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vendredi, 19 février 2021

69ème devoir de Lakevio du Goût

Devoir de Lakevio du Gout_69.jpg

Je ne sais pas si vous aimez les toiles de Maurice Utrillo.
Quant à moi, je les aime.
Elles m’inspirent toujours quelque chose.
Et vous ?
Aurez vous quelque histoire à raconter lundi, ayant cette toile pour support à votre imagination ?
Alors à lundi…

jeudi, 18 février 2021

Le fond de l'air effraie...

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Je me suis levé ce matin, tranquille après un bisou sur l’épaule de la lumière de mes jours qui faisait semblant de dormir et qui sait bien que je sais qu’elle ne dort pas.
Après une visite mardi chez le médecin à  qui j’avais longuement expliqué qu’à l’instar de la lumière de mes jours il y a une ou deux – ou trois- décennies, je n’avais pas mal au dos mais un cancer du dos, pas mal au genou mais un cancer du genou.
Bref, qu’au moindre pet de travers je me voyais assailli par une armée de crabes qui se jetaient sur tous mes organes pour les bouffer.
Il m’a regardé, m’a palpé le bas du dos et a lâché « bon… »
Après quelques phrases il a fini par dire « J’ai de la chance. Je vois du monde. Tous ont quelque chose, pas vraiment malades mais comme vous… La période est difficile à vivre. »
Il s’est mis à griffonner et a continué « ne pas voir grand monde, rester cloîtré autant que possible, éviter ses proches… Tout ça ce n’est pas bon pour le moral… »
Il m’a tendu une ordonnance.
Il m’a donné un anti-inflammatoire pour une courte période, et, ô surprise, à moi qui ne prends jamais rien, il a prescrit un anxiolytique !
Bon, en réalité je prends un comprimé tous les deux ans pour attendre le résultat du scanner.
Sachant que les deux premières années qui suivirent ma mésaventure crabesque, j’eus deux scanners par an puis un par an pendant cinq ans et un tous les deux ans depuis six ans, j’ai pris en quinze ans dix comprimés.
Le soir même, après avoir pris cette pilule magique, la vie m’apparut plus intéressante.
Je dormis du sommeil du cancre et me suis réveillé le lendemain frais et dispos.
Ne subsistait que ce fichu mal de dos et celui du genou droit auquel je suis habitué depuis bientôt soixante ans.
Ce matin, tous va bien, j’ai bu mon café en admirant un vol de coquecigrues absolument magnifique.
La coquecigrue est un piaf presque aussi beau que le sîmorgh mais à mon avis bien plus chouette que les filles d’Electre ou même Phénix.
Et puis, la coquecigrue est un piaf de chez nous.
On importe assez de choses sans en plus importer des oiseaux de légende.
Bref, ce matin, tout va bien.
Heure-Bleue a passé « le test », elle n’a pas « la » Covid.
Et elle a tant d’autres choses…
Alors cet après-midi on va aller acheter une machine à café car la nôtre, après huit ans d’expresso, se met à fuir.
Ce sera bien…

mardi, 16 février 2021

FLE ou « deux broquilles d’argomuche »

