vendredi, 28 novembre 2014
Toujours l’impatience à l’amour est mêlée.
A lire vos commentaires, lectrices chéries, on voit combien Corneille est resté d’actualité…
Aaahhh… Lectrices chéries, comme je vous sens impatientes de savoir comment ça s’est passé, comment c’est arrivé, tout ça.
Vous êtes comme moi, condamnées à attendre « La suivante »…
Vous avez l’habitude de voir Noël arriver le 25 décembre et le jour de l’an le 1er janvier ?
Eh bien, c’est pareil.
La fin de l’histoire arrive à la fin de l’histoire.
Vous savez bien que les souvenirs sont ainsi faits qu’il faut en attraper le fil et le dévider.
Vous tirez trop vite ? Il se casse.
Il faut aussi en dénouer le fil, mêlé qu’il est à des tas d’autres souvenirs qui surgissent du même moment.
Bien sûr que j’ai fait les courses, acheté du lait, du pain et des œufs pendant ces semaines.
J’ai dû aussi renflouer mon porte-monnaie en montant quelques kits pour des handicapés du fer à souder.
Tout cela est advenu concomitamment comme disent les rapports de police.
Il me faut donc faire un tri, puis peigner ce fil de façon qu’il soit avenant.
Alors, lectrices chéries, soyez zen, patientes et rappelez vous qu’en la matière, le hors d’œuvre est souvent plus doux que le dessert…
06:50 | Commentaires (15)
jeudi, 27 novembre 2014
Un homme affame…
Elle a continué à parler puis nous nous sommes levés pour faire quelques pas.
L’après midi était avancé alors je lui ai proposé « Tu veux boire quelque chose ? »
- Un diabolo… Puis je vais rentrer chez moi.
- Tu veux que je te raccompagne ?
Elle m’a regardé.
- Ça ne t’embête pas ?
- Ce sont les vacances…
Elle m’a pris le bras. J’ai aimé. Nous avons pris la rue de Vaugirard. Je n’en savais en tout et pour tout que c’était une rue très longue. Je l’avais empruntée quelques fois dans ce sens jusqu’au croisement de la rue de Rennes, d’autres fois à « rebrousse-poil » en revenant d’un des nombreux salons qui avaient lieu à la Porte de Versailles mais pas plus.
Dès qu’on eut dépassé la rue de Rennes et quasiment jusqu’au boulevard Pasteur, la rue devint triste comme un jour sans pain. Quand nous sommes arrivés au boulevard, elle m’a montré les deux bâtiments.
- Ça, c’est Necker, en face c’est Buffon.
- L’hôpital je connais, mais Buffon…
- C’est le lycée de mon petit frère.
Nous avons pris le boulevard Pasteur. Je me suis demandé où elle m’emmenait. Je me disait que peut-être, hein…
- Tu es occupée, demain ?
- Je ne sais pas…
- Donc tu n’es pas occupée…
- Le mardi il n’y a rien à faire.
J’avais bien une idée de tout ce qu’on pouvait faire le mardi, le mercredi et tous les autres jours jusqu’au début novembre, ma rentrée à la fac…
J’ai quand même gardé mes idées pour moi.
Même si j’ai entendu récemment que, malgré tous les détails qu’on peut trouver sur le Web, les jeunes gens sont restés assez fleur bleue, je ne sais pas exactement comment ça se passe aujourd’hui mais dans les années soixante, il était bien vu de garder ce genre de pensées pour soi.
Elle silencieuse, moi cogitant, nous avons remonté le boulevard Pasteur jusqu’à Sèvres-Lecourbe.
- J’habite par ici.
Elle a traversé une avenue et nous sommes arrivés jusqu’à sa rue.
- Hé bé… Pas beaucoup de cafés dans ton coin.
Elle m’a regardé.
- Alors, tu as une idée ? Ou bof ?
- J’ai toujours plein d’idées…
- Pas celles là, des normales, des idées comme promenade, cinéma, visites…
- Ça se voit tant que ça ?
Elle a pouffé.
- Je n’ai pas onze ans… Non, ça ne se voit pas. Et j’aime mieux quand ça ne se voit pas. Alors ?
- Je ne connais pas ton coin. Et ta rue a un nom vraiment sympa. Qui c’était ?
- Rosa Bonheur ? Un peintre avec un joli nom. Alors ?
- Demain, vers treize heures, je t’attends là, tu me fais visiter ton coin ?
- Et samedi on sort avec Bernard et ma copine ?
- Ça s’est bien passé, eux ?
- On dirait, elle me parle de lui. Je la connais, si ça ne marchait pas elle aurait juste dit « pfff… Mouais… »
Alors j’ai ouvert les bras.
Elle a bien voulu m’embrasser sur les joues.
