jeudi, 02 novembre 2017
Le vertige fasse Ovide !
De rien Mab, de rien…
Aujourd’hui, ignorant de L’Art d’aimer, je ferai de la publicité, histoire d’achever mes métamorphoses.
Je ne vous parlerai donc pas des Amours, pour ne pas vous parler des Remèdes à l’amour.
Je me satisferai des Tristes Fastes des Fards mais ne vous parlerai pas des Soins du visage.
Tout ça pour vous dire que TC, le bienaimé de Milky est l’heureux et courageux éditeur de la nouvelle traduction des Métamorphoses d’Ovide.
Ce souvenir à la fois doux et amer de mes années studieuses.
Année de quatrième où on nous annonça qu’une œuvre immortelle d’Ovide nous serait enseignée et nous pourrirait nos jeudis soirs et dimanches soirs de thèmes et versions diverses.
Accompagné d’une bande de gamins obsédés, comme eux je rêvai d’une étude approfondie de « L’Art d’aimer ».
Comme mes camarades obsédés, je fus terriblement déçu de devoir piocher des morceaux des Métamorphoses dans le Morisset-Thévenot et le petit fascicule Hatier.
Voilà tout ce que m’a inspiré la vitrine de la librairie « Comme un Roman », rue de Bretagne.
Mais c’est quand même agréable de constater que la vitrine d’une librairie vous rappelle une amie et vous fasse rajeunir la cervelle de plus de cinquante ans.
Alors qu’il est si facile d’oublier ses parents et qu’il est impossible de rajeunir un genou, ne serait-ce que de vingt ans…
10:58 | Commentaires (12)
mardi, 31 octobre 2017
Un regard sans concessions…
Samedi il faisait beau.
Heure-Bleue voulait aller au cimetière de Montmartre.
Je le connais.
J’y ai même des relations.
Essentiellement artistiques je dois dire.
Mais pas que.
Il y a une chose que j’apprécie dans les cimetières, c’est le calme des résidents.
On ne les entend pas.
Mais à regarder certaines sépultures, je ne peux m’empêcher de penser que certains ont quand même une vision erronée de leur avenir.
Une d’entre elles m’a fait rire.
Le nom du locataire, d’abord.
C’était celui de la concierge du galetas où je vivais petit.
Cette dame qui avait la détestable habitude de serrer dans ses bras les enfants qui venaient chercher le courrier.
On en sortait en sentant vaguement le pipi…
À voir la tombe, que dis-je, le mausolée, je me suis dit avec une bonne soixantaine d’années de recul que le métier de bignole était plus rentable dans les années cinquante que celui de gardienne dans les années deux-mille…
Ah ! Ce mausolée ! Parlons-en !
Une espèce de vaisseau spatial de porphyre, agrémenté, si l’on peut dire, de faux drapés de bronze.
Le sépulcre « m’as-tu-vu ».
La tombe qui étale aux yeux d’un monde indifférent la fortune dont le mort ne savait pas qu’il n’aurait que faire une fois ad patres…
On sent bien là que, même mort, le cadavre est resté de droite !
Mais il faisait beau et la promenade fut agréable.
J’ai regardé les tombes, au cas où j’aurais connu celui ou celle qui l’occupe.
Je n’ai pas vu…
C’est aussi bien, je n’aime pas l’idée de voir sur une tombe le nom de quelqu’un que j’ai connu jeune et plein d’allant.
Déjà qu’on sait qu’on ne va pas échapper à la faux…
Que celui qui n’y a jamais pensé me jette la première pierre tombale.
Nous sommes ressortis en regrettant une chose : Qu’il n’y ait qu’une sortie.
Au cimetière, bien sûr, pas à la vie.
Nous avons donc repris l’avenue Rachel où les marchands de chrysanthèmes commençaient à vendre des fleurs qui n’étaient pas loin de l’état de ceux qui allaient les avoir sur le ventre.
Une chance que les morts ne voient pas et que les vivants soient aveuglés par les discours marchands…
Mais ce fut sympa.
Nous avons remonté le petit bout du boulevard de Clichy jusqu’à la place de Clichy, toujours peuplée de voyous.
