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jeudi, 07 février 2019

Les tas d’urgence…

Ne dites rien lectrices chéries, j’ai déjà honte…mauvaise.jpg

Hier, nous sommes allés nous balader après avoir déjeuné d’un « bô bun » chez « Notre cantine », petit restaurant vietnamien près du cimetière de Montmartre.
Nous sommes descendus jusqu’à l’Opéra en flânant tranquillement.
Comme souvent, nous avons terminé notre promenade rue Auber, à l’Opéra.
A l’arrêt du 95 une voix rappelant celle d’Arletty dans « Hôtel du Nord » nous interpella.
La dame n’avait pas une gueule d’atmosphère mais presque…
Cette pauvre femme était perdue dans des désirs contradictoires, oscillant entre le « C’était mieux avant » et le « Ça ira mieux quand on les aura virés ».
Elle pestait après le 95 précédent, rempli de poussettes elles mêmes remplies quasiment d’ados fainéants se faisant trimballer par leurs parents.
« Les mômes, y veulent pus marcher maint’nant ! À cinq ans, y sont dans leur poussette ! Pas moyen qu’y marchent ! »
Heure-Bleue, indulgente et gentille avait beau dire « Ce sont des femmes qui partent travailler tôt le matin et les petits dorment… » rien n’arrêtait la vindicte de la dame.
Sentant que l’affaire des « petits feignants » n’allait pas être rentable, la dame attaqua avec les « Gilets Jaunes ».
«  C’est des bandits ! Y z’ont cassé l’Arc de triomphe ! »
J’ai tenté de dire « Ce sont des gens qui réclament de vivre un peu mieux, c’est tout, si vous mettez dix mille personnes dans la rue, il y aura toujours une douzaine de casseurs. »
Heure-Bleue a dit « Ces gens veulent seulement que la fin du mois n’arrive pas le dix du mois, il faut les comprendre… »
J’ai entendu la dame penser « Damned ! Encore raté ! »
Elle a alors soutenu farouchement les « Gilets Jaunes » qui pour une bonne part  touchaient comme elle une misère à la fin du mois.
« Y z’ont protégé la Tombe du Soldat inconnu » quand les casseurs ont voulu la casser ! »
Elle ajouta « D’ailleurs, paraît que le deuxième gosse d’avant son mariage, c’est Hollande qui lui a fait… »
« Surlecuté » par cette nouvelle d’importance,  j’ai demandé « mais comment… » je n’ai pas eu le temps de finir.
« Je suis retraitée de la Ville de Paris, ben j’peux vous le dire qu’Hidalgo, elle a le cul plus large que le porte-monnaie ! Je touche 1078 € de la Ville et 56  € du privé ! »
Heure-Bleue a dit « ça ne fait pas gras, mais bon, j’étais libraire et… »
Et la dame de reprendre « tout ça c’est la faute des… »
Quand le bus est enfin arrivé, j’avais retiré de cette conversation quasiment monologue que le mieux ce serait qu’il n’y ait ni Arabes, ni Noirs, ni Europe, ni « Gilets Jaunes », ni socialistes, ni droite, ni gauche, ni étrangers, ni chômeurs, ni communistes, ni retraités, ni jeunes, ni vieux…
Je me suis senti menacé.
Puis rassuré quand elle est montée à l’avant du bus et nous à l’arrière.
Comme c’était un « bus à rallonge », ça nous a protégés d’un nettoyage ethnique que je craignais assez large et peu regardant sur la cible…

lundi, 04 février 2019

Les raisons de la colère…

Ouais, bon…  


Mais qu'a donc bien pu écrire Saul Smitger à Miss Sarah
pour que celle-ci soit si en colère ?...

Je compte sur vous pour enquêter. 

lakevio.jpg

                             Chère, très chère Sarah,
Je dois te dire que j’ai vu ton fils sortir de ta chambre. Jules avait tout l’air d’un gamin qui a commis un larcin quelconque. Je pense que tu devrais le surveiller un peu plus. Déjà que beaucoup de gens se demandent pourquoi ils devraient t’appeler « Miss » alors que tu emmènes cet enfant à l’école chaque jour de la semaine…
Ce garçon, que j’aime déjà comme mon fils, a manifestement besoin d’un père. Il serait temps je crois qu’il l’ait enfin et tu sais .que je rêve d’être ce père.
Et plus encore d’être ton mari…
Tu sais que je serai toujours là pour toi.
Ton dévoué.

Saül.