Ce matin, j’ai entendu parler très vaguement et pour la première fois depuis longtemps de « costaud des Batignolles ».
Pas de « voyou de Saint-Ouen » comme il était courant il y a… Tout ça… Quand on parleit plutôt de « marlous ».
Il m’est alors revenu une conversation à laquelle j’assistais dans l’entreprise où je travaillais.
Un jeune homme venait d’arriver, il est devenu un ami avec qui je correspond encore de temps à autre.
Nous nous sommes croisés au mois de novembre 1973.
J’avais quant à moi commencé à travailler au mois de juillet 1973.
Lui, bien que plus jeune que moi de quelques années, avait déjà « roulé sa bosse » depuis l’âge de quatorze ans.
Il était né et habitait Saint-Ouen.
Il n’était pas un voyou quoique par moment, il avait de la morale une conception plutôt élastique.
Mais ce qui me plaisait le plus chez lui, c’était son langage.
Il usait d’un langage fleuri, appris dans les rues de son quartier.
Pour moi qui disait « merde ! » deux fois par an, ça me paraissait extraordinairement riche et imagé.
Ça donnait parfois à ses phrases un côté étrange, il me fallait une traduction pour suivre la conversation.
C’est ainsi qu’un jour, lui et un autre ayant eu la même formation dite « l’école de rue » conversaient.
Mon copain avait vu à la télévision un documentaire sur la vente des « Yearlings » à Deauville.
Ça avait mal commencé pour moi.
La retranscription n’est pas verbatim mais l’essentiel y est.
Mon copain a dit à l’autre :
- T’as vu le truc sur les canassons ?
- Non… Quoi comme canassons ?
- Les beaux, pas les haridelles de la cambrousse, ceux des courtines.
- Les courses comme à Auteuil ?
- Ouais, celles où le gnasse claque son chômedu.
Ça commençait mal pour moi.
J’avais du mal à suivre.
Mon pote a repris :
- Tu sais que c’est vachement marle un canasson de courtines ?
- Un peu, c’est finaud des arpions ces bestiaux.
- Ouais…
Il a réfléchi à la meilleure façon de traduire sa pensée et a conclu :
- Quand tu les mates en train de guincher, t’as toujours les jetons qu’ils se pètent une guitare…
Là, j’ai finalement demandé « Mais ça veut dire quoi ? Je ne comprends rien à ce que vous racontez ! »
Ils m’ont traduit.
J’ai tout compris.
J’ai même fini par apprendre leur langage.
Et c’est la que j’ai compris le vrai sens de « prof de FLE », le professeur de « Français Langue Étrangère ».
Et ça me fait penser à Adrienne qui n’a pas dû rigoler tous les jours selon les endroits où elle a entendu parler français…

 

lundi, 15 février 2021

Devoir de Lakevio du Goût N° 68

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Cette toile de Pissaro vous inspire-t-elle ?
Je l’espère…
Le mieux serait que vous commençassiez ce devoir par :

« Il semble que ce qui vous pousse brusquement à la fugue, ce soit un jour de froid et de grisaille qui vous rend encore plus vive la solitude et vous fait sentir encore plus fort qu’un étau se resserre. »

Et que vous le terminassiez par :

« Je vais laisser cette lettre en suspens… »

Ce serait vraiment bien, je vous assure.

***

Il semble que ce qui vous pousse brusquement à la fugue, ce soit un jour de froid et de grisaille qui vous rend encore plus vive la solitude et vous fait sentir encore plus fort qu’un étau se resserre. 
Et c’est ce qui vient de me frapper.
Elle se dégage de mes bras et s’en va sans un mot. Elle s’enfuit.
Et je ne comprends pas, je ne comprends rien…
Il fait froid, un étau me serre la poitrine, effet de la solitude qui m’étreint comme elle l’étreint sans doute.
Elle est partie soudain, fâchée par une parole maladroite.
Je la regarde, incapable d’un geste, tandis qu’elle marche d’un pas vif sur le Pont Neuf, le dos contracté par la peine et le ressentiment plus encore que par le froid.
Paralysé, bêtement appuyé contre le socle de la statue d’Henri IV je la regarde s’éloigner.
Je me décide à contrecœur à rentrer chez moi chez moi, triste comme un jour sans pain
Triste comme tout jour sans elle.
Le quai atteint, je suis submergé par le chagrin.
Blessé par la vague réminiscence d’instants qui se mettaient à surnager sur la mer de ma mémoire, comme les débris d’un lien qui flottaient, ballotés et sans but autre que se cogner à mon esprit, histoire de me faire souffrir plus encore.
La Seine traversée, j’ai emprunté le quai qui jouxtait le Louvre.
J’avançais avec difficulté car ce n’étaient pas les jambes qui me faisaient défaut, c’était plutôt cette sensation d’avancer difficilement, toute la poitrine pressée par une énorme pince qui m’écrasait le cœur.
Je n’ai pas prêté attention à la passerelle des Arts, pas plus qu’au pont du Carrousel.
Mon avancée malheureuse le long du fleuve me rappelait ma douleur à chaque pas, à chaque banc.
Un éclair de lucidité me ramena à une plus juste vision des choses.
Quel imbécile égoïste j’étais !
« Ma » douleur, « Ma » peine, « Mon » amour, « Ma » solitude.
Non mais quel c… !
Et elle ? Sa douleur ? Sa peine ? Sa probable sensation de perte irrémédiable ?
Qu’est-ce que je croyais ?
Qu’elle n’avait pas mal ? Que je ne l’avais pas blessée ?
J’ai pris le petit escalier et suis entré dans les Tuileries.
Après avoir trouvé une chaise à l’abri, près de l’allée de Diane, je me suis mis à penser à sa souffrance à elle et à mon comportement.
Serrant les paupières pour éviter que les larmes ne perlent, j’ai commencé à écrire dans mon esprit la lettre que je lui enverrai dès que l’encre en serait sèche.
Les mots coulaient seuls, lui redisant mon regret de l’avoir blessée, le désir que j’avais de la consoler et bien d’autres choses que je n’ose aborder habituellement.
Je me découvrais soudain un talent ignoré.
Celui de parler d’amour, moi qui n’avais jamais su en parler…
À croire que le linceul de solitude qui m’enveloppait me permettait enfin d’entrevoir l’âme des autres au lieu de me contempler stupidement.
Alors je me suis levé, ai rangé dans ma mémoire, tout ce que je venais d’y écrire.
Je le coucherai sur le papier en arrivant chez moi c’est sûr.
En attendant, espérant n’en pas perdre un mot,  
je vais laisser cette lettre en suspens… 