Ces derniers ont la chance d’avoir vu les bourgeois qui leur servaient de gagne-pain remplacés par les touristes inconscients, dévoilant des rouleaux de biftons en achetant une Tour Eiffel dorée en plastique pleine fleur…
09:50 | Commentaires (17)
lundi, 30 octobre 2017
J'ai gagné mon Paris...
Elles étaient toutes les trois sur la place de la République, hier.
Elles participaient, avec d’autres femmes et d’autres hommes au rassemblement organisé pour dénoncer les violences faites aux femmes.
Ces trois filles parlaient doucement, l’air sérieux voire préoccupé.
L’une d’elle, la brune à l’air sérieux à dit :
- Ça y est ? Elle est enfin débarrassée de lui ?
« Brune sérieuse » disait ça à celle qui avait un pull bleu, celle qui semblait à peu près calme et sereine.
L’autre, la dernière semblait porter toute la misère du monde sur les épaules.
C’est elle qui répondit.
- J’en ai eu assez…
- Et alors ?
- Il a voulu une fois de plus me coincer sur l’escalier de secours…
« Brune sérieuse » a demandé :
- Tu as crié ?
« Pull bleu » a demandé :
- Tu l’as giflé ?
« La Triste » a commencé :
- Il a voulu glisser sa main dans…
« Brune sérieuse » :
- Où ça ?
« Pull bleu » :
- Pas dans ta… quand même !
« La triste », dans un sanglot :
- Si justement, et il m’a fait mal…
« Et alors ??? »
- Je l’ai poussé et il est tombé…
« Ce n’est rien. » a dit « Brune sérieuse ».
« Absolument » a dit « Pull bleu »
Les deux :
« Pfff… C’est pas grave… T’aurais pu faire pire ! » ont dit les deux.
« La triste » a dit « Ben si, on était quand même au quatrième étage… ».
Les deux autres n’ont pu s’empêcher de pouffer…
09:48 | Commentaires (14)
vendredi, 27 octobre 2017
Moyenne section.
Ma sœur cadette, celle qui a neuf enfants et vingt-et-un petits enfants, m’a téléphoné hier.
La benjamine l’avait appelée pour lui dire que nous avions « encore » déménagé.
Je vous ai sans doute déjà dit qu’en bas de chez moi il y avait un collège et que le manque d’entrain des enfants pour s’y rendre à huit heures avait tout d’une marche funèbre, en tout cas rien à voir avec l’énergie débordante qu’ils montraient pour en sortir à l’heure du déjeuner.
Ma petite sœur, la cadette donc, m’a appris incidemment que ma petite sœur, la benjamine donc, était allée dans cette école alors que j’allais au lycée.
Pourquoi je vous raconte ça, lectrices chéries ?
D’abord parce que ma petite sœur, la cadette donc, me l’a dit hier.
Aussi parce que quand je sors de mon « nouveau chez-moi », je remonte la rue Lamarck pour aller faire les courses ou prendre le bus ou me promener.
Je passe devant le mur du collège dont l’entrée est en bas de chez moi.
C’est un mur presque normal, avec des fenêtres protégées par une grille.
Une de ces fenêtres est étrange, elle fut une porte qui a été transformée en fenêtre.
Le haut est resté le fronton d’une porte d’école.
On y voit évidemment le bas-relief symbole de la ville de Paris.
Et deux lignes sont gravées dans la pierre qui surplombe la voussure de cette ancienne porte.
On y lit « École maternelle et Classes Enfantines ».
C’est par cette porte devenue fenêtre qu’entrait ma petite sœur, la benjamine donc…
Tout ceci, d’un intérêt discutable, m’amène à me rappeler autre chose.
Autre chose ramené à la surface de ma mémoire par la note de Célestine.
Une Célestine plus jeune qui m’a rappelé immédiatement quelqu’un qui est resté dans mon esprit depuis…
Bref, depuis longtemps.
Depuis la maternelle « moyenne section ».
Quelqu’un qui s’est aperçu incidemment que je savais lire et s’est donné la peine de m’apprendre « A l’enterrement d’une feuille morte ».
« Madame Comprade » n’a jamais quitté mon esprit depuis la classe de ce qui est devenu la « moyenne section ».
Je me rappelle « Madame Alain » qui nous faisait faire la sieste dans la classe devenue « petite section ».
Je me rappelle aussi, bien que je ne l’aimasse pas, « Madame Chenel » que trouvais méchante.