                                             *****

Elle va me punir, c’est sûr…
- Qu’as-tu fait Jules !
- Mais rien maman !
- Tu me prends pour une idiote ? Où as-tu pris ça ?
- Je l’ai trouvé…
- Tu sais que je n’aime pas quand tu mens !
- C’est parce que…
- Parce que quoi !
- Il était bien plus drôle que le mien.
- Tu sais que je n’aime pas que tu fouilles dans mes affaires.
- Mais je n’ai pas…
- Tais toi !
Elle va me battre, j’en suis sûr alors que je n’ai rien fait de grave.
- Donne-moi ça, tout de suite !
Je ne sais pas pourquoi elle est dans une telle colère.
Pourtant ce n’est qu’un canard et il est bien plus drôle que le mien, il avance tout seul sur le plancher en faisant « bzzzz ».
- Et que je ne te reprenne pas à fouiller dans ma table de nuit !
Là j’ai bien cru qu’elle allait me battre mais non.
Elle a juste rougi en me reprenant le canard…

samedi, 02 février 2019

La jeunesse donne des zèles parfois...

Ce samedi, aujourd’hui donc, nous sommes allés manger un « döner » chez notre Turc préféré.
Ça faisait longtemps…
C’est juste avant de mordre dans le sien qu’Heure-Bleue m’a dit « Tiens ! On n’aura jamais emmené Süzel ici… »
Ça a fait passer un nuage de tristesse sur la table…
Heureusement, nos voisins de table nous ont distrait un moment.
D’abord parce qu’ils parlaient en des langues aux sonorités connues mais néanmoins changeantes suivant le moment de la conversation.
Je leur ai demandé quelles langues ils utilisaient.
Lui m’a répondu « Le turc et le syriaque, comme le patron du restaurant ».
Elle a ajouté « l’arabe littéraire et le syrien aussi, nous venons de la région d’Antioche. »
La dernière fois que j’avais entendu parler d’Antioche, c’est en lisant les Évangiles…
Tous deux nous ont répondu en un français qui fleurait les écoles Jésuites du Moyen-Orient.
Nous pensons qu’ils parlent l’anglais, probablement avec la même fluidité.
Quand je l’ai vu lui, mordre dans un piment, je n’ai pu retenir un « sshhh ! », ce qu’on fait habituellement en regardant un accident se produire.
Il a levé les yeux et dit platement « je ne peux pas manger s’il n’y a pas de piment…  »
Là-dessus, il en a pris un second, l’a aspergé de citron, d’une pincée de sel et l’a croqué avec délices.
C’est la première fois que je vois quelqu’un arroser une assiette déjà copieusement épicée, de poudre de piment « sinon c’est un peu fade ».
Après ce déjeuner, instructif comme tous ceux que nous prenons chez notre Turc, nous sommes partis  tranquillement vers « les passages ».
Nous avons vu au passage la rue de Trévise dévastée par l’explosion due au gaz.
Quelques fenêtres et vitrines soufflées témoignaient de la puissance de l’explosion jusqu’à la rue Montmartre.
L’absence de bus, rendus prudents par les « gilets jaunes », nous a contraints à continuer notre promenade presque jusqu’à la place de l’Europe pour y prendre le 80, seul bus qui nous rapprochait de chez nous.
Le voyage fut agréablement animé par un trio de filles qui discutaient des mérites et risques qu’il y avait à boire du Coca.
- Le Coca, je bois du sans sucre, ils ne mettent pas de sucre ils le remplacent par de l’asperg… Asprot… Du faux sucre…
- Moi je bois du normal.
- Si t’en bois trop, tu vas avoir du diabète !
- Oui mais avec le faux sucre, tu risques le cancer…
La troisième est alors intervenue, très sagement.
- Moi je bois de l’eau.
- Ah ?
- Oui, ma mère dit que le Coca ce n’est pas bon.
Celle qui le boit nature s’est récriée :
- Mais non ! C’est bon ! Surtout avec du vrai sucre !
La « no coke » a clos par :
- Et en plus, avec le faux sucre tu peux même attraper le cancer de la prostate…
Quand je vous dis que le monde vacille sur ses bases.
Elles sont descendues au même arrêt que nous.
Elles avaient entre dix et douze ans…
Elles m’ont rassuré sur la persistance de l’enfance dans notre monde féroce.

vendredi, 01 février 2019

Temps plus jeune ? Temps plus vieux !

