre le croissant, faut pas déconner non plus.
Quand même, quelle idée séduisante…
Mis sur le flanc pour huit jours, le pied crevé par une miette de croissant dans ma chaussette en cachemire.
Le pied, quoi…
Autrement grave et angoissant que tout ce dont m’abreuve ma radio ce matin.