jeudi, 09 mars 2017
Je n'ai pas aimé voir l'épeire choir…
De rien, Mab…
Cette nuit, lectrices chéries, j’ai rêvé.
Bon, je sais que globalement, peu vous chaut.
Ne vous précipitez pas néanmoins pour cliquer en haut à droite pour passer à autre chose.
Il faut quand même que je vous le dise…
J’ai rêvé de vous.
J’ai rêvé, du creux des bras de Morphée, que je vous torchais une de ces notes que vous-mêmes rêvez de lire dès que le temps se fait plus doux, les arbres moins noirs et le ciel moins triste.
Une de ces notes qui puisse vous dire avec les mots justes cette sensation de cœur qui se serre et dont vous ne savez pas trop si c’est du bonheur brusquement ressenti ou du regret qu’il se soit enfui.
Mais oui, vous savez bien comment c’est.
J’ai donc rêvé de vous dire juste ce que vous attendiez, ces brusques sautes d’humeur au passage d’une rue.
Aussi de vous faire revivre ce tressaillement que vous avez connu j’en suis sûr devant un café ou vous croisiez quelqu’un à qui vous pensiez justement.
Avec tous les rêves et les pensées secrètes qui vont si bien avec.
Oui, j’ai rêvé de vous écrire cette note.
Du fond de mon sommeil, j’étais sûr qu’elle était parfaite.
Totalement en accord avec la sensation de printemps qui arrive et qui, j’en suis sûr, vous remue l’âme autant que le sécateur de Mab sème la panique parmi ses fleurs.
Seulement voilà, lectrices chéries, à peine Morphée eut-il ouvert les bras pour m’en faire choir que cette note est restée accrochée à ses mèches…
Oui, il est comme ça Morphée, il a parfois les travers d’Hermès dont la morale est élastique et l’honnêteté relative.
Du coup, je n’ai rien à vous dire ce matin…
09:48 | Commentaires (9)
mercredi, 08 mars 2017
Il n’a pas plu et ça m’a plu.
Hier, nous sommes allés à Paris.
Pour une fois chanceux, il n’a pas plu, ce qui m’a plu.
Nous sommes passés rue des Petites Ecuries pour y déjeuner d’un döner et d’un broc d’eau.
Nous avons flâné le long de la rue du Faubourg Poissonnière jusqu’au Rex, descendu le boulevard Poissonnière jusqu’au boulevard Montmartre.
Quand on passe dans le XVIIème, Heure-Bleue radote le long des rues.
Les croisements sont ponctués de « la rue de Prony ne ressemblait pas à ça, là il y avait une crèmerie » ou bien « Tu te rends compte ? La librairie des deux vieilles a fermé ! »
Et bien d’autres choses et de considérations sur le temps qui passe.
Eh bien, je fais la même chose.
Nous passons régulièrement par le même croisement.
Celui où le boulevard Poissonnière devient le boulevard Montmartre et où la rue Montmartre devient la rue du Faubourg Montmartre.
Et chaque fois, le diamant saute le sillon rayé et la lumière de mes jours entend « Pourquoi a-t-on changé le nom de la station « Rue Montmartre » en « Grands Boulevards ? »
Le diamant de l’autre platine saute à son tour et le refrain arrive :
« C’est parce que pour les touristes, « Grands Boulevards » ça veut dire « Le Printemps », les « Galeries Lafayette » et autres grands magasins… »
Après, elle me dit que je radote puis d’un coup peste « mais tu ne vas pas me dire ça chaque fois qu’on passe ici ! »
Ce à quoi je réponds que si, « tant que tu radoteras sur les rues du XVIIème et que moi au moins je dis pas que tu radotes ! »
Puis, emportés par un accès de fièvre acheteuse, nous sommes passés par la Galerie Vivienne pour boire un café.
On a failli oublier qu’on devait passer chez Clooney alors en sortant de la Galerie Vivienne nous nous sommes baladés le long de la rue des Petits Champs jusqu’à l’avenue de l’Opéra pour acheter le café.
Le passage Choiseul nous désole toujours, plein de restaurants genre « bio-pipeau », qui te colle la louche de quinoa à un œil et un bilan carbone annuel de VRP.
J’ai remplacé mes chaussures de clodo par des mocassins qui ne vont pas tarder à être des mocassins de clodo faute d’avoir acheté une « brosse à daim »…
Après cette longue flânerie dans ma ville préférée, nous somme rentrés à la maison où j’ai réussi par miracle à réchauffer un gratin de courgettes sans le faire recuire.
C’était vraiment une journée sympa.
Si sympa que la lumière de mes jours a passé une nuit sereine…
10:22 | Commentaires (7)
mardi, 07 mars 2017
La Bohème…
Un commentaire de Juliette, une lectrice chérie avec qui je me pouille régulièrement, m’amène à apporter quelques précisions sur la situation.
Surtout ça me permet de tartiner alors que je n’avais pas plus d’idée que Mab.
« Julie » donc, me disait en réponse à une phrase pleine de bizarrerie qu’elle citait :
« D’après ma mère, il y avait deux camps, « les Arabes » d’un côté, « les cocos » de l’autre. »
Elle ajoutait donc à ce petit bijou :
« T’oublies les manouches. »
Et là je dis « Stoooop !!! »
Non non non, Juliette, je n’oubliais pas !
Le problème ne se posait tout simplement plus en 1967.
Cette année là, le tronçon du « Périph’ » qui passait par la Porte de Clignancourt fut inauguré par Pompidou.
A l’endroit où passait « le Périph’ », pile poil sur la frontière des « interdits de séjour » qui sépare Saint Ouen de Paris, il y avait un camp de gitans qui fut évacué assez vivement dès 1965.
Le quartier devint alors d’un coup plus calme.