Elle a les lèvres douces comme j'aime.
J'ai vraiment voulu l'embrasser sur les joues.
Elle a vraiment la peau douce comme j’aime.
Puis je suis parti jusqu’au métro d’un pas léger.
J’ai battu Wells ! J’ai voyagé dans le temps jusqu’à demain.
A pied en plus…
06:50 | Commentaires (8)
mercredi, 26 novembre 2014
Quand je n'avais pas dame...
Nous avons traîné lentement en remontant la rue vers le théâtre de l’Odéon et quand j’ai voulu traverser la rue de Vaugirard, elle m’a retenu par le bras.
Elle s’est mise à me tutoyer.
En vrai de vrai à me râler dessus parce que j’allais traverser sans regarder et en dehors des clous.
Elle ne parlait pas mieux que moi, je l’ai remarqué à son :
- Toi, tu ne vivras pas vieux si tu fais ça souvent !
Je faisais ça souvent. Quasiment toujours.
Elle m’a traîné jusqu’au passage clouté, pile devant l’entrée du jardin.
Nous avons commencé à parcourir les allées poussiéreuses.
Alors qu’elle me confiait qu’elle s’était fait plaquer par son petit camarade du moment pile à la fin des dernières UV, elle ralentit le pas et chercha du regard un banc où s’asseoir.
J’avais l’impression que tous les promeneurs du jardin étaient agglutinés autour du bassin plein de bateaux et de gamins.
Nous avons rebroussé chemin jusqu’à l’endroit où la fontaine Médicis est planquée dans son bouquet d’arbres. L’allée était calme et ombragée. Elle y chercha un banc et en repéra un à l’ombre.
Assez bon dans mon rôle d’oreille muette, je l’ai écoutée. Un moment plus tard elle a soupiré.
Compte tenu de ce qu’elle venait de me raconter, je me suis dit que c’était râpé. Puis, comme à ces âges on a l’optimisme chevillé au corps, je lui ai demandé, plein d’espoir, d’un ton « faux-cul compatissant » :
- Tu as encore mal ?
- Oh, de toute façon on n’allait pas se marier mais c’est vexant… D’habitude, ce sont les filles qui plaquent.
J’attendais la suite.
- Et puis il était mignon.
Aïe ! Si on ne pouvait pas dire quelque chose de moi, c’est bien que j’étais « mignon »…
J’ai grommelé un « hahemm » un peu inquiet.
Elle m’a regardé :
- Qu’est-ce qu’il y a ?
- Rien…
Elle a ri.
- Toi aussi t’es mignon.
J’en ai déduit qu’elle ne voyait pas bien clair mais je n’ai pas profité de l’occasion pour tenter d’avancer mes pions. J’avais souvent remarqué que c’est en tentant d’avancer les pions trop vite qu’ils se cassent la gueule.
Je ne connaissais rien, –et je n’en sais pas plus- des filles, mais suffisamment pour savoir que l’autorisation ne pouvait être qu’implicite.
En plus, ces hyènes étaient, du moins à l’époque, plutôt pointilleuses sur le sujet de l'autorisation.
Aujourd’hui les choses semblent plus simples mais je ne suis pas sûr, quoiqu’ils connaissent l’aspect anatomique de la chose sur le bout du doigt (!), que les mômes d’aujourd’hui soient aussi affutés que nous l’étions en matière d’interprétation de regard, de soupir, de ton ou de geste…
06:45 | Commentaires (11)
mardi, 25 novembre 2014
Elle rit au laid...
Ce lundi là, il faisait encore beau. L’air de la rue du Temple incitait à aller faire rapidement mesurer son indice d’octane. Plus exactement à se retenir de respirer jusqu’à la rue Beaubourg. Comme j’avais quelque argent en poche je suis sorti assez tôt de chez moi. Un chez moi vide de parents et de sœurs.
Une était déjà en pourparlers sérieux avec celui qui allait devenir son mari.
Si nos parents avaient connu la nature exacte des discussions ils se seraient précipités avec une hache.
L’autre, compte tenu de ce que j’avais déjà entendu, avait bien avancé les négociations au point qu’il ne lui restait qu’à prier le ciel que je ne devienne pas tonton avant l’heure…
Je suis donc sorti de chez moi le nez au vent et de bonne humeur avec l’idée d’aller déjeuner d’un sandwich et d’un café dans un des cent mille bistrots du Quartier Latin.
J’avais choisi le lieu de notre rendez-vous parce qu’il était sensiblement à mi-chemin entre chez elle et chez moi et parce qu’étudiante elle-aussi, elle connaissait le quartier.
J’ignorais totalement ce qu’elle aimait, ce qu’elle voulait faire, si elle voulait se promener, s’asseoir dans un jardin public ou aller au cinéma.