TRANSISTOR2light.JPG

Je lisais il y a quelques minutes le commentaire laissé par une lectrice chérie.
Il y était question d’un de ces multiples bidouillages des années soixante.
Permis par la croissance de l’époque et les composants disponibles à foison.
Qu’ils fussent issus des surplus de l’armée ou de lots censément détruits par devant huissier par les fabricants et qui finissaient dans les boutiques comme dans les radios et téléviseurs fabriqués par une nuée de petites entreprises.
Cette commentatrice parlait ainsi d’un « écouteur rose prothèse monstrueusement gros ».
Il m’est alors revenu ce qu’il y avait à l’autre bout du fil de cet écouteur que j’ai encore dans les yeux.
Enfin, dans l’œil…
En réalité dans l’oreille…
J’ai repensé donc à un transistor dont j’ai retrouvé par hasard une pièce dans le bor…azar qui m’accompagne depuis toujours.
Je sais qu’encore aujourd’hui, caché quelque part, il y a encore « OC71 », semi-conducteur au germanium né en 1954 et qu’on trouvait à foison dans des boutiques comme « Radioprim ».
J’adorais cette boutique de la rue de l’Aqueduc, près de la Gare du Nord.
C’était la seule boutique de bidouille en « libre service ».
Avec d’autres élèves du lycée saisis du démon de la bidouille, nous allions y passer un moment avant de rentrer à la maison.
Nous errions dans cette caverne d’Ali Baba et je sais que parmi ce que nous avions en sortant, tout n’avait pas forcément fait l’objet d’un paiement…
Nous n’étions pas des voyous, évidemment.
Mais il y a toujours cette zone grise entre le bandit et le saint, n’est-ce pas…
Cette lectrice chérie a apparemment fait ou écouté une de ces radios crachotantes, « inréglables » et instables, montées « comme le bon dieu à fait les bossus » autant dire, « à vue de nez ».
Ces montages ressemblaient à une pelote de composants, un « nid de pie » dont le désordre empêchait le fonctionnement stable pourtant attendu de montages réalisés par des génies tels que nous autres, gamins du début des sixties.
En fouinant sur le Web, j’ai trouvé une photo de ce qui ressemble la plus à nos tentatives maladroites d’entrer dans le XXIème siècle.
Ça ressemblait assez à ça mais avec des composants moins « modernes ».

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Mais on s’était drôlement bien amusé à faire ça.
Plus tard on a préféré attendre les filles à la sortie de Jules Ferry ou de Lamartine.
Autres temps, autres jeux…

jeudi, 31 janvier 2019

Voyage dans la Lune.

Que je vous dise, lectrices chéries :
Non, votre Goût adoré n’est pas le créateur de cet admirable « J’ai dû m’endormir en sursaut ! » qui semble vous plaire beaucoup.
Il convient donc de rendre à César ce qui appartient au regretté Franquin.
En effet, ainsi se justifiait Gaston Lagaffe, serré par Fantasio ou Prunelle en train de glander aux frais de Monsieur Dupuis.
Cela dit, ce n’est pas de ça que je voulais vous parler de prime abord.
Je voulais vous parler lectrices chéries de l’occasion qui m’est donnée de revivre ce moment passionnant de ma jeunesse.
Et ça ne paraît pas, mais reculer de cinquante ans sans effort est une occasion à ne pas rater.
Un documentaire de CNN Films sort bientôt.
Je me précipiterai  dès qu’il arrivera sur nos écrans.
Ouais, lectrices chéries ! « Apollo 11 » que ça s’appelle !
J’avais vingt ans quand les Etats-Unis ont réussi à envoyer trois types sur la Lune.
Ils ont même réussi à les faire revenir.
C’était émouvant.
Rien que le décollage d’un cigare géant de près de cent-quinze mètre de haut plein de liquides qui ne demandent qu’à exploser dès qu’on les mélange, ça vous avait une de ces gueules !
J’en frissonnais d’émotion.
En plus, à l’époque j’étais encore gentil.
Je veux dire par là que, bien que de gauche, je n’étais pas comme Waldeck Rochet, en train de souhaiter intérieurement l’explosion du monstre au décollage…
Je suis sûr qu’il pensait « Boum ! Trois capitalistes de moins ! » en entendant s’égrener le compte à rebours.
Le voyage dura plus de trois jours. Trois jours de suspense.
Mon père et moi passions du temps devant la radio et, le soir, devant la télé des voisins.
Au café du coin, les querelles habituelles sur la politique avaient provisoirement cessé.
Même « LE » communiste du coin s’était calmé, saluant platement l’évènement d’un « Si les ricains n’avaient colonisé économiquement la moitié du monde, z’auraient pas pu se payer un jouet comme ça ! Fumiers ! »
Nos trois héros arrivèrent enfin sur la Lune.
l’ORTF avait mis les petites caméras dans les grandes.
L’instant fut unique.
Neil Armstrong a mis le pied sur la Lune.
Le silence sur Terre, du moins dans le bistrot resté ouvert pour l’occasion, fut assourdissant.
Même Michel Anfrol s’est tu.
Rien que ça souligne l’importance de l’exploit.
Ceux qui, comme moi ont assisté à l’alunissage du LEM, savent combien faire taire Michel Anfrol, le journaliste le plus prolixe de l’ORTF était une performance…
Donc, lectrices chéries, j’attends ce documentaire avec impatience.
Cette fois, avec la prudence due aux années, je n’aurai pas l’envie de faire une fusée.
Je ne pouvais perdre qu’un œil.
Ce fut fait…