vendredi, 13 janvier 2017
Souvenir de graisse antique…
De rien, Mab...
Il ne vous arrive jamais, lectrices chéries, de ne saisir que des années plus tard le sens profond d’une phrase.
De ces phrases qui semblent tout à fait anodines au premier abord.
Quand j’ai grandi, à défaut de devenir adulte, mon vocabulaire s’est enrichi.
Mieux même, la variété de sens que peut prendre un mot m’a alors ébloui.
Pourquoi me suis-je lancé là-dedans ce matin ?
Ah oui, c’est parce que ce matin, j’ai entendu quelqu’un causer dans mon poste avec une voix dite de « mêlé cass’ ».
Ça m’a rappelé une de ces charmantes saynètes qui se déroulaient parfois à la maison quand mon père se laissait aller à des réflexions dont ma mère était persuadée qu’elles allaient gâter définitivement l’esprit de leurs enfants.
Une dame du quartier, de mauvaise réputation car, célibataire avec deux enfants, elle avait l’air bien trop bien dans sa peau la plupart du temps pour être « une femme honnête » avait frappé ce jour là ma mère.
Elle l’avait croisée dit-elle à la crèmerie et elle semblait « mal virée ».
J’ouvris des oreilles grandes comme le radio-télescope d’Arecibo, comme font tous les enfants quand leurs parents parlent à voix mesurée
- Lemmy !
- Ma poule ?
- J’ai vu madame L. à la crèmerie…
- Et alors ?
- Eh ben dis donc, elle avait l’air drôlement hargneux.
- Bof… Peut-être qu’elle a…
- Lemmy ! Non, c’est pas ça, c’est juste qu’elle grince…
- Les machines qui ne servent pas un moment, tu sais…
- Quoi donc ?
- Il leur faut un bon graissage…
- Gaby ! Les enfants ! En plus tu as des filles, voyons !
« Gaby », ça a toujours été un mauvais plan pour mon père…
Mais depuis, j’ai compris qu’il avait voulu dire que la solitude grippait les machines les plus souples…
10:04 | Commentaires (8)
jeudi, 12 janvier 2017
L'évènement "ciel".
La nuit se fait plus tardive, j’ai vu ça hier soir en revenant de la librairie avec Heure-Bleue.
Ce matin, après l’avoir lue, je me sens dans l’état d’esprit de Mab.
Elle et moi attendons le printemps.
Avec de plus en plus d’impatience.
Vous avez remarqué, lectrices chéries ?
L’attente du printemps a un effet voisin de celui du plâtre ou du carcan, cette minerve rigide qui maintient les cervicales esquintées.
Quelle que soit la durée de l’hiver, les dernières semaines paraissent plus longues que la vie de Mathusalem.
Mab et moi, attendons donc l’arrivée du printemps avec l’impatience de gamin à la veille des grandes vacances.
Elle pour vérifier assidûment qu’elle pourra taillader des arbres qui ne lui ont rien fait, couper de l’herbe qui ne lui a rien demandé, essayer de ne pas s’estropier avec des outils qui dans ses mains ne demandent qu’à devenir des armes.
Oui, elle est comme ça, Mab.
Je le sais.
Je la connais.
Elle me fait penser un peu à un écureuil.
En moins roux…
Incapable de rester tranquille.
Enfin si, peut-être, je ne sais pas, je ne l’ai jamais vu.
Même si parfois elle a l’air calme, on sent derrière son regard –oui, derrière- cette espèce d’impatience qui fait que je m’attends toujours à la voir bondir.
Puis non, elle se calme, rêvant sans doute à tout ce qu’elle pourra couper avec son sécateur.
Appliquant avec rigueur son précepte préféré « never complain, never explain ».
Je la vois bien arriver dans la resserre où Maky œuvre, l’index pendant et une traînée de sang descendant jusqu’au genou.
« Maky ? Je crois que je me suis retourné un ongle… »
Comme elle, mais plus calmement, j’attends le printemps.
Pour musarder dans Paris.
Traîner le long de rues que je connais.
Emprunter d’autres rues que je ne connais pas.
Découvrir, souvent avec plaisir, d’autres fois avec une pointe de peine, les changements survenus au cours du temps.