Au moins, quand on était place de l’Odéon, on pouvait faire tout ça dans un rayon raisonnable…
J’ai joué au touriste dans un quartier que je connaissais sur le bout du doigt puis, la faim se faisant sentir, je suis entré dans un café et ai avalé mon sandwich.
Je buvais tranquillement mon café quand un doute affreux me vint à l’esprit.
« Odéon, 13H » c’était finalement assez succinct.
Il y avait au moins trois endroits qui pouvaient faire l’affaire.
Le carrefour de l’Odéon, la statue de Danton au métro Odéon sur le boulevard Saint-Germain et le théâtre de l’Odéon.
J’ai levé les yeux sur la pendule du bistrot et suis parti d’un bon pas vers la station Odéon, pensant qu’elle prendrait probablement le métro.
Je me suis assis sur le socle de la statue de Danton, en me disant comme lui en son temps « De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ».
Je n’avais qu’à tourner légèrement la tête pour voir les deux bouches de métro et à lever les yeux pour regarder la pendule du boulevard.
Je fus en avance d’une bonne vingtaine de minutes, paniqué que j’étais de n’avoir pas donné plus de précisions quant au lieu de rendez-vous.
Sur le trottoir en face, à l’entrée du passage couvert, il y avait un petit café.
Deux ou trois tables sur le trottoir faisaient office de terrasse. Je regardai les gens au hasard.
Une fille me regardait, une maigrelette en minijupe, avec un sourire narquois.
En y réfléchissant bien, elle avait l’air de se ficher ouvertement de moi.
Ne ricanez pas , lectrices chéries. Vous ne nous faites pas confiance. Vous avez parfois peur de nous et de nos entreprises.
Mais bon sang, qu’est-ce que vous pouvez nous faire marcher. Courir…
J’ai traversé. Elle m’a dit :
- Vous étiez drôle avec votre air inquiet. Vous aviez peur que je ne vienne pas ?
- Oh ! Vous pouvez dire, vous aussi vous êtes en avance… Et puis j’avais surtout peur que vous n’alliez attendre devant le théâtre ou au carrefour de l’Odéon plutôt que devant la statue…
- J’ai pensé à ça aussi, alors je vous ai attendu ici, j’étais sûre que vous alliez attendre à la sortie du métro.
- Vous voulez un autre café… Ou autre chose ?
Je n’avais pensé qu’à une autre boisson. Elle avait sûrement soupçonné autre chose car elle m’a jeté le même regard méfiant que la veille. Du coup j’ai pensé, moi aussi à autre chose, mais comme l’idée d’être planté là, peut-être avec une tarte, ne me plaisait pas plus que ça, je me suis bien gardé de partager mes pensées.
- Non. Que fait-on ?
- On marche ou on s’enferme dans un cinéma ?
- On marche, ça me va…
C’est fou comme l’ambiance peut être détendue quand on n’est pas amoureux.
06:45 | Commentaires (8)
lundi, 24 novembre 2014
Avec le temps, va, tout s'en va...
Lectrices chéries, je vous trouve bien pressées.
Oui, vous, Praline et Emilia-Celina !
Surtout toi Emilia-Celina !
Des souvenirs comme ça, bons ou mauvais, ça se goûte.
Comme un mets délicieux.
Voyons ! Toi, une fille ! Imagines-tu un instant, surtout depuis que tu me lis, que je vais écrire un truc du genre « Elle me bottait, j’ai mis un peu de formes mais j’ai réussi à lui retirer ses sous-vêtements et hop ! Emballé c’est pesé ! »
Tu penses vraiment que je peux écrire ça ?
En plus, je dois modérer ma tendance à la rêverie et à la douceur, Mab a vite fait de trouver que je me noie dans la guimauve.
Elle et toi, Emilia-Celina, franchement, des fois…
Pourtant je me rappelle tes notes, Emilia-Celina, celles où tu nous parlais de tes dix-neuf ans et d'un Robert qui te transportait.
Sur le cadre de son vélo...
Et toi, Mab, tu crois que je ne me souviens pas des photos de ton mariage avec un Maky qui te mate comme un gâteau ?
Si Pomponette était encore de ce monde, je lui montrerais la photo.
Elle verrait bien, elle, ce qui s'était passé. Rien qu'à te regarder.
Vous devriez pourtant savoir que les choses arrivent, ou pas, à leur rythme.
Et que c’est aussi bien.
C’est un cadeau du ciel, des aventures comme ça.
C’est Noël tous les jours.
On prend autant de plaisir à attendre puis déballer son cadeau qu’à jouer avec.
Même s’il y a l’impatience.
Et elle est là, bien réelle... Mais si pleine de rêves et d'attente...
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