C’est elle qui demanda un jour à ma mère si j’étais tout à fait normal.
Mauvaise pioche !
Dire à ma mère que son fils « ma chair, mon sang ! » avait la cervelle de traviole était un coup à finir défigurée car ma mère avait des ongles beaux mais en acier trempé…
« Madame Comprade » m’aimait bien et était presqu’aussi grande que ma mère.
J’ai su depuis qu’elle était petite car ma mère mesurait un mètre cinquante.
Et puis, c’est dans la classe de « Madame Comprade » que j’ai appris, en dehors de Prévert que l’on pouvait avoir des yeux bleus.
Mais je crois que je vous ai déjà parlé de Malika.
Voilà où m’a amené ce matin la photo de la note de Célestine.
10:00 | Commentaires (12)
jeudi, 26 octobre 2017
Il y a des morceaux de vers partout.
Et ma cervelle est pleine de morceaux de vers.
Avant-hier, sur la petite place en haut de la rue, Heure-Bleue et moi avons déjeuné d’un « döner ».
Oui, maintenant, quand nous avons la flemme, plus exactement quand j’ai la flemme, de préparer le frichti du déjeuner, nous n’avons que peu de chemin à faire pour manger un « döner ».
Il est moins bon que celui de la rue des Petites Écuries mais il est à portée de pieds.
La petite place n’est pas loin et la pente qui y mène, maintenant que j’y suis habitué, n’est pas si raide que quand nous sommes venus visiter l’appartement.
Nous nous asseyons à une table de la salle que tient le Turc et ça me rappelle les temps durs où nous appartenions aux « classes laborieuses, classes dangereuses ».
Bon, n’exagérons pas, le temps où nous nous échinions pour cotiser lourdement pour une retraite que la CNAV et autre AGIRC répugnent à nous verser.
Étrangement, contrairement à ce qui se passe quand nous déjeunons d’un « döner » sur un banc du square des Batignolles, Heure-Bleue se débrouille mieux que moi.
En habitué de la clochardise que j’aurais sûrement connue si je n’avais croisé la lumière de mes jours, je peux manger debout ou sur un banc, un « döner » sans lâcher un petit de viande par terre ou une goutte de sauce sur ma chemise.
Heure-Bleue, elle, n’y parvient pas sur le banc.
Elle goûte avec précaution et évite avec talent sa chemise, sa jupe, son cache-poussière mais hélas, il y a toujours une tache rouge vif sur sa chemise que pour l’occasion elle a évidemment choisie de couleur blanche…
En revanche, chez ce Turc et celui de la rue des Petites Écuries, elle se débrouille nettement mieux que moi.
je tente de manger, mais par je ne sais quel hasard, il y a de temps en temps un morceau de viande qui tombe.
Un coup par terre, un coup sur mon jean « milleraies » qui est heureusement de couleur « prune » mais jamais sur le plateau.
Que voulez-vous, lectrices chéries, je suis comme ça.
Vous et moi sommes d’accord, qui disons volontiers que les hommes sont des cochons.
Nous ne pensons pas aux mêmes choses, c’est tout…
Les travers de porc peuvent être variés. (Ouais, bon…)
Nous nous sommes ensuite promenés puis revenus à la maison.
J’étais, pour mon compte, enchanté.
Je fus même un instant, prêt dans la lumière du soleil couchant genre fin de western des années soixante, à dire à la dame qui partage ma vie des trucs du genre :
J’adore sur ta peau, voir la douceur du soir
Tandis que peu à peu s’évanouit dans le noir
Ta silhouette pâle…
Ouaip ! Je suis tout à fait capable de lui sortir des trucs comme ça…
Au flan ! Sur l’inspiration du moment.
Mais j’évite. J’évite soigneusement.
Vous savez bien, lectrices chéries, qu’Heure Bleue n’a pas une âme à ça.
Et puis, depuis le temps elle me connaît alors forcément, ça marche moins bien.
Il y a chez elle une nette scission entre la littérature et la poésie.
Que dis-je, une scission ? Un schisme !
Pour elle, ces « petits machins » sont un dévoiement de la littérature.
Quand nous étions plus jeunes, je tentais le coup régulièrement.
En m’entendant, elle me jetait un regard suspicieux.
Mais des fois ça marchait…
09:32 | Commentaires (3)