Autant j’aime voir restauré, nettoyé, un immeuble, voir une boutique changer de destination, même si la transformation de la « boutique rose » qui me vendait des bonbons en « coiffeur afro » me plaît moyen.
Autant je déteste voir abattre un bel immeuble pour le voir remplacer par un bloc de béton et de verre mal inséré dans l’environnement.
Vous vous rendez compte, lectrices chéries que, si j’ai parfois été avec Heure-Bleue dans le coin pour changer de bus, je n’ai toujours pas réussi à les traîner, Lakevio et elle, dans une promenade touristique ?
Nous avons bien arpenté la rue Ordener avec La Tornade qui allait elle aussi à la recherche de souvenirs et a acheté une paire de boucles d’oreille pour se remonter le moral.
Elle en a d’ailleurs perdu une à l’arrêt du 26 et ne l’a toujours pas retrouvée il me semble…
10:13 | Commentaires (10)
mercredi, 11 janvier 2017
L’aloi du marché…
La dernière trouvaille d’Anne Hidalgo en matière de circulation m’a fait repenser au quartier des Archives, du côté de la rue Rambuteau.
Je disais qu’il était bien mieux quand mes parents étaient encore vivants.
Même Heure-Bleue, pour une fois d’accord avec votre serviteur, dit la même chose.
N’étant pas que stupides, nous soupçonnons que c’est parce que nous étions jeunes…
Même de petits évènements sans importance qui m’ont amusé quand ils se sont produits ont pris « un goût de bonbon de quand on était petit »
Je me souviens comme ça d’un matin de printemps.
C’était un de ces dimanches matin où la lumière de mes jours m’envoyait faire les courses pour être tranquille pour ranger la maison.
C’était aussi un de ces jours exceptionnels où je me montrais « un bon fils » alors je suis passé voir mes parents.
Ma mère ce jour là, s’est laissé aller à sa passion pour Sarah Bernhardt.
Elle ouvrit largement les bras et lança un retentissant « Viens mon fils ! Viens mon sang ! »
Un de ceux qui me faisaient mourir de honte et m’ont guéri rapidement de l’idée d’amener un copain à la maison
Pendant que mon père levait les yeux au ciel et prenait un air désespéré, je me suis penché vers ma mère et me suis contenté d’un discret « bonjour maman… »
Aussi bégueule que moi, elle aurait tourné le nez si je m’étais laissé aller à lui dire « salut m’man »
Elle décida d’aller faire ses courses avec « mon fils, mon sang ».
Nous sommes descendus de ce bizarre « 2ème étage et demi » de l’immeuble et avons lentement remonté la rue du Temple vers la rue Rambuteau.
Arrivés au feu du carrefour, nous avons attendu que le feu passe au rouge.
Quand il est passé au rouge, ma mère a regardé précautionneusement à droite et à gauche.
Nous habitions le quartier depuis 1967 et la rue Rambuteau était à sens unique depuis des années…
Elle s’est avancée sur la chaussée et m’a pris par la main en disant « fais bien attention mon petit garçon ! »
J’avais près de trente cinq ans…
Et voilà, lectrices chéries, à quoi ressemblait le carrefour Beaubourg-Rambuteau dans les années soixante.
Ce que l’on voit là est remplacé depuis par le « Quartier de l’Horloge » et le Centre Pompidou n’existait pas encore.
Le restaurant « La Chaumière » dont vous voyez l’enseigne est celui où j’ai emmené pour la première fois la lumière de mes jours.
Elle s’est ce jour là laissé circonvenir par votre Goût préféré avec une sombre histoire de « Principe d’incertitude », trouvaille éminente du regretté Mr Heisenberg.
Je crois bien que depuis, je n’ai plus réussi à l’éblouir…
15:24 | Commentaires (10)
mardi, 10 janvier 2017
La blouse ça veut dire que je t’aime…
Il y a peu, La Baladine m’écrivait « Je n'ai pas lu X. de Maistre, mais il me semble avoir lu l'histoire de cette blouse... ou alors tu as un contentieux avec toutes tes blouses... »
Et aussi, « Passage interdit ? »
Pour ce qui est du « Passage interdit », il s’agit du passage Kracher et j’en ai déjà parlé ici et là.