vendredi, 12 février 2021

Les doigts gelés...

J’ai failli écrire quelque chose hier matin.
Quand je me suis levé, histoire de n’être pas en caleçon quand le type de la chaudière arriverait, il faisait à peu près 16°C dans la maison.
J’ai ramené la pression d’eau à sa valeur normale dans la chaudière car la nuit avait vu disparaître la pression d’eau dans le circuit, d’où l’arrêt total dans la nuit…
Au plus fort de mon courage, j’ai hésité.
Allais-je passer le reste de la journée dans les toilettes ?
Il y fait à peu près tiède pour des raisons obscures et je me suis dit qu’enfermé là avec mon bouquin était une option intéressante…
Hélas, la lumière de mes jours n’est sûrement pas de cet avis.
Alors j’ai préparé son petit déjeuner, ai pris le mien et me suis « précipité très lentement » dans la salle de bains, c’est à dire avec l’idée d’y être très rapidement mais en prenant mon temps.
À l’idée de retirer le peu d’oripeaux que j’avais sur le … sur le dos, je frissonnais déjà.
Mes jambes, qui ne sont plus les merveilles musclées qu’elles étaient conservaient encore assez de poils pour qu’elles se transformassent sous l’effet du froid en une sorte de paire d’écouvillons géants, de ceux qui devaient servir à Bacchus pour nettoyer des bouteilles que je supputais gigantesques.
Nu comme ma maman m’avait fait, mais plus vieux et moins mignon, je me suis dépêché d’aller dans la chambre pour me vêtir.
J’en ai profité pour faire le lit pendant que la femme de ma vie était dans la salle de bains, évènement rare à cette heure matutinale.
Puis couvert d’une couche de coton et deux couches de cachemire, je me suis mis devant mon clavier.
Une cervelle, telle celle d’une poule devant une fourchette, encombrait mon crâne où elle ne faisait qu’assurer les fonctions réflexes comme la respiration, la digestion et en outre tenait un peu chaud à mes cheveux…
Du coup, ce matin, j’ai craint entendre le voisin frapper à la porte et me dire avec un air inquiet « alors que vous geignissiez ainsi devant la porte j’eus peur que les choses empirassent au point que la conjugaison du verbe coudre m’échappât et que je fusse incapable de dire « Mon dieu ! Il eût pourtant fallu que vous cousissiez cette tenture avant que nous nous aperçussions de son triste état ! » ce qui m’aurait fort marri ! »
Bon, je connais mon voisin et habituellement nous conversons de façon plus décontractée mais il faut bien que je vérifie de temps à autre que malgré la lecture des nouvelles telles qu’écrites sur mon navigateur, je me rappelle comment conjuguer les verbes en français.
Voilà à quoi je suis réduit les matins sans chauffage pour me réchauffer les doigts.
Mais je n’ai toujours rien à vous dire.
Pourvu que le mec du chauffage fasse le boulot !