Les bandes qui venaient s’y étriper à coups de chaînes de vélo et tournevis dit « le3x300 » avaient décidé de se battre ailleurs.
Il y avait toujours des voyous, mais c’était « nos voyous ».
Ma mère les a toujours englobés dans le même espace ethnico-zarbi.
Cette population pour elle homogène, mélange de « blousons noirs » de « voyous de la Porte de Clignancourt », de « filles de la Porte de Clignancourt » ou « filles à soldats » selon l’humeur du moment et évidemment « d’Arabes ».
C’était pour elle un peuple unique, mauvais, homogène et détesté.
Les derniers pourtant traitaient les premiers de « Frangaos » et d’autres épithètes en « rebeu mal élevé ».
Les premiers à leur tour traitaient les derniers de « bougnoules », de « melons », de « bicots » et autres « Nord-Af’ ».
Elle avait rêvé un moment, quand « le Périph’ » a été entamé, que ce coin de Paris allait ressembler au village de ma grand’ mère.
Que « les Bohémiens » allaient partir ailleurs voler les poignées de porte et vider les poulaillers.
Que « les Arabes » allaient retourner dans « leur pays de communistes ».
Et que les voyous, privés de leurs éternels « sparring partners » allaient rentrer dans le rang, remplir les lycées et peupler une France redevenue française.
Hélas pour elle, toutes ces merveilles ne se sont pas produites…
Et voilà pourquoi, Juliette, je n’ai pas oublié les manouches.
D’après ce que j’ai lu, ils sont venus s’établir dans ton coin, au bout de ta rue…
10:09 | Commentaires (9)
lundi, 06 mars 2017
The Wall.

En 1967, on a déménagé.
En y pensant, je le revois bien, ce mur.
Je revois aussi cette porte qui avait été finalement posée et close.
Elle n’était là que pour empêcher les enfants du quartier d’aller jouer dans le terrain vague.
Oui, là, juste de l’autre côté du mur.
J’étais allé y jouer, moi aussi.
Il y a des années…
Le trottoir est bien le même, sale et irrégulier, bordant de façon approximative la rue, mal pavée.
De ces pavés perpétuellement humides et sales.
L’eau qui courait le long du caniveau n’avait jamais qu’entraîné de petites saletés ou des cailloux.
Parfois j’y ai ramassé un écrou arrivé là je ne sais comment.
Une fois j’ai trouvé un réveil même pas rouillé.
Je l’ai démonté.
C’était passionnant, même si je me suis coupé avec le couteau qui me servait de tournevis.
Je suis revenu là, l’année suivante, en 1968.
Pour voir ce que c’était devenu.
Rien n’avait changé.
Le parti « UD-Vème » avait changé son nom pour celui de « UDR » et l’affiche, à peine posée était déjà lacérée.
Le quartier était toujours divisé.
D’après ma mère, il y avait deux camps, « les Arabes » d’un côté, « les cocos » de l’autre.
D’après mon père c’était un peu plus compliqué.
Un seul point d’accord entre tous ces camps, ils détestaient tous « ce salaud de de Gaulle ».
Ça m’a rappelé l’époque où mon père était un oxymore politique, à la fois pro-américain et « communiste d’extrême droite ».
C’était en 1965, l’année où il avait voté Tixier-Vignancour.
Il est très bien, sale mais très bien, ce mur.
Cet écran sur lequel défile ma vie d’avant...
07:12 | Commentaires (11)
dimanche, 05 mars 2017
Quand la dent élève…
Hier, c’était notre anniversaire de mariage.
Le grmblmblmmmième…
Nous sommes allés dîner chez les enfants pour amener les cadeaux du dixième anniversaire de Merveille.
J’ai écouté longuement Merveille qui m’a parlé de la montre que des amis de ses parents lui avaient offerte.
Puis elle m’a parlé de sa copine qui triche.
Oui, toujours la même.
Puis de ses mouvements de gymnastique qui sont devenus évidemment parfaits avec cette nouvelle paire de Nike « rouges flashy ».
Sans oublier le « tu as vu papy, maman m’a mis un peu de fard sur les paupières ! »
Et le « un peu de rouge à lèvres aussi mais juste là sinon je n’ai pas le droit surtout pour aller à l’école. »
Avec le soupir de regret qui va bien avec tout ça.
Puis nous sommes passés à table.
La chair de la chair de la lumière de mes jours avait concocté un repas thaï.
L’entrée consistait en ces petites bouchées délicieuses qu’on trempe dans une sauce aigre-douce piquante.
Ce fut donc délicieux, du moins au début.
Jusqu’à ce qu’un petit machin dur résiste obstinément à ma mastication puissante.
J’ai regardé et j’ai dit « un bout de dent ! »
Hélas, trois fois hélas, ce n’était ni une dent de cuisinier, ni une dent d’Ours.
Tous nous avons vérifié.
Puis j’ai dit « m… ! J’ai une dent cassée ! »
P’tite Sœur, assise à côté de moi a tenté de me consoler.
Elle m’a fait un bisou sur la joue et m’a dit :
« La petite souris va t’amener des sous alors ? »
J’a été contraint d’avouer la vérité.
« Non P’tite Sœur, la petite souris va m’amener une facture… »
A part ça, tout était dans l’ordre des choses.
JJF était superbe.
Manou semblait en forme.
L’Ours était très fier de tout le monde et soulagé que le morceau de dent ne vienne pas de sa mâchoire.
Heure-Bleue, coincée entre Merveille et P’tite Sœur buvait du petit lait.
J’avais quant à moi un verre qui était exactement l’inverse du tonneau des Danaïdes.
J’avais beau boire, il n’était jamais vide…
Bref, c’était bien…
10:11 | Commentaires (8)