Pour ce qui est des blouses, il faut bien que je te le dise, La Baladine.
C’est quand même avec beaucoup de mes habits que j’avais des problèmes…
En réalité mais je m’en suis aperçu plus tard, c’est avec ma mère que j’avais des problèmes…
Cette blouse, je l’ai portée deux années en maternelle.
La première année de façon presque normale puisqu’elle avait été taillée dans une des blouses de ma grande sœur.
Bien que j’eusse déjà tendance à m’accrocher à tout ce qui dépassait, cette blouse souffrait déjà de « fragilité constitutionnelle » comme dit la Faculté.
De plus, elle était faite d’un tissu, certes rendu doux par des milliers de lavages, mais surtout d’un motif que je détestais.
Ce tissu, que je revois comme si j’avais quitté cette blouse à l’instant, était un tissu à carreaux dans les tons bleus.
Ça n’aurait pas été bien grave si les carreaux n’avaient été séparés par un quadrillage fait de raies verticales d’un jaune gueulard et de raies horizontales censément blanches et qui ne restaient immaculées que le temps d’aller de la maison à l’école.
Imaginez ma déception, lectrices chéries quand la seconde année me vit équipé de la même blouse mais retournée, sans doute pour la quatrième fois depuis sa fabrication, et dont les ourlets avaient été rétrécis pour permettre de gagner les quelques centimètres nécessaires pour qu’elle fut à ma taille.
J’étais un petit garçon encore gentil ces années là, c’est sans doute pour ça qu’en allant à l’école l’année où j’ai été enseigné par Madame Comprade, j’ai détesté ma blouse et pas ma mère…
Pourtant, déjà elle n’aimait pas Malika.
Je ne sais si c’était parce que je la tenais par la main pour entrer en classe, parce qu’elle avait les yeux bleus ou parce qu’elle était « cette petite Arabe avec qui tu joues »…
10:33 | Commentaires (8)
lundi, 09 janvier 2017
Ride the bus !

Ces andouilles du « New-York City Transit Authority » auraient pu trouver un autre slogan pour nous inciter à prendre le bus…
Ce type, là, en face me fixe depuis Washington Heights.
Et je sais que comme moi il va à East Village.
Je le sais parce que tous les jours que dieu fait, je parcours toute la ligne M3.
Je prends le métro le matin jusqu’à la 191ème, je ne risque pas grand’ chose.
Mais le soir je prends le bus, je ne veux pas me retrouver seule dans un wagon avec trois types malintentionnés.
Ce n’est pas tant pour mon porte-monnaie que je crains que pour ma santé.
J’ai déjà pris la « A » pour revenir chez moi et j’ai croisé de ces types…
Le genre à vous laisser estropiée même si vous leur tendez votre sac-à-main.
Comme ça, juste pour le plaisir de vous avoir terrorisée.
Alors maintenant je prends le bus, le soir, le M3 pour rentrer chez moi.
Hélas, tout ne va pas comme on veut.
Des fois, quand j’arrive à l’arrêt, il y en trois collés l’un à l’autre.
D’autres fois, aucun pendant vingt minutes…
J’essaie d’éviter celui de dix-neuf heures vingt-sept, mais il y a tant d’embouteillages et le service est si mal fichu que celui-là peut arriver n’importe quand entre dix-neuf heures et vingt heures.
J’essaie de l’éviter parce qu’il y a presque toujours ce type, assis devant moi, qui se tourne toujours vers moi et me fixe.
Je l’entends penser et ce qu’il pense me hérisse.
Rien que quand je monte, il répète d’un chuchotement graveleux le « Mind the step » qui nous avertit du haut de la portière.
Et à peine dans le bus, la publicité du « NYCTA », alternant avec les autres panneaux, qui me jette à la figure « Ride the bus ! »
Lui, il me voit jeter mon regard à la publicité.
Ce n’est qu’un réflexe mais chaque fois il émet ce petit bruit, entre le ricanement et le toussotement.
Et il ose me le chuchoter, ce vieux cochon !
Non mais, qu’est-ce qu’il croit ce vieux machin ?
Je t’en foutrais, moi, des « Ride me ! »
10:55 | Commentaires (14)


